La Cravate

2020
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98 minutes
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Couleur
Affiche du film La Cravate Bastien a vingt ans et milite depuis cinq ans dans le principal parti d’extrême- droite. Quand débute la campagne présidentielle, il est invité par son supérieur à s’engager davantage. Initié à l’art d’endosser le costume des politiciens, il se prend à rêver d’une carrière politique, mais de vieux démons resurgissent... Assis dans un fauteuil, le jeune homme lit un récit de vie : le sien, celui d’un jeune militant du Front National. En voix off, les auteurs déroulent ce même fil narratif littéraire, l’illustrant d’images tournées à ses côtés.
 

Date de sortie

05/02/2020

Nationalité

Distribution

Classification

Tous publics

Critique de la rédaction

Notre critique CCSF

Les films sur le Front national sont bien trop rares à l’écran au vu de l’importance du sujet. Nous avons eu le magnifique film de fiction Chez-nous de Lucas Belvaux sorti avant les présidentielles en février 2017 et puis c’est à peu près tout. C’est pourquoi il faut saluer l’immense travail des deux réalisateurs Étienne Chaillou et Mathias Théry déjà remarqués pour leur film sur le débat houleux autour du mariage pour tous, La sociologue et l’ourson. Avec La cravate, ils nous offrent un long-métrage passionnant sur l’histoire de Bastien, un jeune militant du F.N., et ses illusions perdues.

Mathias Théry, lors d’un tournage d’un documentaire sur des jeunes qui votent pour la première fois, a rencontré́ Bastien à cette occasion, et nos deux réalisateurs, fortement préoccupés par la montée des partis nationalistes, ont décidé de lui demander s’il acceptait de se raconter face caméra. Ce récit est devenu une formidable histoire mise en images que chacun devrait regarder, surtout en cette période électorale.

Le texte du roman de la vie du jeune militant a été écrit à quatre mains par les  réalisateurs à partir des confessions du jeune homme. Ce mot de « roman » je ne l’utilise pas au hasard car le réalisateur Étienne Chaillou va lire en voix off ce texte qui use de la troisième personne et du passé simple et que le protagoniste de l’histoire feuillette devant la caméra. On se croirait ici en train d’écouter la lecture d’un roman de Balzac relatant une autre vie de Lucien de Rubempré. Car Bastien s’est toujours senti socialement et intellectuellement rabaissé, en particulier par ses professeurs, et cherche à prendre sa revanche contre la société. Le FN qu’il découvre à travers les discours de Marine Le Pen lui semble en adéquation avec cet objectif. Mais une fois dans la place, le nouvel engagé doit désenchanter. Il se rend compte que la réalité de la militance au F.N. ne cadre pas avec les discours qui l’ont attiré.

Au croisement entre le confessionnal et le divan du psychanalyste, les réalisateurs mettent en scène Bastien réagissant à ce qu’il découvre de la lecture de sa propre vie, puis annotent et commentent ses réactions.

Pour réussir cette prouesse, de relater la totalité de ce parcours, rien n’a été volé. À chaque étape les réalisateurs demanderont l’approbation du jeune homme, pour savoir s’ils ont ou non la possibilité de révéler ce qu’ils ont filmé et appris. Au final, malgré quelques réserves de départ, Bastien accepte que tout soit publié et révélé. Il se demande juste : « qu’est-ce que cela va changer dans ma vie ? » sans qu’il ait l’idée d’arrêter sa militance pour ses idées. Car il en est convaincu, il est un « homme bien », du moins il l’espère.

Le film traite en profondeur de la « transformation » du Front national, des relents de racisme qui y perdurent avec des cadres qui malgré leurs discours se comportent en arrivistes. En bref, nous assistons à un déballage par la petite porte, de la cuisine interne du parti. Mais ce n’est pas forcément le plus important. Le principal c’est de comprendre pourquoi Bastien en est venu à cette militance : le sentiment de mépris qu’il a ressenti tout au long de sa vie et son besoin d’exister. Faire perdre leur dignité aux gens, en les traitants de « fainéants »  d’ « assistés » de « suiveurs » ou pire de « rien »  ne fait que verser de l’huile sur le feu de l’amertume, mauvaise conseillère.

Il fallait du génie aux auteurs pour inventer un tel protocole de création qui permet une étonnante distanciation de la personne suivie, tout en captant au plus près les réactions de ce qu’a été sa propre vie.

Étonnant, passionnant, génial, La cravate est sans contexte le documentaire politique à ne rater sous aucun prétexte.

L.S.

Publié le 30/01/2020
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