Ready Player One

Ready Player One

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2017
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140 minutes
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Couleur
Affiche du film Ready Player One 2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l'OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l'œuf de Pâques numérique qu'il a pris soin de dissimuler dans l'OASIS.

Casting

Rôle : Wade Owen Watts / Parzival
Rôle : Samantha Evelyn Cook / Art3mis
Rôle : Nolan Sorrento
 

Date de sortie

28/03/2018

Nationalité

Distribution

Classification

Tous publics

Critique de la rédaction

Notre critique CCSF

Spielberg est sans doute le cinéaste qui a le plus marqué nos imaginaires d’enfants et façonné nos rêves. Il est quelque part celui qui annonce la fusion entre la culture geek et la pop culture et c’est pourquoi l’analyse de Ready Player One(RPO) est indissociable de son réalisateur et doit être vu comme un héritage et un message adressé aux nouvelles générations. Une sorte de cri d’alerte plutôt subversif venant de la part d’un produit de studio (Amblin en association avec la Warner en l’occurrence) qui attire notre attention sur les dangers de certaines compagnies et consortium bien décidés à monétiser des références culturelles en surfant toujours plus loin sur la vague nostalgique. Spielberg est James Halliday, un créateur dépassé par son univers mais conscient de son oeuvre et qui nous appelle à rester vigilant et aussi à créer nous-même la suite de l’histoire. La quête de Wade qui le mène sur les traces de Halliday est en fait l’histoire d’un passage de témoin.

Ce pas de côté pour apprécier RPO est salvateur pour éviter d’être submergé par la vague de références qui imprégnent le film. L’Oasis est un lieu qui réunit l’humanité et partant il a été façonné par une culture commune. Le piège est d’ailleurs de chercher à tout répertorier même si l’on comprend vite que cela n’aurait aucun sens, le film se situant au-delà de la citation. Des clins d’œil qui n’en sont pas et qui constituent en réalité l’ADN du film. Et pourtant, a priori, le spectateur est méfiant. Pour cause, il est intéressant de relever que fin avril 2018 marquera le dixième anniversaire de la sortie du premier Iron Man qui annonçait le début d’un univers étendu consacré aux supers héros de notre enfance et ouvrait alors la voie à une décennie de blockbusters sur des personnages de comics. 10 ans qui constituent le point d’acmé d’un changement de paradigme culturel : le triomphe de la culture geek et sa fusion avec la pop culture. Mais aussi 10 ans de second degré "Marvellien", ce reflexe quasiment pavlovien de connivence pour masquer des films de plus en plus vides, qui ont fini par laisser les spectateurs exsangues et circonspects quant aux projets de longs se réclamant ostensiblement de la pop culture. Autant dire que Ready Player One qui ressemblait sur le papier à un immense patchwork de références ronflantes et mal digérées faisait peur. C’était bien mal connaitre Steven puisque si le film aligne les citations, il en est surtout une merveilleuse synthèse.

Dans cette course aux indices pour récupérer l’easter egg (pur fantasme de joueur), Wade et son double numérique Parzival vont arpenter en long et en large un univers magique orchestré par Halliday/Spielberg qui réussit brillamment à jouer avec le concept de génération mais sans tomber dans la nostalgie bigote. La question générationnelle est souvent au cœur des blockbusters puisqu’elle permet d’amorcer une réflexion sur la transmission tout en touchant un large public. Si les studios remakent les films c’est bien pour plaire aux plus jeunes tout en attirant les anciens, mais outre cet aspect bassement mercantile il se dit quelque chose du cinéma et des émotions que l’on peut partager avec des personnes plus âgées ou plus jeunes que nous. Le cinéma est une grande fabrique de souvenirs et parfois se rappeler un film et les moments qui lui sont attachés résonnent plus encore que le plaisir d’avoir vu le film lui-même. Il en va de même pour certains emblèmes d’une époque qui nous renvoient immédiatement à des périodes bénies souvent proches de l’enfance. La faute à la nostalgie sans doute, ce sentiment pervers bien connu des chargés de com qui déformant Musset se disent : "qu’importe le flacon pourvu qu’ils aient l’ivresse" !  ici non, justement. L’ivresse n’est pas vraiment au rendez-vous car bien que le dialogue intergénérationnel entre spectateur mais aussi entre Spielberg et le public existe, il est si finement esquissé qu’il ne vient jamais faire de l’ombre au film en lui-même. Pas de gueule de bois en perspective mais un bel hommage respectueux et habité qui est sans doute l’une des choses les plus réussies du film et qui permet à RPO d’atteindre un caractère universel et total.

Mais faire de la référence pour la référence serait vain. Spielberg adapte donc la forme du film à son histoire. On ne va pas revenir sur la capacité de Spielberg à passer d’un film à l’autre, d’un univers à l’autre (exemple cette année avec Pentagon Papers sorti un peu plus tôt et aussi en 1993 avec  Jurassic Park et La liste de Schindler) mais sur sa virtuosité dans la mise en scène encore une fois saisissante. Une réalisation et un découpage sous influence vidéo-ludique, et, avec Spielberg aux manettes, une mise en scène hallucinante de clarté. Et oui, malgré tous les mouvements de caméra et la vitesse de certaines séquences (la course de voiture, déjà culte) le spectateur n’est jamais perdu, tout en n'ayant pas l’impression d’être dans un univers vide ou désincarné. Spielberg figure tutélaire du genre, déploie une maitrise de l’espace sans jamais édulcorer la richesse de son environnement. La motion capture déjà utilisée dans le superbe Tintin et le secret de la licorne (2011) est ici alternée avec une réalité live et nous rappelle la grande fluidité de la mise en scène de Spielberget sa capacité à jouer avec les technologies pour nous donner le meilleur. Une mise en scène terriblement moderne et bien plus lisible que la plupart des blockbusters actuels mis au service d’un scénario, pour le coup, plus à l’ancienne. Une narration qui fleure bon l’époque de l' Amblin des années 80 avec cette quête qui voit le jeune Watts affronter les avatars désincarnés des Sixers. Des effets simples et efficaces (le code dans le fauteuil) qui s’enchainent parfaitement et sans que l’on ait l’impression d’une mécanique d’écriture trop lourde. Le scénariste Zac Penn, qui adapte ici le livre de Ernest Cline (coscénariste également), s’en sort bien en composant à partir du matériau d’origine apparemment très dense un récit qui garde les références sans faire du fan service, ce qui, en soi, constitue une belle prouesse.

Spielberg livre un récit intergénérationnel d’une lucidité et d’une justesse fracassante.

Publié le 06/03/2019

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