Âmes perdues

Anima persa

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1977
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100 minutes
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Couleur
Affiche du film Âmes perdues Tino Zanetti vient à Venise pour étudier la peinture. Il est hébergé par l'ingénieur Fabio Stolz, un oncle éloigné d'origine autrichienne. Celui-ci habite un grand palais délabré avec sa jeune femme Elisa. Tino est vite impressionné par son oncle, un homme aux principes austères, qui traite Elisa comme une enfant. Dès son arrivée, des bruits étranges se font entendre...

Casting

Rôle : Tino
 

Réalisateur

Date de ressortie

27/11/2019

Genre

Nationalité

Distribution

Classification

Tous publics

Critique de la rédaction

Notre critique CCSF

Dans les années 70, Risi enchaîne les succès au box-office avec une série de longs-métrages qu’il tourne le plus souvent avec son comparse Vittorio Gassman en tant qu’acteur. Maitre de la comédie à l'italienne, le réalisateur fait mouche en traitant avec légèreté de sujets graves tout en donnant à voir les profonds changements sociaux et politiques en Italie. Alors que Risi est au firmament de sa carrière, il s'éloigne des canons du genre et se lance dans des réalisations comme Parfum de femme où le drame et la comédie se conjuguent. Avec les Âmes perdues, il va même changer totalement de style et s’attaquer à un thriller au moment même où Dario Argento triomphait avec ses giallos.

Risi va s'inspirer pour son film des réalisations anglo-saxonnes telles Rebecca ou Les innocents de Jack Clayton pour créer aux confins du fantastique une ambiance que l’on pourrait qualifier de gothique. On retrouve ainsi les motifs du genre avec une ancienne demeure prête à s’effondrer où les portes claquent la nuit tombée alors que retentit une étrange ritournelle. On ne peut s’empêcher de penser alors au Jane Eyre de Carlotte Brontë lorsque l’on découvre un mystérieux protagoniste enfermé dans les recoins du château, qui semble porteur d’un passé plus qu’honteux. Enfin, comment ne pas évoquer cette tante Sofia jouée par une Catherine Deneuve au teint blafard, qui semble agir comme un vampire ne prenant jamais la lumière du jour ? Le roman gothique a toujours pris place dans des lieux marqués par l’histoire. Pouvait-on imaginer un meilleur décor pour un film influencé par un genre aliant le romantisme et le macabre, que la cité de Venise où errent des personnages prisonniers du passé et incapables de vivre dans le présent tel le couple composé par Gassman et Deneuve ? De plus, la cité des doges engluée dans des eaux pourrissantes cristallise le désordre psychique de l’oncle du héros. En effet, celui-ci, sous le vernis des conventions, essaye de dissimuler la folie qui le gangrène comme la pourriture contamine les fastueux palais de Venise qui, dans le film, sont prêts à s’effondrer .

Dino Risi peut compter sur une équipe de renom pour l’épauler sur ce long-métrage. On soulignera ainsi le travail absolument magnifique de son directeur de la photographie Tonino Delli Colli qui nous offre des images splendides en clair-obscur que n’aurait pas reniées un Caravage. On n’en attendait cependant pas moins de la part de l’homme qui a éclairé Le Bon, la Brute et le Truand de Leone, Intervista de Fellini ou Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini. Sa photographie crépusculaire apporte ainsi beaucoup à l’ambiance claustrophobique grâce à une forte présence des ombres qui ne cessent de vouloir enfermer les personnages à l’écran lorsque l’oncle et la tante du héros sont présents.

Au scénario, nous retrouvons le talentueux Bernardino Zapponi bien connu  des fans du cinéma de genre italien pour avoir signé le script de Toby Dammit de Fellini, un court-métrage fantastique brillant tiré de l’anthologie Histoires extraordinaires de 1968. Le segment signé par Fellini est tellement réussi que les films de Louis Malle et Vadim font vraiment pâle figure à côté de celui du maître italien. Zapponi a également collaboré avec Argento sur Les Frissons de L’angoisse. Tout en respectant la furie et l’imagination débordante du jeune réalisateur, il a sans doute offert au maître du giallo le meilleur script de toute sa filmographie. Le script des Âmes perdues est plutôt solide et arrive particulièrement bien à distiller une "inquiétante étrangeté" qui contamine le quotidien. Nous sommes ici dans l’incertitude si chère à l’essayiste Todorov concernant le fantastique, où l’on s’interroge sur la véracité d’événements surnaturels. Bernardino Zapponi a su écrire un scénario qui est un écrin idéal pour les obsessions de Dino Risi qui a fait des études en psychiatrie avant de tourner des films. Ainsi, ce long-métrage développe cette inquiétante étrangeté qui renvoie au texte du même nom de Freud. Le célèbre psychanalyste y montrait dans le cas du refoulement comment l’intime devenait effrayant ainsi que l'expose cette scène finale qui hantera longtemps les spectateurs du film et dont je vous laisse la surprise.

Enfin, le film s'appuie sur un casting de haute volée avec un Vittorio Gassman et une Catherine Deneuve qui sont tout juste fabuleux. Si Deneuve est impeccable en épouse subissant le joug de son mari autoritaire, Gassman trouve ici l’un des plus beaux rôles de sa riche carrière. Il n’a ainsi pas besoin d’effets spéciaux pour littéralement nous terroriser.

Moins cité que Ne vous retournez pas comme film autour de Venise, Les Âmes perdues est une oeuvre riche et érudite à voir absolument grâce au distributeur Les Acacias qui nous permet de redécouvrir un film passé inaperçu dans les années 70 en France.

Mad Will

Publié le 27/11/2019
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