Dernières critiques

La critique de L. Schérer

   Dans le Kurdistan syrien, la guérilla kurde résiste contre Daech. D'obédience marxiste, elle oppose à Bachar al Assad d'un côté, aux islamistes de l'autre, l'espoir d'instaurer une société démocratique et égalitaire. En cohérence avec cet idéal, elle est composée de femmes autant que d'hommes. Un fait assez rare au Moyen-Orient pour avoir donné l'envie à l'anthropologue Stéphane Breton de s'immerger dans cette armée mixte. Pendant des mois, en partageant le quotidien de ses fils et filles du feu, il a pu (comme il aime à le faire dans toutes les cultures où il s'immerge) capter « le temps de la vie sociale » spécifique à leur groupe. Filles du feu est le film par lequel il nous restitue « l'espace-temps, l'atmosphère, l'émotion » propre à la vie extraordinaire qu'ont choisi ces femmes dans une société qui les cantonne à n'être maîtresses que de maison. Sa caméra les suit dans les moments qu'elles partagent avec leurs camarades à l'arrière des combats, dans de longs plans-séquences immersifs. Peu à peu, ce groupe de combattants où les garçons sont parfois commandés par une femme sans se sentir pour autant diminués dans leur virilité corrige, à nous autres spectateurs de pays « modèles », nos représentations stéréotypées du visage de la résistance armée. Du précieux grain à moudre.

F.L.

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La critique de L. Schérer

Pari risqué pour le Ken Scott d’adapter le best-seller L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, qui aurait vite pu tourner à l’étalage de cartes postales prises aux quatre coins du monde. Etonnamment, le cinéaste québécois (un peu oublié depuis Starbuck) relève plutôt bien le défi en proposant une comédie certes très consensuelle mais pas déplaisante.

Tout commence à Mumbai, où le jeune Aja, vit seul avec sa mère et fait des petites arnaques dans la rue pour survivre. Devenu adulte et orphelin, il décide de réaliser son rêve : s’envoler pour Paris. A cause d’événements aussi improbables les uns que les autres, Aja, privé de passeport, se retrouve dans la peau d’un réfugié parcourant l’Europe au risque de sa vie, mais avec le but précis de regagner Paris pour retrouver celle qu’il aime. Au cours de son périple, le jeune homme comprend que la vraie richesse ne se compte pas en chiffres.

Pour apprécier le voyage, il faut accepter de vivre le film comme une conte, où (presque) tout est beau, où les migrants somaliens festoient dans les camps de réfugiés, où une actrice de renom (Bérénice Béjo) accueille à bras ouvert un étranger caché dans sa chambre d’hôtel, où une belle américaine tombe immédiatement sous le charme d’un indien dans un magasin de meuble. Ce prérequis une fois admis, on se surprend à rire de Gérard Jugnot en chauffeur  de taxi excédé par les Uber, et des réactions naïves d’Aja, interprété par Dhanush, star du cinéma tamoul ici dans sa première production internationale. Au delà des blagues, des décors somptueux et des scènes musicales empruntés au Bollywood, le film s’aventure intelligemment sur des terrains plus sombres : la situation dramatique des migrants, la pauvreté en Inde et les préjugés.

L’extraordinaire voyage du Fakir est le feel-good movie familial idéal du dimanche, qui même s’il n’évite pas certains clichés, ne tombe jamais dans le ridicule. Une comédie loufoque, sans prétention, porteuse d’un message concis et nécessaire de tolérance.

S.D.

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La critique de madwill

Aujourd’hui retour sur un film culte des années 80, le bien nommé Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension, titre oh combien trop long que je réduirai donc à Buckaroo Banzaï pour ne pas user le clavier mécanique alloué par ma direction.  
J’entends déjà s’exprimer certains esprits chagrins au sein du lectorat de CCSF réclamant ma crucifixion sur l’autel de la respectabilité en m’accusant de galvauder le terme culte pour des œuvres qui ne mériteraient que le dédain ! Halte à ce sacripant de Mad Will qui participe à la revalorisation de films peu glorieux ! Stop à cette relecture historique du cinéma où les nanards occupent plus de place que les chefs-d’œuvre de Bergman ! À mes ennemis je leur rétorquerai le sourire aux lèvres que le terme culte n’a jamais désigné un bon film, mais plutôt une œuvre cinématographique qui a marqué son époque par son originalité, son ton atypique créant une ferveur dans une communauté de fans.

Mais au fait que raconte Buckaroo Banzaï ?

Neurochirurgien de renom et spécialiste de la physique des particules, Buckaroo Banzaï est un personnage original, qui passe son temps libre à fabriquer d'étranges bolides et à animer le groupe de rock le plus célèbre du Texas. Entre une opération et un concert, il explore la huitième dimension à bord de ses engins et combat des créatures souvent étranges et belliqueuses. Un jour, lord Worfin, un être démoniaque, s'échappe de l'asile dans lequel il était détenu, ayant pris possession du corps du docteur Emilio Lizardo. Worfin a désormais besoin du vaisseau de Buckaroo Banzaï pour retourner chez lui, grâce à la huitième dimension...

Dès la lecture du synopsis, il était évident que ce long-métrage allait marquer ces jeunes spectateurs de l'époque même si leur nombre fut retreint en 1984 (le film ne fut pas un succès, ne gagnant sa renommée qu’avec le marché vidéo). En effet, Buckaroo est un rêve d'adolescent devenu film où un jeune homme opéra le matin, découvre une nouvelle dimension qui révolutionne les sciences l’après-midi et part enfin jouer du Van Halen le soir dans des bars sans avoir oublié de s’entraîner au Kendo entre chaque activité.

Tout cela est bien sérieux ? Eh bien non… Pour autant, je vous rétorquerai qu’un épisode de James Bond avec Roger Moore ou encore Sean Connery n’est pas beaucoup plus réaliste. De tout temps, le cinéma a permis la projection des fantasmes des spectateurs son époque. Le Bond de Connery reflétait ainsi les désirs de toute-puissance masculine des années 60. Avec Buckaroo, le réalisateur W. D. Richter et son scénariste Earl Mac Rauch essaient de coller à leur époque en nous offrant un héros geek en mode James Bond à la cool, inspiré par les comics de super héros où tout est possible.

Pour analyser ce film, il faut évoquer son réalisateur W. D. Richter qui a surtout œuvré comme scénariste à Hollywood en signant plusieurs scripts, dont celui des Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin  et du remake de Philip Kaufman de l’Invasion des profanateurs. Voir son nom associé à Buckaroo est tout sauf un hasard, surtout quand on connaît les films précédemment cités. En effet, l'extravagance et l'humour sont de mise dans Jack Burton et Buckaroo, pour autant la mise en scène de Richter fait vraiment pâle figure par rapport à celle du réalisateur d'Halloween. En effet, Richter n’est pas un grand cinéaste, illustrant assez platement le scénario de Earl Mac Rauch. Pas vraiment à l’aise dans les scènes d’actions, il a aussi beaucoup à créer du mouvement, à proposer un point de vue dans les scènes dialoguées. À ce titre, il est incapable de construire la moindre tension dans son film même dans les situations dramatiques où certains compagnons du héros meurent. Enfin l’hommage aux films d’invasion des années 50 avec cette cohorte d’extraterrestres à la sale gueule qui peuplent la terre aurait mérité d’être plus mis en valeur par une mise en scène jouant sur les classiques telle la série Les envahisseurs. Malheureusement Richter ne fait aucun choix en termes de réalisation, se contentant de proposer des plans larges assez anonymes tout le long du récit.

Le film fourmille d'excellentes idées comme lorsque les héros évoquent Orson Welles qui aurait été victime d'un lavage de cerveau après avoir vu une réelle invasion d'extraterrestres. Mais l’absence de mise en scène dessert trop souvent ce long métrage. On le voit particulièrement à travers l’histoire d’amour du film qui n'est jamais incarnée. De même, beaucoup de situations absurdes qui possédaient un fort potentiel comique ne seront jamais totalement exploitées comme avec le formulaire d’entrée en guerre des USA version « Pour les nuls » remis au président par les militaires. Les dialogues bien écrits sont à ce point surréalistes qu’ils seront répétés par une communauté de fans dans les conventions où le film est projeté. Pour autant Richter ne les met jamais en valeur.  Des perles telles  "Non, non, ne tirez pas là-dessus, vous ne savez pas à quoi ça peut être rattaché » déclamé par un chirurgien lors de l’opération du cerveau, tombent à plat malgré leur potentiel à animer le zygomatique des amateurs d'humour absurde. On sent que Richter est prisonnier de la nécessité de faire un film qui marche pour faire des suites. Avec un script aussi fou et truffé d’humour, il aurait fallu un cinéaste qui assume le foutraque de l’ensemble et tire le meilleur de ses comédiens comme le John Landis des Blues Brothers. La comédie au cinéma est un art qui nécessite des experts capables avec leur caméra de renforcer l'impact de leurs scènes comiques.

La direction d’acteurs laisse ainsi à désirer alors qu’à l’écran on retrouve une sacrée collection de trognes du cinéma. Si certains acteurs tels que Christopher Lloyd (le doc de Retour vers le futur), Clancy Brown (le Kurgan d’Highlander), Peter Weller (le héros de Robocop) et Jeff Goldblum (La mouche, Jurassic Park) ne semblent pas toujours concernés, un comédien au contraire se lâche totalement dans le film : M. John Lithgow.
John est un « bon » acteur, mais comment dire, il est parfois totalement… incontrôlable. On se rappelle entre autres de ses interprétations à la limite du supportable comme dans L'Esprit de Caïn de De Palma. Et bien, Buckaroo c’est avant tout le "John Lithgow show", il fait n’importe quoi, repoussant les limites du surjeu et de l’excentricité au cinéma. On en vient même à se demander s'il a lu le scénario tellement il semble en improvisation totale.
John nous offre une performance digne d’un spectacle de clown interprété sous amphétamines. Ce sont donc les limites de Richter en tant que metteur en scène qui font que l'oeuvre possède un certain charme tant elle échappe au contrôle de son créateur. Une interprétation pareille participe au statut culte du film !

Malgré une mise en scène pas toujours à la hauteur, Buckaroo possède un univers très riche. Le générique final en est une preuve flagrante. Nous retrouvons tout d'abord un intertitre sur fond noir qui nous annonce carrément le deuxième épisode jamais tourné : The Adventures of Buckaroo Banzaï : Against the World Crime League. Puis les crédits du film défilent sur des images d'un Peter Weller qui est rejoint petit à petit par toute son équipe. Dans Buckaroo, un univers mythologique est présent, mais à l’état embryonnaire.  On aimerait ainsi savoir l’origine de chaque personnage et leur surnom, le trauma vécu par Buckaroo devenu veuf ou la raison pour laquelle Goldblum s’habille en cowboy. Buckaroo Banzaï est donc un long-métrage bancal où les pistes narratives non exploitées sont tellement nombreuses qu’elles suffiraient à créer autre film qui n’existe pour l'instant que dans l'imaginaire de ces fans.

Bide commercial en salles devenu populaire grâce à ses diffusions à la télévision et son exploitation en vidéo, Buckaroo Banzaï a été cette année dans l'une des plus grosses productions de l'histoire du cinéma :  Ready Player One  réalisé par Steven Spielberg. Ce classique des soirées entre cinéphiles déviants ne sera jamais le meilleur film du monde. Pour autant, son originalité en fait un divertissement à découvrir pour comprendre ce qui fait qu’un film mal aimé à sa sortie devient une œuvre culte 30 ans plus tard.

Mad Will

 

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La critique de F. L.

Pour éviter la prison, un entraîneur de basket égocentrique et irascible (Javier Gutiérrez), en rupture de communication avec sa femme (Athenea Mata), se voit forcer d'accomplir des travaux d'intérêt général dans un club d'adultes handicapés mentaux. A leur contact, il évolue...

   Champions évite habilement le paternalisme comme la démagogie, en cherchant moins à nous démontrer que les handicapés sont des êtres humains comme les autres qu'à nous faire réfléchir sur la multiplicité des handicaps invisibles qui sont finalement peut-être la chose la mieux partagée au monde.

La bonne idée du réalisateur et de son co-scénariste David Marqués est de créer une situation où les rôles de dominant et de marginaux s'inversent : c'est le protagoniste valide qui se retrouve élément extérieur, forcé de s'adapter à un groupe déjà constitué potentiellement excluant. Cet être hypernormatif, et au premier abord détestable, est campé par Javier Gutiérrez, récompensé du Goya du meilleur acteur pour son rôle dans La isla minima. Espérons que sa présence au casting permettra au plus grand nombre d'oser sortir de ses sentiers cinématographiques battus pour que Champions ne soit pas cantonné dans une sorte de ''paracinéma", dont ne profiteraient que les spectateurs sensibilisés à la question des minorités invisibles. Le nouveau film de Javier Fesser joue également la carte de l'accessibilité en enchaînant les gags à un rythme soutenu, tout en alimentant le suspense quant à la résolution des deux principales intrigues parallèles, grâce à un montage dynamique tout à fait pertinent.

   Mais ce qui séduit sans doute le plus, c'est le refus de toute posture bienpensante du réalisateur qui n'hésite pas à user de la même férocité pour transformer les handicaps du supposé valide et des déficients intellectuels en éléments de comédie. Ce faisant, il nous comble pendant deux heures qu'on ne voit pas passer, tant on rit d'abord, tant on est ému ensuite, par cet excellent divertissement qui fait du bien au moral sans nous faire la morale.

F.L.

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La critique de L. Schérer

Du fin fond d’une grotte en Iran, la jeune Marziyeh livre son dernier témoignage en se filmant avec son téléphone portable : toute sa famille l’a trahie en lui interdisant d’entrer dans l’école de comédie à laquelle elle a pourtant été reçue. Elle s’adresse à Behnaz Jafari, célèbre actrice de la télévision, qu’elle accuse de n’avoir rien fait pour l’aider malgré tous ses appels au secours envoyés sur internet. Désespérée, elle se pend. Ainsi s’ouvre Trois Visages, le neuvième long-métrage du réalisateur iranien Jafar Panahi.

Lorsque l’enregistrement vidéo parvient aux mains de Behnaz Jafari, le film prend une tournure moins tragique et bascule vers un road movie à travers la montagne d’Iran. Behnaz, d’abord dévastée par le suicide de la jeune comédienne dont elle se tient pour responsable, émet l’hypothèse d’un coup monté. Accompagnée de Jafar Pahani, dans son propre rôle, elle décide de retrouver la trace de Marziyeh.

Au détour de multiples rencontres, parfois drôles, parfois moins, Jafar Pahani dépeint une fois de plus son Iran natal, délaissant la cité pour les montagnes profondes, s’intéressant à ses habitants et à leurs traditions. Ainsi, pas moyen de pénétrer une demeure sans se faire offrir un thé ou entendre une histoire.

Mais la tradition c’est aussi celle d’une société encore très conservatrice, régie par le patriarche. Ainsi le grand frère de Marziyeh, une brute épaisse, contrôle l’avenir de sa sœur sous les yeux impuissant de la mère. Partout le mâle domine, y compris  l’impressionnant taureau reproducteur capable « d’engrosser dix femelles en une heure », qui trône au milieu de la route après avoir fait une mauvaise chute.

Jafar Pahani lui-même, dans son personnage de réalisateur, incarne une certaine puissance par son détachement. Il n’est ici qu’un simple accompagnateur de Behnaz et se mêle rarement des histoires entre elle et Marziyeh. Il est vouvoyé, reste à l’écart et attend, formant ainsi avec Behnaz au volant de la voiture dans les routes sinueuses, un duo improbable mais touchant.

 A travers le personnage de Marziyeh, Jafar Pahani aborde la difficulté d’exercer les métiers du cinéma, dont il connait bien les strictes modalités dans son pays. Assigné à résidence, le réalisateur n’a pas pu se rendre à Cannes pour présenter son film sélectionné en compétition officielle ni pour récupérer son prix du scénario.

Ces vérités donnent un aspect presque documentaire au film,  le rendant grave, bien qu’il ne manque souvent pas de comique.


S.D.

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La critique de madwill

Spielberg… Il est toujours passionnant de découvrir ou redécouvrir ses réalisations jugées mineures par la critique et une bonne part du public. Quand on regarde Le Terminal, on est pourtant frappé par la maîtrise de Spielberg qui nous offre un spectacle de haute volée et d’une rare intelligence digne du cinéma classique hollywoodien de Franck Capra ou Howard Hawks.

Il est amusant de noter que Spielberg réussit là où Hergé (qu’il adaptera ensuite) a échoué presque 30 ans auparavant en faisant une œuvre artistique se concentrant sur un terminal d’aéroport.  En 1976, Hergé voulait proposer avec Un jour d'hiver dans un aéroport, une bande dessinée où tous les personnages de Tintin se rencontreraient dans ce lieu emblématique de transit. Il déclarait en 76 : « Je songe déjà au prochain Tintin. J’ai une idée, ou plutôt, une fois encore, j’ai un lieu, un décor : j’aimerais que tout se passe dans un aéroport, du début à la fin. L’aéroport est un centre riche de possibilités humaines, un point de convergence de diverses nationalités : le monde entier se trouve en réduction, dans un aéroport ! Là, tout peut arriver, des tragédies, des gags, de l’exotisme, de l’aventure... J’ai donc un lieu, il me reste à trouver une histoire ». Mais Hergé abandonnera le projet après des années de travail au regard de sa complexité pour se lancer dans l’aventure de Tintin et l'Alph-Art qui reste inachevé.

Le Terminal est très librement inspiré de la vie de l'Iranien Mehran Karimi Nasseri qui resta bloqué des années dans le Terminal 1 de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Pour l'anecdote, Philippe Lioret s’était inspiré de cette même histoire pour son film Tombés du ciel sorti en 1993 avec Jean Rochefort.

Le Terminal est à l’origine un projet du scénariste Andrew Niccol qui connut son heure de gloire avec Bienvenue à Gattaca ou The Truman Show. Il fut longtemps considéré à Hollywood comme le spécialiste des scénarios qui exploitent toutes les possibilités narratives offertes par un concept qui doit être le plus accrocheur et simple possible.  Pour autant le script final est l’œuvre de Sacha Gervasi et Jeff Nathanson.

En mettant en scène un réfugié non anglophone (du moins au début du film) dans un terminal où personne ne reste jamais, le travail des scénaristes n’était pas aisé.  Au final, porté par une mise en scène élégante et d’une grande intelligence, Le Terminal est un film magique qui arrive à nous conter une histoire universelle qui peut sembler en apparence simple, mais qui a nécessité de la rigueur et beaucoup de talent pour rendre vivant chaque microsome de l’aéroport. Une réussite majeure qui prouve oh combien Spielberg et un narrateur hors pair et le dernier grand metteur en scène classique d’Hollywood.

Mais que raconte Le Terminal :

Viktor Navorski est l'un de ces milliers de touristes, venus des quatre coins du monde, qui débarquent chaque jour à l'Aéroport JFK de New York. Mais, à quelques heures de son arrivée, voilà qu'un coup d'État bouleverse sa petite république d'Europe Centrale, mettant celle-ci au ban des nations et faisant de Viktor... un apatride. Les portes de l'Amérique se ferment devant lui, alors même que se bouclent les frontières de son pays : Viktor est bel et bien coincé...

Ce long-métrage témoigne d’une filmographie d’une richesse incroyable qui fut pendant plus de 20 ans injustement considérée comme mineure ou faussement naïve. Comme beaucoup d’œuvres de Spielberg, Le Terminal est beaucoup plus profond et malin que sa réputation de fable ingénue pourrait laisser penser. Derrière la comédie à la Chaplin avec son héros au pantalon taille haute se dessine une critique en règle contre l’état policier. On se souvient ainsi de ces caméras de surveillance que le chef des douaniers Frank Dixon ne cesse d’utiliser contre notre héros et qui donnent une scène burlesque d’une poésie rare ou Hanks entame un bal avec les caméras.
À ce titre, la galerie des personnages rencontrés par Hanks sont aussi des expatriés, qui craignent pour leur visa et auxquels on fait faire les basses besognes que personne d’autre ne veut faire. Spielberg souligne ici la fausseté du prétendu melting-pot américain.

Dixon, le chef des douanes, représente par son autorité excessive nos états devenus paranoïaques et qui ont totalement oublié le facteur humain. Ses menaces contre les travailleurs immigrés de l’aéroport témoignent de l’attitude des pays occidentaux envers les nouveaux arrivants qui ne seront jamais considérés comme des citoyens comme les autres. La scène où l'aéroport décide d’engager un agent pour l’empêcher Hanks de récupérer la consigne des chariots qui lui permet de survivre rappelle les politiques fascistes de gouvernement prêt à affamer des êtres humains pour être sûr de s’en débarrasser.

En 2004, Le Terminal dénonçait l’inhospitalité et l’inhumanité des USA sous G.W. Bush. Avec les guerres toujours plus nombreuses et l’arrivée de réfugiés climatiques, le discours du film est terriblement d’actualité. Un film politique et surtout humain grâce à sa galerie de personnages tous bien esquissés que ce soit Enrique Cruz qui fournit les plateaux-repas ou le balayeur Gupta Rajan qui veut s’intégrer à tout prix en faisant tout pour ne pas se faire repérer.

Le film propose une romance entre Tom Hanks et Catherine Zeta-Jones qui ne tombe jamais dans les clichés de la comédie romantique. Dès la première scène, Catherine Zeta-Jones invite notre héros à une soirée pour se remettre avant tout de son désarroi amoureux.  Nous ne sommes pas dans la mièvrerie, mais dans une histoire touchante ou deux personnages s'unissent dans leur solitude et passent juste du temps ensemble. À noter que Catherine Zeta Jones trouve ici un de ses meilleurs rôle et nous rappelle les grandes stars hollywoodiennes grâce à un dosage subtil entre beauté classique et jeu d’acteur plutôt retenu.

Spielberg déclarait « Ma philosophie est celle-ci : si vous voyez sur l'écran le dur travail qu'a exigé le film, alors j'ai échoué. » À la différence de trop nombreux cinéastes contemporains qui ne maîtrisent plus le langage cinématographique et qui se révèlent incapables de raccorder leurs films autrement qu’en multipliant les plans jusqu’à provoquer la nausée, Spielberg nous offre une mise en scène impressionnante et d’une lisibilité absolue. Dès le début, d’élégants travellings nous font découvrir l’aéroport. Puis très vite, le montage associe des mouvements de caméra qui vont dans des directions opposées entre les douaniers et les visiteurs. Les passagers se dirigent vers la droite pour rentrer sur le sol américain tandis que les forces de l’ordre s’avancent vers la gauche pour les retenir. Spielberg s’appuie sur une règle fondamentale de la BD et du cinéma nommée "la règle de l’air ». La droite du cadre représente l’avancée et le futur tandis que la gauche symbolise l’empêchement ou le retour vers le passé.  Hergé usait beaucoup de cette règle dans Tintin. Tom Hanks est ainsi dès le début du film toujours à gauche du plan comme dans la scène de l’interrogatoire.

Je vous épargnerais l’analyse de l’intégralité du film, mais chaque plan est pensé et signifiant, Spielberg n’est pas un cinéaste esthétisant obnubilé par la belle image. C’est plutôt l’héritier d’un Ford ou un Hitchcock qui pensait que chaque plan avait une signification. On pourrait donc attribuer à Spielberg ce que Deplechin disait d’Hitchcock : « un plan ne vaut pour Hitchcock que s'il est adressé à un spectateur, s'il rend possible une discussion avec lui ». La clarté de son travail et sa maîtrise formelle est telle que sous une apparente simplicité, il filme les relations humaines avec une grande aisance.

Spielberg s’appuie sur un Tom Hanks encore une fois encore impeccable. L’acteur américain parvient à donner vie à son personnage de Viktor Navorski que l’on dirait tout droit sorti des comédies de Charlot ou des Marx Brothers. Brillant dans les scènes comiques, il est bouleversant dans cette séquence dramatique où il découvre sur les écrans des télévisions la guerre dans son pays. Son jeu physique est dans la lignée d’un Chaplin et il l’accompagne d’un travail sur l’accent qui est extrêmement subtil. Joe Dante qui l’avait dirigé sur Les Banlieusards disait de Tom Hanks qu’il était de l'homme de la rue ultime, auquel tout le monde peut s'identifier.  En donnant ce rôle à Hanks, Spielberg savait pertinemment que Victor ne tomberait pas dans la caricature. Hanks ne chercherait pas à atteindre des sommets de niaiserie pour gagner l’Oscar. Son personnage qui ne parle pas pendant une bonne partie du film devient sous la caméra de Spielberg un symbole d’humanité qui rappelle à tous que l’immigration n’est pas qu’une affaire de chiffre.  

Quelques mots sur la magnifique partition de John Williams, très différente de ses productions habituelles, qui montre l’aisance et l’inventivité d’un musicien qui se réinvente entre jazz et accordéons. Le réalisateur peut compter sur un autre collaborateur très talentueux, le directeur de la photographie Janusz Kaminski, qui commence le film avec une lumière froide où la couleur va au fur et à mesure envahir l’écran pour souligner l'humanisme contagieux dont fait preuve Hanks.

Tourné en plein Patriot Act, l’humanisme de Spielberg n’est jamais niais et témoigne d’un discours existentialiste qui a foi en l‘homme pour changer les choses. Un tel discours est à ce titre beaucoup plus corrosif et subversif que l’ironie où le nihilisme de nombreux cinéastes arty qui ne cessent de nous répéter que tout est fini. À travers Le Terminal, il nous invite justement à penser en homme et à accepter l’autre, non comme un étranger perçu par les images de CNN ou BFM, mais comme un égal.

Terminal n’est pas un long-métrage mineur. C’est un film très touchant qui témoigne du talent d’un cinéaste qui nous émerveille depuis 40 ans. Un Spielberg à redécouvrir absolument. Bonne séance !

Mad WIll

PS : Le film est disponible en VOD et sur Netflix.

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La critique de F. L.

Fille d’une écrivaine féministe et d’un théoricien du droit, Mary Wollstonecraft Godwin grandit entourée de livres et abreuvée d’idéaux progressistes. Lorsqu’elle rencontre le poète Percy Shelley qui partage et propage les mêmes idées romantiques, elle tombe amoureuse et s’enfuit avec lui. A la liesse des débuts de leur vie de bohème succèdent bientôt les déboires de la précarité économique et affective, qui nourriront les violents affects contradictoires décrits dans Frankenstein

   Pour réaliser ce biopic retraçant la jeunesse de Mary Shelley et par là même la genèse de son célèbre Prométhée moderne, ses producteurs ont eu la bonne idée de faire appel à Haifaa al-Mansour, qui s’était distinguée il y a quelques années avec son excellent premier film Wadja, en décrivant le combat pour l’égalité que menait une petite fille saoudienne en s’acharnant à faire du vélo dans une société qui réserve cette activité aux hommes. Avec le personnage de Mary Wollstonecraft Godwin, la réalisatrice féministe trouve une nouvelle occasion de filmer les obstacles que doit affronter une femme pour vivre librement et être reconnue l’égale de ses homologues masculins, qui sont aussi les blessures disparates dont l’assemblage forme une créature effrayante, mais riche, à l’instar du monstre de papier que fera naître l’écrivaine.

   Le choix d’Elle Fanning, que la persistance rétinienne nous fera longtemps associer au Neon Demon de Nicolas Winding Refn, est on ne peut plus idoine pour ce récit d’apprentissage qui retrace le chemin de la jeune lettrée londonienne de l’innocence à la corruption. Combinant à merveille l’angélisme du faciès et la maturité de l’esprit, l’actrice possède tous les atouts pour figurer d’abord la jeune vierge possédant une perception naïve de l’homme et de l’amour, puis la jeune femme revenue de ses illusions romantiques et désormais aguerrie d’une vision complexe de l’être humain et des relations humaines.

   Haifaa al-Mansour construit habilement son film en une succession d’épisodes édifiants qui sont comme les différentes feuilles du palimpseste que constituera le manuscrit du Frankenstein sur lequel Mary Wollstonecraft Godwin travaillera pour sublimer la souffrance du deuil, de la trahison, de l’abandon, pour renaître différente, riche de ses blessures cicatrisées. A la fin du film, une succession d’images-clés en flash-back vient ainsi figurer cette composition d’un puzzle cohérent qu’est l’écriture d’une allégorie de la condition humaine à laquelle œuvre la jeune britannique. Mary Shelley tient les promesses du biopic littéraire parce que l’éclairage qu’il donne sur la vie de son auteure donne envie de lire ou relire son œuvre.  

 

F.L.

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La critique de L. Schérer

Fille d’une écrivaine féministe et d’un théoricien du droit, Mary Wollstonecraft Godwin grandit entourée de livres et abreuvée d’idéaux progressistes. Lorsqu’elle rencontre le poète Percy Shelley qui partage et propage les mêmes idées romantiques, elle tombe amoureuse et s’enfuit avec lui. A la liesse des débuts de leur vie de bohème succèdent bientôt les déboires de la précarité économique et affective, qui nourriront les violents affects contradictoires décrits dans Frankestein

   Pour réaliser ce biopic retraçant la jeunesse de Mary Shelley et par là même la genèse de son célèbre Prométhée moderne, ses producteurs ont eu la bonne idée de faire appel à Haifaa al-Mansour, qui s’était distinguée il y a quelques années avec son excellent premier film Wadja, en décrivant le combat pour l’égalité que menait une petite fille saoudienne en s’acharnant à faire du vélo dans une société qui réserve cette activité aux hommes. Avec le personnage de Mary Wollstonecraft Godwin, la réalisatrice féministe trouve une nouvelle occasion de filmer les obstacles que doit affronter une femme pour vivre librement et être reconnue l’égale de ses homologues masculins, qui sont aussi les blessures disparates dont l’assemblage forme une créature effrayante, mais riche, à l’instar du monstre de papier que fera naître l’écrivaine.

   Le choix d’Elle Fanning, que la persistance rétinienne nous fera longtemps associer au Neon Demon de Nicolas Winding Refn, est on ne peut plus idoine pour ce récit d’apprentissage qui retrace le chemin de la jeune lettrée londonienne de l’innocence à la corruption. Combinant à merveille l’angélisme du faciès et la maturité de l’esprit, l’actrice possède tous les atouts pour figurer d’abord la jeune vierge possédant une perception naïve de l’homme et de l’amour, puis la jeune femme revenue de ses illusions romantiques et désormais aguerrie d’une vision complexe de l’être humain et des relations humaines.

   Haifaa al-Mansour construit habilement son film en une succession d’épisodes édifiants qui sont comme les différentes feuilles du palimpseste que constituera le manuscrit du Frankestein sur lequel Mary Wollstonecraft Godwin travaillera pour sublimer la souffrance du deuil, de la trahison, de l’abandon, pour renaître différente, riche de ses blessures cicatrisées. A la fin du film, une succession d’images-clés en flash-back vient ainsi figurer cette composition d’un puzzle cohérent qu’est l’écriture d’une allégorie de la condition humaine à laquelle œuvre la jeune britannique. Mary Shelley tient les promesses du biopic littéraire parce que l’éclairage qu’il donne sur la vie de son auteure donne envie de lire ou relire son œuvre.  

 

F.L.

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La critique de L. Schérer

   Le 23 novembre 1993, le fils d’un repenti est enlevé par les sbires d'un chef de la mafia sicilienne, qui espère ainsi obtenir le silence du père dans des affaires judiciaires pour lesquelles lui-même est le principal suspect. Pendant 779 jours, le garçon d’une dizaine d’années est séquestré, sans que son père ne cède jamais à l'effroyable chantage.

   Il y a quelques années, l’écrivain Marco Mancassola s’était emparé de ce fait divers sordide et l'avait transformé en récit fantastique. Dans son livre Un cavaliere bianco, l’enfant kidnappé était ainsi devenu une présence surnaturelle protégeant, par-delà les frontières matérielles de sa captivité, son ancienne amoureuse. C’est à partir de cette histoire s’éloignant résolument d’une reconstitution réaliste qui aurait été insoutenable que les réalisateurs Fabio Grassadonia et Antonio Piazza ont bâti le scénario de Sicilian Ghost Story. Cela confère aux personnages et aux lieux des dimensions romanesques démultipliées. Les mères, sans grimage, ressemblent à des sorcières. L’amoureuse (Julia Jedlikowska), a la ténacité invincible des héroïnes de conte. La victime (Gaetano Fernandez), a toutes les apparences de l’ange. Sa geôle a les contours merveilleux d'un bunker lacustre. Quant à ses bourreaux, les réalisateurs leur ont volontairement donné des allures d’ « automates féroces et ridicules » pour souligner leur « idiotie insensée ». Pour alimenter l’aspect surnaturel des lieux, ils ont enfin brillamment exploité l’atmosphère mythologique de leur Sicile natale. Devant les vestiges de temples romains qui s’y découpent sur fond d’azur et dans les forêts dont les branches des arbres ont des circonvolutions druidiques, on comprend que l’âme des adolescents s’emballe. La présence impalpable de la mafia, néanmoins, transforme ce qui aurait pu rester une innocente histoire d’amour à l’idéalisme antique en tragédie shakespearienne.

   Finalement, même si Sicilian Ghost Story pâtit de quelques longueurs, il vaut d’être vu par tout spectateur friand des films qui mêlent tragédie romantique, histoire de fantôme et graphisme éblouissant.

F.L.

 

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La critique de L. Schérer

Bien qu’il soit le fils du chef de horde des pluviers, Ploé, oisillon de l’année, a plus d’appréhensions psychologiques que les autres pour se lancer dans les airs. Et quand arrive l’heure de la migration hivernale, contrairement à la petite pluvière pour laquelle son jeune cœur bat déjà follement, il ne sait toujours pas voler. Abandonné par les siens sur l’île islandaise bientôt recouverte de neige et balayée par les vents polaires, Ploé va se lancer dans un périple aux mille dangers vers une vallée au microclimat paradisiaque où il pourra survivre en attendant que le printemps et les siens reviennent. Sur le chemin, il va notamment se lier d’amitié avec un lagopède au flegme et à l’accent britanniques, dont la présence tutélaire lui permettra peut-être enfin de gagner suffisamment en confiance pour prendre enfin son envol.

            Pimenté de bout en bout par un humour cartoonesque qui n’est pas sans évoquer les aventures de Titi et Grosminet, et par un sens aiguisé des ‘‘vols poursuites’’ haletants, ce film d’animation qui reprend nombre de codes de Disney n’hésite pour autant pas à développer sa propre identité. La géologie islandaise qui sert de décor à l'histoire, ainsi que son bestiaire en majeure partie ornithologique, nous dépaysent d’abord, tandis qu’une tonalité mélancolique prononcée vient s’assortir à la minéralité des panoramas nordiques.

F.L.


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