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La critique de L. Schérer

BlacKkKlansman, la nouvelle comédie de Spike Lee récompensée à Cannes par le grand prix démarre fort au box-office et à juste titre.

Si le cinéaste reprend les ficelles de ce qui est son « fonds de commerce », défense des droits civiques, une certaine idée de la comédie, le choc engendré par les dernières images du film donne une profondeur terrifiante à son propos. En effet, le film, traité comme une comédie loufoque dans laquelle Spike Lee embarque avec brio son spectateur, finit sur les images de la voiture fonçant dans la foule des manifestants antiracistes de Charlottesville et du discours de Trump qui s’ensuivit. Cet uppercut dévoile le sujet du film, l’écran disparaît et nous devons faire face à ce que nous croyions être une comédie mais qui est en fait une terrible tragédie.

On se refait alors le film dans sa tête, non plus pour rire de la bêtise des racistes et du bon tour que leur joue Ron, le policier noir ayant infiltré le Ku Klux Klan (incarné brillamment par John David Washington), mais pour craindre leur toxicité jusqu’au plus haut sommet de l’état. Après les avoir ridiculisés, le réalisateur peut mettre à nu leur dangerosité et leur capacité de nuisance réanimée par un président bienveillant à leur égard.

Au final, le meilleur Spike Lee depuis Malcolm X.

L.S.

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Anatahan, le dernier film réalisé par Joseph von Sternberg ressort le 5 septembre en version restaurée. Le film, inspiré de faits réels, raconte 7 années de la vie de soldats japonais, échoués sur une île du pacifique sur laquelle vivaient un homme et une femme. Cette dernière va devenir dès leur arrivée le centre des convoitises masculines.

Sternberg nous a laissé plusieurs chefs d’œuvres, L’ange bleu avec l’inoubliable Marlène Dietrich, dont il a été le principal constructeur du mythe, Morroco, The Shanghai Gesture, et enfin Anatahan qui fut reçu négativement par la critique et les spectateurs de son époque. Mal compris, trop éloigné des goûts de ses contemporains, le film est pourtant l’une des pièces maîtresses de son auteur.

On y retrouve en effet tout ce qui constitue « l’essence » du cinéma de Sternberg, tant dans les thèmes traités que dans la grammaire cinématographique.

Film japonais, aboutissement d’un long voyage autour du monde, Etats-Unis (Les nuits de Chicago, 1927), Allemagne (L’ange bleu, 1930), Maroc (Cœurs brûlés, 1931), Chine (Shanghai express 1932), Russie (L’impératrice rouge, 1934), Espagne, (La femme et le pantin 1935), Anatahan fut comme la plupart de ses autres films, tourné en studio. Sternberg pensait que le décor artificiel permettait de mieux révéler et exalter le réel. Dans Anatahan ce parti pris est poussé au paroxysme. Les personnages semblent pris dans un labyrinthe à deux dimensions, le décor consistant, sans souci de réalisme, en quelques arbres déposés devant un fond en carton-pâte.

On se croirait dans un film « post apocalyptique » avec ces survivants dans un monde déserté où la menace d’un ennemi doit toujours être envisagée. On sent le danger à chaque instant, on ressent la moiteur de la jungle, l’énervement des corps, l’échauffement des esprits. Dans ce huis clos où les hommes disparaissent les uns après les autres, pas de retour en arrière, pas d’échappatoire possible. Cette sensation d’étouffement est due en grande partie au brio de la mise en scène et du traitement du cadre. En effet le réalisateur n’a de cesse de resserrer ses plans, les acteurs venant en prendre possession, s’avançant face caméra et remplissant l’espace.

Ce qui est frappant c’est la quantité d’obstacles en tout genre gênant la progression des acteurs. Portes, filets, branches, corps, obstacles à la progression physique des acteurs dans l’espace, mais surtout obstacle à une réflexion, une évasion hors de l’île. Une fois échoués il n’est pas possible d’imaginer repartir. Les protagonistes n’y pensent pas. Ils sont là pour défendre leur île de l’ennemi. Mais l’ennemi extérieur ne viendra pas. Comme le rappelle à plusieurs reprises la voix off du narrateur, l’ennemi est à l’intérieur, en chacun des personnages, il est constitué par ses passions.

Les passions sont liées à la conquête de Keiko, (étonnante Akemi Negishi) la femme devenue au sens propre la dernière femme sur terre. Seule présence féminine sur l’île, elle sera le catalyseur d’un délitement qui conduira les hommes à s’entretuer. Sternberg met en scène une situation où la femme n’a pas à jouer pour devenir fatale. Elle l’est intrinsèquement par son statut d’unicité qui ne nécessite pas de longue introduction et qui est d’emblée accepté en matière d’action par les spectateurs. Sternberg peut alors se dévoiler étant que commentateur, ce qu’il fait en récitant lui-même la voix off qui accompagne le film, voix quasiment impersonnelle telle celle d’un entomologiste décrivant l’activité de fourmis dans un vivarium. Il peut donc ici présenter, déployer, commenter, l’aboutissement de ses réflexions sur ce qu’a été son œuvre, l’exposé d’un étonnant mélange de frustration et de rédemption.

Anatahan, un passage obligé pour tous les curieux de cinéma.

L.S.

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Présenté en compétition officielle au dernier festival de Cannes, Burning marque le retour du cinéaste coréen Lee Chang-Dong, huit ans après le magnifique Poetry.

Deux anciens camarades d’école se croisent par hasard dans les rues de Séoul. Lui c’est Jongsu, un aspirant écrivain pas très dégourdi, à l’opposé de Haemi, une jolie fille assez entreprenante. A la demande de celle-ci, les deux jeunes gens se revoient, couchent ensemble, puis Haemi part pour un grand voyage en Afrique. A son retour, elle est accompagné de Ben, lui aussi coréen, qu’elle a rencontré lors de son périple. Le duo initial devient un trio étrange, car Ben, grand bourgeois raffiné, ne semble rien avoir en commun avec Jongsu mis à part l’intérêt portée à Haemi. Un jour, la jeune femme disparaît et Jongsu suspecte immédiatement son rival Ben.

Burning est un film flottant, qui laisse divaguer son spectateur de suppositions en suppositions. Que trouve Haemi à Jongsu et Ben ? Pourquoi ces trois personnages sont-ils obsédés les uns par les autres alors qu’ils ne semblent rien partager de plus qu’un diner, un verre de vin ou un joint ? Burning est rempli de suggestions, où les composantes scénaristiques n’existent que par leurs fantômes, à l’image du chat imaginaire d’Haemi, dont on ne voit que les croquettes, et de la mandarine qu’elle fait semblant de manger avec une telle conviction qu’on la voit en avaler les quartiers.

On reconnaît là la fantaisie et l’humour de Murakami dont la nouvelle Les Granges Brûlées est à l’origine du script, même si ici les serres en plastiques coréennes incendiées (le passe temps avoué de Ben) ont remplacé les granges  de la campagne japonaises.

Le film n’est ni véritablement un thriller à cause sa lenteur et son choix de survoler l’enquête, ni une romance, tant les liens entre les personnages sont flous. On se retrouve pourtant miraculeusement emporté dans ce récit qu’on ne saurait définir, et qui continue d’avancer même après la séance terminée. C’est là le talent de metteur en scène de Lee Chang-Dong, qui rend aussi sublime la ville de Séoul que la campagne de Paju. « Le monde est pour moi un mystère » confie à un moment Jongsu, le film aussi, et c’est tant mieux ainsi.

S.D.

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Il y a des films qui ne vieillissent jamais, des classiques instantanés dont ne peut jamais se lasser. Les Blues Brothers appartient ainsi au cercle très fermé de ces oeuvres que l’on connaît pas coeur et dont on attend chaque diffusion avec la même impatience. À l'occasion de la mort de la diva de la soul Aretha Franklin, il me semblait indispensable de revenir sur ce long-métrage dans lequel elle jouait et qui participa à la redécouverte de la scène blues et soul. Je profite de ce retour pour vous annoncer la venue de son réalisateur John Landis (Le loup-garou de Londres, Thriller) au Festival Européen du Film Fantastique à partir du 14 septembre 2018.

Si ce long-métrage est devenu une oeuvre culte (même Télérama aime ! C'est dire...) dont on salue la bande originale de haute volée, il faut se remémorer que Les Blues Brothers fut créé à une époque où le Rhythm and blues n'avait plus sa place sur les radios qui privilégiaient le disco. À ce titre, John Landis est souvent amusé quand on lui demande comment la production a réussi à réunir des stars aussi emblématiques que James Brown, Ray Charles ou John Lee Hooker. Sa réponse est toujours la même : ce fut facile et pas forcément onéreux car la plupart étaient au creux de la vague d’un point de vue commercial.

Pour comprendre la genèse du film dans un monde hypnotisé par les ballades sucrées d'Abba, il faut remonter à la fameuse émission Saturday Night Live créée en 1975 et dans laquelle Jake et Elwood apparurent. Ces deux personnages sont nés durant des réunions tardives après les émissions qui se transformèrent très vite en jam session avec un Dan Aykroyd à l'harmonica et John Belushi au chant. Les deux acteurs qui étaient intervenus plusieurs fois dans le programme TV déguisés en abeille, vont alors troquer leur dard pour des costumes plus classieux de soulmen. Nos deux acteurs américains vont alors former un véritable groupe qui chauffera la salle lors des coupures publicitaires et conclura les shows TV en musique. Howard Shore directeur musical du Saturday Night Live et futur compositeur de bandes originales telles que celle du Seigneur des anneaux va leur suggérer comme nom de scène Blues Brothers et les inviter à faire un album.

En 1978, parait Briefcase Full of Blues qui sera disque de platine. Universal va être intéressée par la production d’un film autour Jake et Elwood au moment même ou John Belushi cartonne avec American College.  Pour comprendre à quel point le Rhythm and blues n'était pas dans l'air du temps pour les studios, le producteur du film a refusé de sortir la bande originale. Selon lui, elle n’intéressera qu'une « minorité de noirs ». C’est donc Atlantic, un label moins prestigieux qui achètera les droits de la soundtrack et la diffusera en albums. La production du film est tout de même lancée malgré une certaine appréhension des décideurs pour créer une oeuvre totalement à contre-courant des Grease et autre Fièvre du samedi. Le film est né grâce à deux amoureux de soul et de blues que sont Aykroyd et Belushi qui utilisèrent leur notoriété pour permettre au film d’exister.

Beaucoup d’articles ont été écrits sur Les Blues Brothers mais peu ont évoqué l'influence des cartoons de la Warner sur le film. Le personnage de l'amoureuse déplorée d’Elwood interprétée par Carrie Fisher rappelle pourtant le vil Coyote qui poursuit Bip Bip avec ses tentatives de meurtre sur nos deux héros à base de lance-flamme ou de lance-roquette. De même, des objets comme la super glu qui anéantit le camion du groupe de country semblent venir de l'attirail d’ACME, la société fictive qui fournit des inventions aux personnages des animés de la Warner. Avec ses différentes courses-poursuites qui ne cessent de se succéder entre nos héros, les flics, les nazis et les ploucs américains, nous sommes bien dans la logique d’un Bugs Bunny ou d’un Tom et Jerry.

Si le film renvoie aux cartoons d’antan, c’est parce qu’il s’inscrit dans une logique burlesque où le corps joue un rôle essentiel pour déclencher les rires. Dan Aykroyd avec son physique filiforme et Belushi avec ses rondeurs évoquent Laurel et Hardy dont on retrouve les affiches dans certains plans du film (voir la scène dans la station-service). Dans ce film, il faut insister sur le génie comique d'un John Belushi parti bien trop tôt. Dévoré dans la vraie vie par les excès, le Bluto d'American College fait ici merveille. Un salto arrière, un regard suivi d'un déhanché, son jeu très physique est une constante source d’humour.

Landis et Dan Aykroyd en tant qu'amateurs du genre burlesque ont bien compris la nature politique et irrévérencieuse des films de Chaplin. Blues Brothers est avant tout un film politique qui lutte contre l'ordre établi. Un long-métrage salutaire où nos héros la clope au bec anéantissent les représentants de l’autorité et les réactionnaires de tout bord qu’ils soient sudistes ou fans du 3e Reich.

Les Blues Brothers, c'est avant tout une bande originale de folie, une déclaration d'amour à la musique noire américaine où les chansons d’anthologie portées par des artistes de génie se succèdent. Landis ne peut s’empêcher d’avoir des trémolos dans la voix quand il évoque ce film qui fut pour lui comme un rêve éveillé avec tous ses monstres du Rhythm and blues que sont Ray Charles, James Brown, Aretha Franklin, Cab Calloway et tant d'autres.
Ce qui frappe dans le film c’est l’infinie délicatesse et respect de ses auteurs pour une musique qu'il vénère. Les chansons ne se succèdent jamais gratuitement. Les stars de la musique noire américaine sont intégrées dans l'histoire et n’apparaissent jamais comme de simples guests.

Belushi et Ackroyd se sont toujours considérés comme des relais pour mettre en valeur une musique qu’ils aimaient de toute leur âme. Nos deux héros ne cessent de répéter la phrase : "Were on a mission from God ". C'est vrai, il sont bien au service d'un Dieu, celui de la musique !

Blues Brothers est un film riche et référencé où les scènes burlesques et musicales se succèdent. Le film avec ses séquences de cascades dantesques est d’une fluidité exemplaire dosant parfaitement ses effets. Quel est donc le secret d’une telle réussite ? 
Pour le découvrir, il faut peut-être revenir à l’écriture du film. On sait que Dan Aykroyd avait rédigé un premier scénario de plus de 300 pages que Landis a ensuite réécrit. On imagine sans mal le travail remarquable du cinéaste américain qui va reprendre le scénario et l'arranger en s’inspirant du principe des quêtes chevaleresques. Il va réorganiser Blues Brothers sur le principe du voyage du héros. En effet, Jack et son frère peuvent être perçus comme des chevaliers appelés à accomplir une quête (trouver 5000 dollars pour sauver un orphelinat). Ils vont d'abord refuser l’aventure mais ne pourront résister à l'appel des puissances divines symbolisées par James Brown en révérend.  Pour accomplir leur mission,  ils vont comme dans La Communauté de l'anneau, composer un groupe et récupérer leurs armes, les instruments de musique. Ils feront face à de nombreux opposants. Mais protégés par des forces supérieures qui leur évitent la mort, ils vont réussir leur mission. L’utilisation d'une lumière jaunâtre qui rappelle les enluminures au début du film ou les déplacements surnaturels de la bonne soeur corroborent cette théorie. En s’inspirant de la structure de beaucoup de nos mythes, le film nous raconte une histoire simple et universelle qui traverse les époques, mais dans laquelle nos auteurs peuvent se permettre toutes les outrances et folies.

Si Arthur et les siens ont recherché le Graal, les amateurs de musique et de cinéma ont trouvé le leur avec Les Blues Brohers. Un classique  à voir et à revoir ABSOLUMENT !

Mad Will

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La critique de L. Schérer

Avant les dégâts provoqués par le cyclone Zoé en 2002 qui attirèrent sur elle les yeux de la communauté scientifique internationale, la petite île mélanésienne de Tikopia était restée imperméable à l'influence des nouvelles technologies et de la culture occidentales. Depuis, l'île est dotée d'une antenne qui la relie au reste du monde et des touristes viennent régulièrement la visiter. En peu de temps cela a déjà modifié considérablement le mode de vie de ses deux mille habitants qui avaient vécu jusque-là sans argent ni électricité, comme le faisaient leurs ancêtres depuis leur implantation sur ce petit bout de terre du Pacifique il y a de cela trois millénaires,.

   Corto Fajal, réalisateur-explorateur breton qui nous avait transmis dans son premier long métrage Jon face aux vents la vie des éleveurs de rennes du Grand Nord, a cette fois souhaité saisir un peuple à la croisée des chemins, à ce moment où il peut encore décider de trouver un développement réfléchi qui lui permettra de préserver son lieu de vie (et donc indissociablement lui-même) ou de se perdre dans une fuite en avant dévastatrice.

   Complémentaire de l'approche du chercheur américain Jared Diamond qui avait étudié le cas de l'île dans son passionnant manuel de collapsologie Effondrement, celle de Corto Fajal tient davantage du poème visuel. Inventant son propre chemin en lisière du documentaire ethnographique et du reportage journalistique, le cinéaste a ainsi tenu le pari audacieux de faire découvrir Tikopia à travers un dialogue fictif qu'entretient l'île avec son roi pour retracer son passé et s'interroger sur son avenir. Cette anthropomorphisation poétique du petit volcan habité pourrait paraître maladroitement new age dans un autre contexte, mais elle sied bien à l'animisme local, dans lequel le réalisateur voit un espoir de salut et une source d'inspiration. L'état des lieux romancé qui en résulte se révèle en tout cas riche d'enseignement, tant les problématiques éconologiques qu'affronte le microcosme tikopien sont les reflets de ceux qui concernent la planète entière.

F.L.

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Plutôt qu’une étude de mœurs, Under the tree est avant tout un thriller signé par le réalisateur islandais Hafsteinn Gunnar Sigurdsson.

Ce film montre une société où l’empathie est absente et dans laquelle chacun détermine son comportement selon son ressenti avec les seuls éléments subjectifs dont il dispose.

Deux couples s’affrontent pour un arbre. Inga (Edda Björhvinsdottir), Baldwin (Sigurdur Sigurjonsson), leur fils Attli (Steinpor Hroar Steinporsson) et leur chat d’un côté, Konrad Porsteinn Bachmann), Eybjorg (Selma Björnsdottir) et leur chien de l’autre. Eybjorg souhaiterait que ses voisins fassent élaguer leur arbre qui fait de l’ombre sur sa terrasse et l’empêche de bronzer, Inga ne veut pas que l’on touche à son arbre et est prête à tout pour le défendre.

L’actrice Edda Björhvinsdottir par son jeu dévastateur dans le rôle d’Inga sera l’élément déclencheur et nourricier d’une spirale de violence entre voisins.

Le film montre comment au sein de ces trois couples, le fils Attli forme aussi un couple avec sa femme Agnès (Lara Johanna Jonsdottir), l’émotion prime sur la raison et que la femme dicte sa loi. Cet élément original renforce encore le côté hors norme de cette spirale de violence. Nous ne sommes pourtant pas comme chez Haneke dans un scénario à la Funny Games mais bien dans une virtualité plus vraisemblable qui rend le thriller d’autant plus angoissant. De comiques parce que risibles au départ, le spectateur se trouve progressivement confronté à l’horreur de situations où les égoïsmes sont poussés à l’extrême. Grâce à une photograhie magnifique signée Monika Lenczewska et des cadrages au millimètre, le spectateur se retrouve embarqué à son corps défendant dans une histoire bien sombre qui paradoxalement est très éclairante sur nos propres relations sociales.

Under the tree est une grande réussite !

L.S.

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Voir un film de Tsui Hark au cinéma est toujours un évènement. En effet, le maître hongkongais n’a jamais cessé durant sa longue carrière de nous proposer des pièces maîtresses en matière de réalisation. Se renouvelant sans cesse, doté d’un sens du cadrage et du montage phénoménal, le maestro (et il mérite bien ce terme) a plus d’une fois fait chavirer mon petit cœur de cinéphile.

Tsui Hark, c’est l’homme qui révolutionna le wu xia pian (film de sabre chinois) dans Zu les guerriers de la montagne magique en 1983, grâce à une esthétique novatrice reprise plus tard par Ang Lee (Tigre et Dragon) et consorts. C’est également lui qui fera évoluer le film de Kung Fu avec son magistral Il était une fois en Chine ou le polar avec le jouissif Time and tide. Mais réduire sa filmographie à ces quelques films fondateurs du cinéma asiatique n’aurait pas de sens. En effet ses longs-métrages tels que The Lovers et The Blade sont aussi des chefs-d’œuvre à voir impérativement.

Certains esprits chagrins avaient enterré le maître dans les années 2000, période pourtant essentielle pour ce cinéaste qui commençait à expérimenter les effets spéciaux numériques et autres technologies émergentes tels que la 3D. Si la suite de Zu en 2001 avait déçu, il faut avoir conscience que Tsui Hark réussira tout de même en quelques années à réinventer sa grammaire cinématographique pour exploiter pleinement les nouvelles techniques numériques et créer le cinéma de demain.

Celui qui avait bouleversé le cinéma asiatique dans les années 80 va proposer avec le premier Detective Dee en 2010 un film spectaculaire et totalement maîtrisé d’un point de vue technique. Après Il était une fois en chine, Hark lance une nouvelle saga autour d’une figure de l’histoire chinoise ayant réellement existé. Dès ce premier opus, il montre que la chine n’a plus rien à envier aux USA dans le domaine de la photographie et des effets spéciaux. Avec le deuxième volet 5 ans plus tard, il nous régale une fois de plus avec les aventures de son Sherlock Holmes à la cour de l’empereur de Chine avec une 3D qui reste la référence en matière de profondeur avec Avatar.

Le distributeur The jokers nous permet cette de découvrir cette année le troisième volet de la saga de Dee sur les écrans français et nous ne pouvons que les remercier tant le film de 2 h 30 est un concentré de cinéma qui met Hollywood KO. Après avoir vu ce film, n’importe quel blockbuster américain vous paraitra insipide, ennuyeux, laid et répétitif.

Le film débute avec la vile impératrice qui souhaite récupérer un sabre sacré donné par son mari à notre héros afin qu’il protège la Chine. Ce sabre magique aux pouvoirs fantastiques c’est le 7ème art qui, dans les mains de Hark, semble sans limite en quant à son potentiel. Le cinéaste façonne ainsi des estampes aux couleurs éblouissantes qui prennent vie devant nos yeux ébahis. Quant à la 3D, elle est d’une lisibilité extraordinaire avec une profondeur de champ dantesque. Grâce à elle, Tsui Hark redéfinit la notion même d’espace au cinéma, se jouant des perspectives comme aucun réalisateur ne l’avait fait avant lui.

De la même manière, si vous avez une salle 4DX près de chez vous (salle avec de la fumée, des odeurs, de la pluie et des sièges sur vérins), n’hésitez pas à tenter l’expérience. En effet, c’est l’un des films à mieux utiliser ce format.

Si Tsui Hark est maintenant produit par la Chine Populaire, il reste encore et toujours ce jeune homme rebelle qui avait bouleversé l’archipel Hongkongais avec sa trilogie du Chaos. En effet, même à 68 ans il ne peut s’empêcher de dénoncer la tyrannie à travers cette impératrice qui rappelle qu’un totalitarisme aussi rouge que le sang est encore au pouvoir en Chine. Enfin, à travers les talents d’enquêteur de Dee, il nous invite constamment à nous interroger sur la véracité des images. 

Une œuvre qui montre qu’il est toujours possible de concilier l’art et le divertissement. Tsui Hark signe tout simplement le meilleur blockbuster de ces dernières années.

Une fresque indispensable à voir absolument en 3D et au cinéma.

Mad Will

Ps : il n’est pas nécessaire d’avoir vu les deux premiers Dee pour apprécier et comprendre l’intrigue du film.

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Vilnius, fin des années soixante. La petite Inga danse devant ses camarades qui lui envoient leurs éloges. Pour eux, « La Belle » c’est ce drôle de jeu auquel Inga excelle, tant elle se plaît à ensorceler ses amis de ses gesticulations gracieuses. Si tous ses copains sont sous le charme, ce n’est pas le cas du dernier arrivé dans le quartier, un petit garçon excédé par les manières d’Inga à qui il ne se prive pas de lui dire qu’il la trouve laide. En effet, il est spécifié dans le scénario que l’enfant est ingrat. Cela montre que les canons de beauté ont bien changé, car pour un spectateur moderne la petite frimeuse a tout d’un ange : visage rond, tâches de rousseurs, grands yeux bleus et cheveux blonds. Alors le monde de la petite reine s’effondre : elle doit revoir toutes ses considérations et apprendre à grandir.

Comme François Truffaut avec ses 400 Coups dix ans auparavant, le cinéaste lituanien Arūnas Žebriūnas filme le monde à travers les yeux des enfants. Ainsi, le film est constitué d’expériences et d’apprentissages : Inga découvre le coiffeur des dames, Inga contemple un tableau, Inga fait face à la solitude d’un chien qui attend son maître comme sa propre mère attend le retour d’un mari… L’attente est au centre du récit. La passivité des adultes contrebalance l’hyperactivité des enfants et plonge le film dans une sorte de torpeur agréable. L’agitation dans les cours des immeubles de Vilnius pendant la trêve estivale a quelque chose de paisible.

Pourtant, La Belle cache une dimension politique, celle d’un pays sous l’occupation soviétique. L’omniprésente attente prend alors une toute nouvelle signification, celle d’un peuple en quête de liberté.

La Belle, tourné en 1969 était encore inédit sur les écrans français. Très court (1h06) mais enivrant, le film est comme une comptine qu’on ne se lasse jamais de réentendre.  

S.D.

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La critique de madwill

À l’occasion de la sortie de Ready Player One sur supports numériques, je vous propose ce jeudi un retour sur un film aussi rafraîchissant qu’un mojito en pleine canicule qui a profondément marqué Ernest Cline, l’auteur du roman original qui a inspiré le film de Spielberg. Méconnu en France, le long métrage Profession Génie aka Real Genius est un titre fondateur pour la culture geek. Pour les plus anciens d’entre vous, voici la définition forcement restrictive que donne l’honorable Larousse du phénomène "geek" : « Fan d’informatique, de science-fiction, de jeux vidéo, etc., toujours à l’affût des nouveautés et des améliorations à apporter aux technologies numériques. »

Je vous invite donc sous ce beau soleil d’été à lancer votre playlist 80 sur Spotify. Fermez les yeux, imaginez-vous en veste en jean, un bandeau sur les cheveux et revenons sur un long-métrage réalisé durant la glorieuse décade des eighties qu'Hollywood ne cesse de recycler avec son Stranger Things ou bien encore Ça.

Le film met en scène un Val Kilmer à la sortie de l'adolescence qui n’a pas encore joué dans Top Gun. On peut même dire que le long-métrage qui nous occupe aujourd'hui avec ces geeks antimilitaristes est à l'opposé du manifeste patriotique qui le rendit célèbre aux côtés de Tom Cruise et Anthony Edwards. Dans Profession Génie, Kilmer est une fois de plus excellent dans leregistre comique qu'il avait déjà abordé avec son premier rôle d'importance au cinéma avec Top Secret, un bijou d’absurdité signé par le trio de cinéaste à l'origine d' Y a-t-il un pilote dans l'avion.

Sorti en 1985 aux USA, Profession Génie est symptomatique d’un Hollywood qui prend conscience de l’émergence du public geek. À la même époque des films comme Tron ou Starfighter prennent pour sujet l’informatique émergeant. Dans les années 70, un ordinateur est aussi grand qu’une chambre de bonne sous les toits de Paris et son utilisation est limitée à l'armée et aux facultés américaines. Mais avec le lancement du Macintosh 128K en 1984 avec son interface graphique et sa souris, l'informatique pénètre les foyers et devint un objet du quotidien, intégrant la culture de masse au même titre que le walkman.

Rassurez-vous Chacun Cherche Son Film n’est pas devenu Science et vie Junior, mais il était essentiel de rappeler que Wargames, Profession Génie ou la série Les Petits Génies (diffusée sur France 3) étaient des objets culturels qui reflétaient leur époque. De la même manière, pour comprendre l’impact de Profession Génie aux USA sur des artistes comme l'auteur de Ready Player One, il faut bien bien prendre conscience que la représentation des geeks dans ce film est novatrice à l'époque de sa réalisation. En effet, les  passionnés de technologie voir de science avaient été montrés jusqu'alors comme des binoclards aux cheveux sales, obsédés par Dongeons et Dragons et dont la vie sexuelle se limitait à des tendinites du poignet.

En prenant un Val Kilmer au physique juvénile, mais avantageux, noua avons déjà un changement en termes de présentation. Mais surtout le film est un manifeste pour la différence rompant avec l’habituel scénario où le geek doit se transformer en un personnage normé pour être accepté par la société (Grease et des centaines d’autres films sur le même modèle). On comprend don l’impact du film pour une communauté qui avait l'impression d'être pour une fois respectée et même mise en valeur à la place des habituels joueurs de football américain gavés de protéines ou des pimbêches sur le bord des terrains dont le cerveau semble aussi léger que leurs pompons.

Le film propose des scènes teintées d’un humour absurde assez original et jamais moqueur. On se rappelle ainsi de la piste de ski improvisée dans les couleurs de l'internat ou du personnage d’étudiant qui vit depuis 20 ans dans les sous-sols et passe par les placards des chambres de la faculté pour retrouver son antre où il essaye de pirater une loterie.  Une douce folie émane du script qui s’emploie à nous offrir un joli discours que l’on pourrait résumer par : « soit ce que tu veux et pas ce que la société attend de toi ». Une vision qui est en totale rupture avec l’Amérique belliqueuse et stéréotypée des héros reaganiens dont les biceps huilés avaient envahi les écrans. Profession Génie est un film juste et touchant qui offre la possibilité à chacun d’écrire sa propre histoire en dehors des normes imposées par la société.

Plaisant, regorgeant de dialogues amusants comme dans ces échanges entre le professeur de la faculté et les ouvriers qu'il méprise, Profession Génie est une date marquante concernant la représentation du geek à l’écran. Enfin, et ce n’est pas pour me déplaire, le long-métrage nous dresse un portrait peu reluisant des militaires américains aux mains de consortiums industriels.

Sympathique, idéal en période festival, un film peu connu en France qui est devenu une pièce essentielle de la culture geek de l’autre côté de l’Atlantique. À voir ou revoir !

Mad Will

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La critique de L. Schérer

Quatre ans après Winter Sleep, sacré d’or lors de la 67eme édition du festival de Cannes, Nuri Bilge Ceylan a fait cette année une apparition plus timide sur la Croisette. Projeté en dernière séance, Le Poirier Sauvage n’a pas su conquérir le Jury de Cate Blanchett. Peut-être jugé trop bavard, trop long, trop académique.

            Pourtant, les trois heures huit investies par le cinéaste turc filent, et nous emportent à nouveau au cœur de l’Anatolie où revient Sinan, fraichement diplômé à Istanbul. De retour dans son village natal, le jeune homme est à la recherche de 2000 livres pour éditer son premier essai. Il ne peut compter sur sa famille, dont la situation financière problématique ne va pas en s'améliorant, car chaque sou continue d’être dilapidé au jeu par le père.

            Au détour des rues et des champs, Sinan retrouve les gens qu’il a aimé : une fille bientôt mariée, des amis imams et un écrivain renommé. De ces rencontres naissent de longs dialogues sur l’amour, la religion, la liberté.

            Partant du récit classique du retour de l’enfant au pays, Nuri Bilge Ceylan déploie toutes ses qualités de portraitiste pour décrire une fois encore la « Turquie profonde » confrontée au jugement parfois injuste du citadin Sinan. Si le jeune homme apparait d’abord comme une voix raisonnée, il peut aussi devenir un personnage antipathique par son mépris de la province. Il s’oppose alors à celui dont il ne supporte plus les fantaisies, son père, qui, malgré son détachement envers sa famille, est un personnage plutôt sympathique, un joyeux drille illuminé, un homme de la campagne, à qui on n’ose pas reprocher d’aimer son chien et sa cabane.

            Le poirier sauvage est un arbre solitaire, déformé, mais dont les fruits sont excellents. Il donne son nom au film et également au premier livre de Sinan, l’aspirant écrivain. L’image apparait alors comme évidente : le vieil arbre repoussant mais fructifère est ce passé honteux et cette famille embarrassante qu’on se doit de perpétuer.

            Un film intense, de toute beauté formelle et visuelle, à ne pas manquer.

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