Chambre 212

2019
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86 minutes
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Couleur
Affiche du film Chambre 212 Après vingt ans de mariage, Richard découvre la preuve d’une infidélité de Maria, son épouse. Elle lui avoue qu’elle a eu des dizaines d’amants. C'était le seul moyen à ses yeux pour faire durer son couple, peu à peu gangréné par l’habitude. Il lui apprend que lui a toujours été fidèle. Quand la dispute atteint son apogée, elle décide d’aller s’installer pour la nuit à l’hôtel, de l’autre côté de la rue. Mais à peine arrivée dans cette chambre 212, avec vue sur son appartement, elle reçoit une étrange visite : son mari, âgé de d'une vingtaine d'années. Défilent également son professeur de piano, sa mère, les différents hommes de sa vie ou plutôt d’une nuit...

Casting

Rôle : Richard à 20 ans
Rôle : Irène Haffner
 

Date de sortie

09/10/2019

Genre

Nationalité

Distribution

Classification

Tous publics

Critique de la rédaction

Notre critique CCSF

Désormais moi qui voulais être ton ombre, je serais l’ombre de moi-même... chante Charles Aznavour tandis que Maria (Chiara Mastroianni) traverse la rue, un sourire en coin. Ce n’est en effet pas elle qui va déchanter, mais Richard (Benjamin Biolay) son mari, lorsqu’il découvre que sa femme le trompe. Même si elle assure que les relations physiques n’ont rien à voir avec les sentiments, Maria fait sa valise ce soir-là et décide de passer la nuit à l’hôtel d’en face. Depuis sa fenêtre elle observe le chagrin de Richard lorsque soudain, ce dernier fait irruption dans sa chambre, rajeuni de vingt-cinq ans, l’âge auquel ils se sont connus. Sous les traits de Vincent Lacoste, cette apparition n’a rien d’effrayant. Par contre, il est accompagné d’autres de ses congénères ressuscités (la mère, la grand-mère, l’ex rivale, les amants), qui ont comme lui l’intention de régler leurs comptes avec la Maria du présent. Et puisque la nuit porte conseil, l’épouse troublée écoute ce que chacun a sur le cœur pour enfin trouver la réponse à sa crise existentielle.

C’est donc une comédie de remariage que Christophe Honoré choisit de mettre en scène, après nous avoir laissé sur la note plus grave du film Plaire, aimer et courir vite et de la pièce Les Idoles, deux œuvres retraçant un drame de la fin XXe siècle, les “années sida”. Construit façon Vaudeville - compris portes qui claquent et amants dans le placard (sauf qu’ici c’est la femme qui trompe) - Chambre 212 déambule avec légèreté et mélancolie dans labyrinthe sentimental qui retient Maria prisonnière et lui envoie, tour à tour, les fantômes de son passé. Parmi eux se trouve Irène (Camille Cottin), le premier amour de Richard et sa professeure de piano, une femme rigide, probablement bien moins frivole que Maria, qui s’estimait plus légitime dans la posture d’épouse. Le voyage dans la nuit sera aussi le sien, puisque Maria lui offre une deuxième chance de séduire Richard et d’assister au spectacle qu’aurait pu être leur vie, avec un enfant, ou peut-être quatre comme lui l’espérait. Le film donne ainsi à ses personnages l’opportunité de vivre quelques instants avec leurs regrets matérialisés, pour constater qu’ils ne doivent plus en être. Un soulagement qu’on leur envie. Si de tels voyages sont malheureusement impossibles pour consoler nos consciences, Christophe Honoré nous rassure : rien ne sert de ressasser nos choix ou nos erreurs, ils nous coexisteront toujours. Les convoquer de temps en temps permet même de réparer le présent.

En rendant ainsi les sentiments matériels, Honoré les met complètement à nu et décortique brillamment la complexité de la relation amoureuse. La chambre d’hôtel, devenue sas de réflexion, est aussi un laboratoire de mise en scène puisque la dimension onirique du film autorise toutes les libertés dans le cadre. L’occasion pour son auteur de montrer qu’il n’est pas seulement héritier de la Nouvelle Vague, de Jacques Demy et de François Truffaut, mais puise dans tous les cinémas, dans celui d'Alfred Hitchcock, de Bertrand Blier. Cette recette prend tout son sens à la lumière de l’histoire de Chambre 212 : rien de tel que fouiner dans le vieux pour faire du neuf.

S.D.

Publié le 04/10/2019
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