Affiche du film 1336 Jours, des hauts, débats, mais debout
Affiche du film 1336 Jours, des hauts, débats, mais debout

1336 Jours, des hauts, débats, mais debout

2015 73 minutes Couleur 22 mars 2017
Tous publics

Un film de Claude Hirsch

En 2010, Unilever décide de fermer son usine de conditionnement de thé et infusion installée à côté d'Aubagne et de délocaliser la production en Pologne. Alors que tout semble perdu, 82 membres du personnel vont lutter bec et ongles contre la multinationale. Pendant 1 336 jours, ces irréductibles feront tout pour maintenir leur outil de production, leur emploi et démontrer à leur employeur le manque de clairvoyance de sa décision...

En 2010, Unilever décide de fermer son usine de conditionnement de thé et infusion installée à côté d'Aubagne et de délocaliser la production en Pologne. Alors que tout semble perdu, 82 membres du personnel vont lutter bec et ongles contre la multinationale. Pendant 1 336 jours, ces irréductibles feront tout pour maintenir leur outil de production, leur emploi et démontrer à leur employeur le manque de clairvoyance de sa décision...

Autour du film

En septembre 2010, la multinationale Unilever, détentrice d’une usine de fabrication dans les Bouches-du-Rhône, a annoncé sa délocalisation en Pologne où les ouvriers sont payés 500€ par mois. Les 182 salariés menacés d’être licenciés, loin de se contenter de subir cette effroyable annonce, se sont organisés collectivement pour occuper l’usine pour un temps indéterminé qui s’est finalement étiré sur près de quatre ans et a débouché sur la création d’une coopérative ouvrière, SCOP-TI. Claude Hirsch a suivi leur lutte au long cours, constituant des archives cruciales des luttes ouvrières.

Alors que Merci patron, au-delà de ses vertus galvanisantes, restait un documentaire politiquement contestable, en ce sens qu’il reposait sur la manipulation par un intellectuel engagé d’un couple de prolétaires illettrés, 1336 jours est un film défendable autant pour sa fin que pour ses moyens puisqu’il montre des ouvriers acteurs de leur résistance aux coups bas patronaux. Le montage de Claude Hirsch, organisé autour des témoignages d’une dizaine de figures saillantes que l’on retrouve à chacun des moments clés de la lutte, nous permet de mesurer l’évolution de leur conscience politique à mesure qu’ils construisent eux-mêmes leurs armes tandis que l’occupation se prolonge.

La mise en images et la sauvegarde des différentes étapes d’une lutte gagnante est d’autant plus essentielle au cœur de notre époque qu’elle est marquée par l’inquiétante reviviscence du populisme de droite. En effet, depuis la perte d’influence du PCF et de la CGT suite à la trahison politique du mitterrandisme, seule une infime minorité d’irréductibles Rouges continue à garder en mémoire des batailles gagnées par des ouvriers sur leurs cupides patrons. Or, comme l’écrit Didier Éribon dans Retour à Reims, la coalition des ouvriers, « dont la mobilisation comme perception de soi a été dissoute par la gauche, se reconstitue autour de ce principe, national cette fois : l'affirmation de soi comme occupant ‘‘légitime’’ d'un territoire dont on se sent dépossédé et chassé – le quartier où l'on habite et qui remplace le lieu de travail et la condition sociale ». Ainsi, comme l’avait observé Sartre lors des grandes grèves de 68, si l’ouvrier français est le plus souvent spontanément raciste avant la mobilisation collective, la solidarité l’emporte pendant et après. Alors que le conflit de classes demeure latent en période de paix sociale, il devient manifeste à l’occasion des luttes touchant à l’outil de production que les intérêts des travailleurs de toutes origines sont communément opposés à ceux de la bourgeoisie elle-même transnationale.

C’est cette formation collective et politisante de la pensée, ces intérêts réfléchis en commun et ces opinions élaborées dans l'action pratique, que montre bien Claude Hirsch. En filmant régulièrement pendant les quatre années que dura l’occupation de l’usine des Fralib, il a pu capter la prise de conscience progressive par des salariés ordinaires, à mesure qu’ils vont contester au tribunal les ‘’Plans de Sauvegarde de l’Emploi’’ par lesquels les dirigeants tentent de les acheter, de l’immense pouvoir de corruption des richissimes multinationales, et donc de la nécessité de monter d’un cran le niveau de mobilisation en substituant à la lutte juridique perdue d’avance la réappropriation de leur moyen de production via la création d’une SCOP. Leur lutte évolutive, exemplaire de ténacité et de lucidité politique, mériterait d’être médiatisée largement et diffusée dans toutes les associations d’éducation populaire qui subsistent. Intelligemment structuré et régulièrement rythmé par des chansons engagées chaleureuses, 1336 jours est un viatique joyeux, précieux, revivifiant, à visionner comme remède les soirs de désillusionnite aiguë.

F.L.

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