La Sentinelle des maudits

The sentinel

|
1977
|
92 minutes
|
Couleur
Affiche du film La Sentinelle des maudits Alison Parker, jeune mannequin, loue un appartement dans un vieil immeuble. Elle fait la connaissance de voisins bizarres, Chason, Gerde et Sandra. Des cauchemars, des maux de tête, des évanouissements et d'étranges bruits de pas inquiètent Alison Parker. Elle apprend cependant que la maison est vide depuis longtemps. Il ne reste qu'un seul locataire, un vieux prêtre aveugle qui occupe le dernier étage...

Casting

Rôle : Alison Parker
Rôle : Michael Lerman
Rôle : le professeur Ruzinsky
 

Réalisateur

Date de sortie

01/07/1977

Nationalité

Distribution

CIC

Classification

-16 ans avec avertissement

Actualité

La sentinelle des maudits est éditée par Elephant Films qui nous offre ici une magnifique copie restaurée. Le film est sorti en DVD en novembre 2018 avec le sous-estimé La Nurse de William Friedkin et le plus qu’intriguant L’île Sanglante de Michael Ritchie. Acheter le film sur le site de Potemkine : http://www.potemkine.fr/Potemkine-fiche-film/La-sentinelles-des-maudits/pa11m5pr24684.html

La sentinelle des maudits est un film étrange à l'image de son réalisateur le subversif Michael Winner. Ce cinéaste anglais est connu pour Scorpio, Le Flingueur et surtout Un justicier dans la ville avec Charles Bronson. Ce film sur l’autodéfense donnera de lui une image de réalisateur réactionnaire alors que le discours de son film est beaucoup moins simpliste que le laisse supposer les critiques de l’époque. Sa filmographie a été néanmoins réévaluée ces dernières années même si on peut faire l’impasse sur ses films des années 80 pour la Cannon. Ses meilleurs longs-métrages proposent une représentation totalement nihiliste d’une société où l’individualisme est devenu la seule règle de survie. Michael Winner c’est un peu le double de Lee Harvey Oswald : il flingue l’Amérique et son idéalisme à chacun de ses films.

Que raconte son film La Sentinelle des maudits ?

Alison Parker, jeune mannequin, loue un appartement dans un vieil immeuble. Elle fait la connaissance de voisins bizarres, Chason, Gerde et Sandra. Des cauchemars, des maux de tête, des évanouissements et d'étranges bruits de pas inquiètent Alison Parker.

À la fin des années 60 alors que la société se libérait des entraves morales dictées par une religion patriarcale, un genre s’est emparé des grands studios : le film d’horreur théologique. Avec Rosemary Baby, c’est développé un fantastique obsédé par la figure du Malin, qui allait bientôt inonder les écrans. À ce titre, il est intéressant de noter que le film de Polanski est sorti en 1968 alors qu’une révolution étudiante et ouvrière embrasait la France afin d’obtenir plus de liberté dans le domaine social, mais aussi sociétal. Quand on avance de quelques années et qu’on étudie le mètre étalon du genre qu’est L’Exorciste, il est clair que ces films sont la métaphore d’une société conservatrice qui craignait l’évolution des moeurs. Ainsi, la séquence où la jeune héroïne pratique l’onanisme d’une manière peu catholique, peut-être vue comme le rejet du principe du plaisir pour le plaisir par des esprits pudibonds convaincus que le mal est une force extérieure qui n’a rien d’autre à faire de mieux que de nous tenter. Même si j’apprécie beaucoup le film de Friedkin, on ne peut ignorer que ces films de possession et de diablerie ont toujours été une représentation d’un retour à la morale un tant soit peu réactionnaire.

La sentinelle des maudits est une commande d’Universal faite à Winner (Siegel avait refusé juste avant) suite au carton d’Un Justicier dans la ville.  Appâté par les succès de ses concurrents comme la Warner avec L’Exorciste ou la Fox et sa Malédiction, Universal a acheté les droits du dernier livre à la mode autour du malin, The Sentinel de Jeffrey Konvitz. Les exécutifs du studio sont convaincus de truster les premières places du box-office avec un film de démonologie signé par un cinéaste populaire et qui est adapté d'un best-seller. C’est pourtant mal connaître Winner qui va nous donner à voir un long-métrage beaucoup plus ambigu et anxiogène que les habituelles réalisations autour du Malin.

Alors que défile le générique d'ouverture, on est frappé par ce casting digne de La tour Infernale où l’on retrouve une ribambelle de stars en devenir mais aussi de vieilles gloires hollywoodiennes. On pense à Burgess Meredith, véritable enfant de la balle qui commença dans les années 30 et qui est comme toujours formidable (voir mon article sur le Choc des Titans) dans un rôle de voisin au comportement trouble. Avec des interprètes tels qu’Arthur Kennedy, Ava Gardner ou Eli Wallach, le film permet à ses acteurs qui ont vécu l’âge d’or d’Hollywood de revenir sous la lumière des projecteurs. Pour jouer le jeune couple qui aura affaire à un affrontement entre Dieu et le diable, Winner engage le trop sous-estimé Chris Sarandon, inoubliable dans Vampire vous avez dit Vampire, et Cristina Raines dont la courte carrière au cinéma est loin d’être négligeable avec des longs-métrages tels que Les Duellistes ou Nashville. Enfin, Winner donne sa chance à une kyrielle d’interprètes qui vont bientôt crever l’écran que ce soient Christopher Walken, Tom Berenger, Jeff Goldblum ou même Richard Dreyfus. 

Attention les deux prochains paragraphes contiennent de nombreux spoilers !

Comme souvent chez Winner, La Sentinelle des maudits fonctionne sur deux niveaux de lecture. Si on se limite à l’histoire racontée, on pourrait croire le cinéaste anglais met en scène une œuvre de propagande catholique qui dénonce le suicide et qui pourrait s’avérer assez réactionnaire. Pourtant quand on étudie la galerie de personnages que Winner met en scène, il est évident que La Sentinelle des maudits est autrement plus ambiguë. Nihiliste notoire, le réalisateur exclut ainsi toute forme d'héroïsme avec son couple vedette qui est composé par un avocat meurtrier et un mannequin qui correspond parfaitement à la maxime : " Sois belle, mais tais-toi ! ". Avec toujours beaucoup de causticité, le réalisateur nous la montre ainsi incapable de tenir correctement une bouteille dans une publicité ou faisant des grimaces absolument absurdes pour promouvoir un shampoing. Autour d’eux, tous les protagonistes sont tous louches et intéressés, que ce soit ce détective faisant les basses œuvres de l’avocat ou ces flics revanchards qui maltraitent l’héroïne. Quant à l’Église Catholique censée nous sauver de la damnation, elle est peu reluisante. Meurtres, spéculation immobilière, l’évêché de New York est prêt à tout pour recruter un nouveau "guetteur " censé surveiller la porte des enfers. Le film nous montre ainsi des religieux qui détruiront psychologiquement la protagoniste principale pour être sûrs qu’elle prenne le voile et devienne la nouvelle sentinelle chargée de surveiller les hordes de damnés retenus dans l’immeuble où elle a emménagé au début du film. Le long-métrage finit ainsi sur l’image de la mannequin devenue soeur et surtout aveugle avec des yeux totalement blancs. Une image allégorique voulue par Winner qui montre que les religieux fuient la réalité du monde, préférant le mensonge à la vérité, et le devoir au monde réel.

Mais Winner va beaucoup plus loin que la simple critique de l’église en faisant jouer des stars vieillissantes que le cinéma américain obsédé par la jeunesse et la beauté avait fini par rejeter, et qui sont considérées comme les damnés dans le film. Une allégorie soulignée par une scène finale où apparaissent littéralement une horde de freaks à la manière du chef-d’œuvre de Tod Browning. Fait impensable dans le cadre d’une production de studio, ce sont réellement des figurants difformes ou handicapés qui jouent le rôle. Un choix moral plus que discutable de la part d’un cinéaste que l’on pourrait taxer de voyeuriste, mais qui nous rappelle en même temps que notre société rejette la différence et emprisonne tout ce qui ne correspond pas à ses normes.

Fin des spoilers !

La sentinelle des maudits est un film particulier dont l’esthétique doit beaucoup plus aux longs-métrages d’exploitation italiens qu’au cinéma mainstream américain. En effet, on retrouve du Alberto de Martino ou du Fulci dans les visions malaisantes que nous donne à voir le réalisateur. Si le long-métrage compte peu de scènes gores, certaines séquences marqueront à jamais son spectateur comme lorsque l’héroïne se défend contre le spectre de son père en lui déchirant littéralement le visage. Alors qu’il est dans le cadre d’un film de studio, Winner n’hésite pas non plus à présenter la nudité et le sexe de manière frontale, installant une tension sexuelle parfois malaisante comme dans cette scène où la voisine se masturbe devant l’héroïne.

Cette oeuvre est à l’image de son cinéaste qui est tout autant un auteur, qu'un habile manipulateur qui agit parfois comme un charognard. Néanmoins, La Sentinelle des maudits est l’une des oeuvres les plus réussies autour du Malin au cinéma.

Mad Will

Publié le 27/04/2019
Vous avez aimé cet article ? Nous avons besoin de vous pour faire vivre ce site. Soutenez-nous en faisant un don.
Abonnez-vous à notre page Facebook et suivez-nous sur les réseaux sociaux :

Critiques de la communauté

Si vous souhaitez écrire une critique, vous devez d'abord vous identifier.