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Suspiria

Suspiria

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1977
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98 minutes
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Couleur
Affiche du film Suspiria Suzy, une jeune Américaine, débarque à Fribourg afin d'y suivre les cours de danse de la célèbre Tanz Akademie. Son arrivée tardive lui vaut de trouver portes closes. Troublée, elle assiste à la fuite éperdue d'une pensionnaire. Son embarras grandit lorsqu'elle apprend plus tard que la malheureuse a été assassinée dans des conditions épouvantables. Suzy n'en persiste pas moins à vouloir intégrer les rangs de la prestigieuse école. Elle est rapidement prise de malaises et doit suivre un régime spécial. Elle se fait une amie en la personne d'une condisciple, Sara, qui lui apprend que l'école est le théâtre de phénomènes tous plus bizarres les uns que les autres...

Casting

Rôle : Daniel, le pianiste aveugle
 

Réalisateur

Date de ressortie

27/06/2018

Nationalité

Classification

-18 ans

Critique de la rédaction

Notre critique CCSF

Ce texte n’est pas une analyse du Suspiria de Dario Argento. Tout a été déjà été dit sur ce chef-d’oeuvre du cinéma. Je vous propose à la place,  un dialogue entre les oeuvres du maître et ma propre perception de son oeuvre, afin  de comprendre pourquoi ce film fascine toujours les foules, 40 ans après sa sortie.

Que dire à votre rédacteur en chef (qui fait le virement de votre salaire sur votre compte) quand il vous demande une critique du Suspiria de Dario Argento après la sortie du remake. Vous êtes assaillis par les doutes et les « affreux de la création » comme disait Serge Gainsbourg. Surtout que dans votre salon, trône une bonne partie de la filmographie du bonhomme pour lequel vous avez une admiration sans borne. Embarrassé, stressé, vous proposez de faire la critique du premier Highlander (Christophe Lambert est une sorte de talisman) pour ne pas avoir à parler de Suspiria. À genoux, vous proposez même à votre chef de parler de Mother of tears, le troisième volet de la saga des sorcières d’Argento en avançant l’argument bassement commercial de photos dénudées tirées du film pour attirer le voyeur qui se cache dans tout cinéphile. Malheureusement votre supérieur vous résiste. Son dernier mail en mode Mission Impossible est clair : « Votre mission Mad Will en tant qu’agent spécialisé dans le cinéma d’horreur et fantastique est d’écrire sur Suspiria dans le cadre de Retour sur. Ce message s’autodétruira dans 5 secondes… ».

Despéré, je cherchais tous les angles d'attaque possibles. Je lisais alors l’oeuvre de Thomas De Quincey qui était citée dans le film de Dario Argento. Je prenais un codoliprane (j'avais que ça comme opiacé chez moi et je voulais rendre hommage au roman le plus connu de Quincey : Confessions d'un mangeur d'opium anglais) et je survolais son recueil Suspiria de profundis pour me rendre compte que le réalisateur italien s’était vaguement inspiré de quelques lignes tirées du chapitre Levana and Our Ladies of Sorrow. Dans ce texte hautement poétique, l’auteur rapprochait ses « sorcières » des moires grecques qui tissaient le fil de la vie. Pas de quoi faire un long article sur un film dont le réalisateur réfute toute analyse dans ses interviews.

Encore sous l'effet du Codoliprane, je me remémorais  les propos de certains critiques qui associaient la réussite de Suspiria aux problèmes de drogue de son réalisateur. L’expérience vécue pendant la projection du film serait le reflet du penchant pour les psychotropes de Dario. Si la drogue a alimenté les imaginaires de certains artistes, j’ai quand même du mal à croire qu’elle soit à l’origine de la réussite du film, sinon tous les artistes sans talent qui ont goûté aux paradis artificiels auraient réalisé des chefs-d’oeuvre. Et puis Suspiria ne fonctionnerait pas sur autant de spectateurs si c’était un simple trip réalisé sous opiacé.

J'ai alors sorti mon tarot de Marseille pour essayer de comprendre. En effet, Suspiria a été souvent désigné comme un film magique en raison de ses emprunts aux sciences occultes. On y note de nombreuses références à l’ésotérisme et il cite de manière détournée la société anthroposophique de Rudolf Steiner. Pour autant, ces emprunts à l’occultisme et la référence à Thomas de Quincey sont surtout présents dans Suspiria comme un décorum. Nous sommes très loin d’une oeuvre comme La Montagne sacrée d’Alejandro Jodorowsky qui pour le coup est un traité d’ésotérisme. Il suffit d’écouter le commentaire du réalisateur chilien vous expliquer la signification philosophique de chaque plan. Dario pour sa part, ne veut pas changer notre perception matérialiste du monde, il souhaite seulement nous effrayer !

Heureux possesseur de la biographie d’Argento, j’essayais alors de trouver dans son histoire personnelle, les prémices de Suspiria. Argento est un enfant de la balle. Sa mère était une photographe reconnue et beaucoup de stars venaient se faire tirer le portrait dans son atelier. Dario connaîtra ainsi ses premiers émois érotiques en matant les plus grandes actrices italiennes qui se déshabillaient parfois devant lui quand il restait aux côtés de sa mère. Quant à son père, il travailla à la reconnaissance du cinéma italien dans le monde puis devint producteur des oeuvres de son fils, mais aussi des films de Sergio Corbucci ou Mauro Bolognini. Enfin, Dario fut critique avant de devenir scénariste pour Sergio Leone sur Il était une fois dans l'Ouest aux côtés de Bernardo Bertolucci. Sa rencontre avec le maestro est primordiale tant Argento ressemble au maître du western spaghetti, avec un cinéma où la mise en scène est plus importante que l’histoire racontée. Argento a développé un langage cinématographique où l’image et le son lient les différentes séquences, créant une oeuvre où ce ne sont plus les actions des personnages ou les évènements racontés qui conduisent le récit, mais la mise en scène.  Son cinéma fut souvent taxé de formaliste. C’est une erreur, il faudrait parler chez Argento d’un cinéma sensitif où la forme n’a qu’une seule ambition : créer des émotions chez le spectateur que ce soit la peur, l’empathie ou le désir...

Le critique face aux chefs-d’oeuvre d’Argento ressemble beaucoup aux héros des premiers giallos du maître italien qui échafaudent des théories bien compliquées, alors que la solution est juste devant eux. La clef pour comprendre ces films est simple. Elle est donnée dès le début de son autobiographie : ses cauchemars d’enfants. Suspiria est littéralement un mauvais rêve qui nous fait revivre à nouveau les peurs et l’impuissance que nous ressentions enfants par rapport à un monde alors incompréhensible. Ce chien qui attaque son maître aveugle ressemble à ce molosse qui nous terrifiait quand on passait devant le portail du voisin, les tenancières de l’école de danse renvoient aux sorcières des contes de fées. Enfin, ces murmures ou ces sons de pas amplifiés durant tout le film rappellent nos terreurs nocturnes.

S'inspirant des contes de fées, Suspiria est un récit d’apprentissage qui montre comment une jeune fille doit affronter ses peurs pour passer à l’âge adulte. Argento qui avait envisagé d’engager des enfants comme acteurs dans un premier temps, a choisi Jessica Harper dont le physique de femme enfant était idéal pour incarner son Alice au pays des cauchemars.  Dans Inferno  la « suite » de Suspiria, le final est assez semblable. Mais à l’inverse de Suzy qui sourit après avoir mis fin aux activités des sorcières, le héros du second volet est incapable de pouvoir accepter les événements qui se sont passés et semble condamné à la régression mentale.

L’enfance est une excellente grille de lecture pour appréhender le cinéma de Dario Argento jusqu’à son film Opéra. L'enfance est un âge où l’on n’a pas forcément les moyens de se défendre. Les adultes sont alors des adjuvants qui nous aident à avancer ou qui deviennent nos tortionnaires. Ce n’est donc pas un hasard si Argento use de flash-back dans ses giallos pour montrer la psyché de son tueur et comprendre les origines « de son goût pour le mal » qui prend racine dans ses premières années vécues. Et quand ce n’est pas l’enfant qui est malade, c’est clairement la mère qui devient une tueuse afin que sa progéniture ne puisse jamais grandir (je ne vous citerai pas les films pour ne pas vous spoiler).

Les couleurs de Suspiria sont l’oeuvre du chef opérateur Luciano Tovoli qui a essayé de retrouver la gamme chromatique des premiers Walt Disney, et tout particulièrement de Blanche-Neige. Le réalisateur et son directeur de la photographie ont employé le technicolor pour nous créer des éclairages d’ambiance très artificiels qui donnent au film une imagerie hors du temps et rappellent les aplats de couleur des longs-métrages d’animation que le jeune Dario allait voir en salles. Suspiria est un film ou chaque plan est une oeuvre d’art. Cette dimension plastique est une remédiation cinématographique des contes ou l'iconographie a toujours joué un grand rôle.

Si Argento nous montre des meurtres particulièrement cruels, il n’y a pas de scènes de sexe ni la moindre érotisation dans le film. Tout ce qui appartient au monde des adultes est gommé. Selon certains psychiatres, la pensée de l’enfant est magique, égocentrique, naïve et irrationnelle. L’apprentissage de la vie consiste donc à sortir de cette bulle pour entrer dans le monde réel des adultes, rationnel et réaliste. Cette définition empreinte de psychanalyse correspond parfaitement à ce film qui use de la magie et qui ne possède pas un déroulement logique. De tous les films de Dario Argento, Suspiria est le film où le maître italien revient le plus à la source de ses peurs, nous faisant partager les cauchemars de son enfance.

Beaucoup de fans détestent les films réalisés par Argento après Phenomena. Pour autant l’évolution de style du réalisateur italien est terriblement logique. Son style a beaucoup changé, à partir du moment où il a commencé à faire tourner sa propre fille Asia Argento. Petit à petit, son cinéma est devenu plus violent et sexué (à la limite du porno chic sur la Terza madre). L’enfant en lui a disparu en raison de ses problèmes familiaux, ses obligations de père et ses difficultés financières. Ses angoisses et ses peurs sont devenues plus tristes et banales à l’image du monde qui nous entoure.

Suspiria est donc une expérience sensitive qui vous plongera dans les pires cauchemars de votre enfance. Tout simplement, l’un des plus grands films d’horreur jamais réalisés.


Mad Will

Publié le 06/03/2019
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