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La critique de Laurent Schérer

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La critique de Laurent Schérer

Kamala est une jeune orpheline hindoue originaire du Madhya Pradesh qui a la charge de son grand père paralysé et de sa petite sœur. Immigrée à Bombay, elle vend des couronnes de jasmin le jour et danse la nuit dans un cabaret pour payer les études de sa sœur Tara. De confession musulmane et originaire du Cachemire, Salim,le vendeur de fleurs à la sauvette de l’autre côté de la rue, n’a d’yeux que pour Kamala. Mais le danger rôde en la personne d’un sombre voyou qui la presse d’aller travailler à Dubaï.

Si l’histoire racontée dans ce film d’animation de la réalisatrice Gitanjali Rao est au premier abord celle tout à fait classique d’amours contrariés entre deux orphelins de communautés différentes, elle diffère cependant de la pure intrigue bollywoodienne qu’elle évoque à travers l’intérêt que Salim porte pour le cinéma et ses héros auxquels il s’identifie. En effet le film revêt une certaine originalité dans le traitement du contexte permettant au spectateur occidental de comprendre des thématiques propres à la population indienne : racisme et conflit entre indous et musulmans, traite des femmes, travail des enfants, censure, pauvreté, corruption, etc. De plus, l’apparition de personnages originaux, en particulier une ancienne actrice, Madame D’Souza, dont est amoureux un antiquaire préteur sur gage, offre un regain d’intérêt au récit.

Mais surtout ce film est d’une beauté extraordinaire dans l’usage des couleurs et par ses dessins qui ont tous été peints à la main, compensant très largement une certaine faiblesse de l’animation. Les techniques picturales différent selon le contexte et les décors. Les films projetés au cours du récit sont ainsi esquissées à traits épais, les décors des rues possèdent des couleurs explosives, alors que les rêves de Kamala sont proches d’une esthétique de miniatures mogholes. On admirera aussi le procédé de décoloration et de transformation des décors quand nous pénétrons dans les souvenirs de l’ancienne actrice, nostalgique de sa gloire passée.

L’ensemble revêt alors une dimension poétique envoûtante, accompagnée d’une musique et de chansons adaptées aux situations. On est tout autant éloigné de l’habillage musical bollywoodien que des mélopées sucrées des productions Disney. Le film va même jusqu'à prendre une connotation merveilleuse lorsque l’esprit des personnages s’échappe vers un monde fantastique où les humains se transforment en aigles.

Un très beau film à regarder sans tarder.

Laurent Schérer

 

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White Riot est un documentaire fascinant et protéiforme abordant la révolution musicale qui a eu lieu en Angleterre avec l’avènement du punk et du ska. Si le film intéressera à coup sûr les amateurs de musique, White Riot s’avère également un témoignage passionnant sur l’histoire assez méconnue de la lutte contre l’extrême droite qui contamina les esprits de notre voisin d’outre-Manche à l’aube des années 80.

Pour nous français, mais aussi pour une bonne part de la jeunesse anglaise selon la réalisatrice dans les interviews, le film nous révèle l’histoire assez méconnue de la progression dans les urnes du Front National (ça ne s’invente pas) Anglais dans un pays qui ne fut pas forcement l’eldorado du multiculturalisme que l’on nous a vendu. On voit ainsi comment l’extrême droite de la Perfide Albion essayera de faire s’opposer les communautés l’une contre l’autre en s’appuyant sur la misère sociale des quartiers défavorisés. Un Front National Anglais qui embrigadera des jeunes sans avenir pour en faire des skinheads, des bras armés bien pratiques pour terroriser les gens de couleur. Une situation d’autant plus facilitée que la police comptait dans ses membres de nombreux éléments plutôt en accord avec les thèses racistes défendues par nos nazillons anglais. Une attitude trop fréquente chez les forces de l’ordre qu’il n’en déplaise au résidant actuel de la place Beauvau.

White Riot est avant tout une belle histoire humaine, celle du collectif Rock Against Racism qui a pensé que la musique était le meilleur moyen de lutter contre l’obscurantisme qui gagnait les esprits. Ce documentaire est le reflet d’une époque où le rock se reconnectait enfin aux réalités vécues par l’homme de la rue grâce au punk ou au ska.

De plus la forme prise par le documentaire participe à la réussite du long métrage. En effet, la réalisatrice utilise le style des fanzines de l’époque, et recrée à l’écran par l’intermédiaire de l’outil numérique les photomontages et les collages typiques du scrapbooking, caractéristiques de l’esthétique d’alors. Nous plongeons ainsi vraiment dans la révolution punk, dans son refus d’adouber les vieux dinosaures du rock devenus des divas cocaïnées, faisant le salut nazi comme Bowie ou soutenant ouvertement les fascistes à la manière de Clapton dont les propos haineux sont à l’origine même de la création du collectif.

Nous découvrons ainsi le combat de Rock Against Racism qui usait d’une communication que l’on qualifierait de guérilla. Ses membres ont ainsi pendant plusieurs années recouvert les murs de l’Angleterre de leurs affiches tout en multipliant les concerts, conscients que la musique était un vecteur idéal pour construire un monde égalitaire afin d’en finir avec les relents colonialistes de notre vieille Europe.

Passionnant dans ses propos grâce aux interviews des créateurs du mouvement, le film regorge d’images d’époque qui nous permettent d’appréhender l’Angleterre miséreuse des années 70. Le film se conclut sur le Carnaval Rock Against Racism qui réunira plus de 80 000 personnes de toutes origines, chantant ensemble le poing levé pour un autre monde. Une note d’espoir qu’il faut cependant relativiser. Si ces militants ont participé à la déroute du Front National Anglais aux élections, Thatcher recyclera néanmoins les idées nauséabondes du Front (elle reprendra certains de leurs propos sur les immigrés) pour accéder au pouvoir et instaurer l’horreur sociale.

Une conclusion qui rappelle les paroles de la chanson White Riot des Clash, invitant à lancer des pavés pour changer un monde où les inégalités n’ont jamais été si nombreuses. Un documentaire à voir en salle à partir du 5 août.

Mad Will

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Eva en août, film du réalisateur espagnol Jonas Trueba, avec la collaboration d’Itaso Arana au scénario, commence doucement dans un Madrid écrasé par la chaleur. On se laisse prendre peu à peu à suivre Eva (sublime IItaso Arana !) dans ses rencontres et son exploration d’un Madrid estival. Le film est à consommer tranquillement dans la touffeur de l’été en s’imprégnant de la nostalgie des temps où la distanciation sociale et les masques étaient encore de la science-fiction…

S’il se présente sous le signe de la vierge, il n’a rien d’un manifeste religieux, même si le long-métrage s’appelle La vierge d’août et qu’il se conclut le 15 août le jour de l’assomption. C’est simplement un film de foi. Une procession et trois fêtes religieuses marquent le récit, dont celle des larmes de San Lorenzo, mais ces liturgies sont devenues païennes et prétexte à des rassemblements et des moments de réjouissances. Eva rencontre aussi une femme qui par son souffle enlève la douleur des règles, par une technique ancestrale enseignée de mère en fille, pratique à laquelle le spectateur est libre de croire ou de ne pas croire.

Notre héroïne s’intéresse aux figures féminines, celles de l’Histoire, Popée la femme de Néron, dont elle admire un buste au musée, et celles actuelles rencontrées au hasard d’une sortie ou qu’elle côtoie au quotidien comme sa voisine d’immeuble.

On ne sait presque rien de la vie d’Eva d’avant et on ne saura rien de celle d’après. Eva est en cela vierge de souvenirs, elle est la madone du présent, ce qui lui permet d’être à l’écoute des autres, de les inciter à se dévoiler, voire de les « sauver ».

Le peu que l’on connaisse d’Eva est qu’elle est une comédienne qui se questionne. À ce titre elle s’interroge sur sa vie, ses relations, sa place. D’ailleurs elle déménage souvent, quand bien même à l’opposée d’autres de ses rencontres, elle n’a jamais bougé de Madrid où elle est née. Filmé essentiellement en plans fixes dans lesquels le personnage évolue, le cadre nous montre clairement qu’Eva est libre de ses mouvements, tant formellement que dans sa vie. Eva décide. Elle décide de s’installer une première fois chez un ami qui lui laisse son appartement pendant ses vacances, une deuxième chez un compagnon de rencontre. Ce nomadisme lui donne une liberté, celle de choisir ce que sera sa vie, avec qui elle veut vivre, c’est elle qui sera initiatrice des rencontres, appelant l’une, sonnant chez l’autre, et au final choisissant son homme.

Construit sur les quinze premières journées du mois d’août et découpé à la façon d’un journal intime, qu’on voit Eva par moments tenir, ce film nous entraine dans son sillage par un rythme tranquille et posé, goûtant avec grand plaisir ces moments d’alanguissement induits par la chaleur de l’été madrilène et nous laissant découvrir un très beau portrait de femme.

Laurent Schérer

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Les récits sur l’insoutenable horreur de la bombe d’Hiroshima du 6 août 1945 ne sont pas si nombreux. Il est par définition difficile de narrer l’indicible et d’exposer le traumatisme subit par ceux qui ont survécu à la bombe. En outre, après un tel évènement, il s’est perpétué un syndrome de culpabilité qui rend illégitime tout témoignage. « Pourquoi ai-je survécu ? » se demande celui qui aurait pu mourir. De plus, la méconnaissance des effets des radiations a fait que cette population contaminée, loin de recevoir le statut de victime, a été ostracisée, qu’on a voulu l’oublier et la mettre à l’écart, en la considérant comme un ramassis de pestiférés ou de lépreux quand on ne l'acccusait pas d'exagérer ses troubles. L’occupant américain avait d’ailleurs institutionnalisé ce silence en interdisant dans la presse toute allusion à la bombe par l’intermédiaire d’un « Press code » applicable jusqu’en 1952.

Le film Pluie noire de Shohei Imamura, tourné plus de quarante ans après la catastrophe, est un récit exceptionnel parce qu’il montre sans détour les effets de l’arme atomique et de ses conséquences dans le corps et l’esprit humain.

Dépassant les stades initiaux de la sidération, de la colère et du rejet, le cinéaste japonais prend la mesure du crime en rendant compte de la vie et de la mort des habitants d’Hiroshima et de ses environs, cinq ans après la survenue de "l'éclair qui tue", à travers le récit d’une famille de « Hibakusha » (personnes ayant subies les radiations) réfugiées dans un village de la campagne niponne, et en particulier de la jeune Yasuko. Il s’intéresse alors, en plus de l'effet des radiations à long terme sur la santé, aux répercussions sociales, culturelles et identitaires du largage de la bombe dans un pays aux habitants traumatisés.

Imamura use de tout son savoir cinématographique pour nous livrer des images terrifiantes à côté d’autres d’une sublime beauté. Pluie noire s’avère au final plus un plaidoyer anti atomique plus qu’un film militant. Nature paisible versus nature dévastée, vie tranquille versus l’horreur absolue, le réalisateur parvient sobrement en noir et blanc et en quelques images à montrer la folie de l’espèce humaine. Nous avons à faire à un film émouvant qui nous invite à la réflexion : comment pouvons-nous justifier de telles atrocités et surtout pourquoi n'apprenons-nous pas d'une telle catastrophe ?

Aidé dans son dessin par une interprétation magnifique de tous les acteurs de son long métrage, et choisissant l’absurde et l’ironie plutôt que les larmes et le pathos, Imamura nous livre ici une vision amère de la conduite humaine en nous invitant à ne jamais oublier.

Un chef-d’œuvre à revoir en salles en version restaurée.

Laurent Schérer

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Guendalina (1957) et Les adolescentes (1960) sont deux films du réalisateur italien Alberto Lattuada récemment restaurés et qui ressortent ce mercredi 29 juillet en salles.

Guendalina nous offre le portrait d’une jeune fille riche, gâtée par sa famille qui ne pense qu’à son bien-être et à ses caprices. Cependant, suite à sa rencontre avec Oberdan, le neveu d’un maitre-nageur, elle va peu à peu changer d’attitude et comprendre que son monde n’est pas celui de tous.

Un beau récit d’apprentissage, donc, doublé d’une sévère critique sociale sur le mépris que peuvent avoir les riches envers les classes laborieuses, thème que l’on retrouvera aussi en filigrane dans Les adolescentes centré sur les émois amoureux de Francesca. Les deux héroïnes des deux films Guendalina et Francesca ont ceci en commun, que ce sont deux filles qui ne se laissent pas dicter leur conduite et qui revendiquent le droit à l’amour, avec plus ou moins de réussite, les contraintes sociales jouant contre elles.

Guendalina n’est pas une énième histoire romantique mais plutôt un film dans la veine du néoréalisme italien. Enfant d’un couple en crise, la jeune fille entend la douleur de sa mère se plaignant d’un mari qui la délaisse. On ressent la profonde solitude de celle-ci quand elle montre à sa fille un bijou que son mari infidèle lui avait offert après une escapade, sans doute pour atténuer ses remords, pense-t-elle, geste qu’il ne se donne même plus la peine de faire à présent. Mari infidèle, père absent, telle est l’image que Guendolina a de l’homme, peu étonnant alors qu’elle n’hésite pas à briser les cœurs pour sauvegarder son indépendance. Pourtant elle est capable de sortir de ce schéma de pensée et d’apprécier à sa juste valeur Oberdan. Mais ce sera sans compter sur ses parents qui, en bons représentants de leur classe, voudront gâcher la vie de leur fille après avoir déjà saboté la leur.

Quant aux adolescentes, dont le rythme est moins enlevé, et la critique sociale moins appuyée, on retiendra surtout les pensées et les discussions des jeunes filles rêvant d’un monde où elles pourraient s’émanciper, et pour paraphraser Godard avec deux ans d’avance, « Vivre leur vie ».

Profitons de leur ressortie en salles pour apprécier ces deux films dans de bonnes conditions.

Laurent Schérer

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Guendalina (1957) et Les adolescentes (1960) sont deux films du réalisateur italien Alberto Lattuada récemment restaurés et qui ressortent ce mercredi 29 juillet en salles.

Guendalina nous offre le portrait d’une jeune fille riche, gâtée par sa famille qui ne pense qu’à son bien-être et à ses caprices. Cependant, suite à sa rencontre avec Oberdan, le neveu d’un maitre-nageur, elle va peu à peu changer d’attitude et comprendre que son monde n’est pas celui de tous.

Un beau récit d’apprentissage, donc, doublé d’une sévère critique sociale sur le mépris que peuvent avoir les riches envers les classes laborieuses, thème que l’on retrouvera aussi en filigrane dans Les adolescentes centré sur les émois amoureux de Francesca. Les deux héroïnes des deux films Guendalina et Francesca ont ceci en commun, que ce sont deux filles qui ne se laissent pas dicter leur conduite et qui revendiquent le droit à l’amour, avec plus ou moins de réussite, les contraintes sociales jouant contre elles.

Guendalina n’est pas une énième histoire romantique mais plutôt un film dans la veine du néoréalisme italien. Enfant d’un couple en crise, la jeune fille entend la douleur de sa mère se plaignant d’un mari qui la délaisse. On ressent la profonde solitude de celle-ci quand elle montre à sa fille un bijou que son mari infidèle lui avait offert après une escapade, sans doute pour atténuer ses remords, pense-t-elle, geste qu’il ne se donne même plus la peine de faire à présent. Mari infidèle, père absent, telle est l’image que Guendolina a de l’homme, peu étonnant alors qu’elle n’hésite pas à briser les cœurs pour sauvegarder son indépendance. Pourtant elle est capable de sortir de ce schéma de pensée et d’apprécier à sa juste valeur Oberdan. Mais ce sera sans compter sur ses parents qui, en bons représentants de leur classe, voudront gâcher la vie de leur fille après avoir déjà saboté la leur.

Quant aux adolescentes, dont le rythme est moins enlevé, et la critique sociale moins appuyée, on retiendra surtout les pensées et les discussions des jeunes filles rêvant d’un monde où elles pourraient s’émanciper, et pour paraphraser Godard avec deux ans d’avance, « Vivre leur vie ».

Profitons de leur ressortie en salles pour apprécier ces deux films dans de bonnes conditions.

Laurent Schérer

 

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Chongqing blues du réalisateur chinois Wang Xiaoshuai raconte la douloureuse quête d’un père pour connaître les circonstances de la mort de son fils afin de faire son deuil. Lin Quanhai (Wang Xueqi) est capitaine au long cours, il est séparé de sa femme Yuying et n’a pas revu son fils Lin bo depuis quinze ans. De retour en Chine, il apprend que son fils a été tué par la police six mois auparavant. Il enquête alors pour connaître les raisons d’un tel drame.

Chongqing blues est un film sur l’absence de communication entre les êtres. Le cinéaste expose en particulier le fossé qui sépare des générations où l’autre est devenu un mystère insondable. Lin, au fur et à mesure de son enquête, se rend ainsi compte qu’il ne connaissait rien de la vie de son fils et encore moins de ses espoirs. Il n’arrive même plus à se souvenir de son physique, ne gardant selon ses dires qu’une ombre dans sa mémoire. Il tente bien de se procurer une photo nette de son fils, par laquelle il pourrait raviver ses traits, mais aucun des proches de Lin bo ne pourra ou du moins ne souhaitera lui en remettre une.

Difficile de cohabiter dans la Chine moderne entre l’ancienne génération bousculée entre autre par la rénovation urbaine, et une nouvelle génération qui ne trouve pas de sens à sa vie. « Boisement urbain et verdissement » proclame le teeshirt de Hao, le meilleur ami de Lin bo qui trainait tout le temps avec lui avant le drame. Ce n’est de toute évidence pas le chemin pris par le monde dans lequel ces jeunes sont nés.

Par le truchement d’une enquête parsemée d’obstacles suite au mutisme et au refus de collaborer de la plupart des principaux témoins du drame, le parcours de Lin ressemble à une randonnée dans le brouillard, au propre, dans une ville envahie par la fumée de la pollution, comme au figuré, où les formes que l’on croyait apercevoir s’évanouissent quand on s’en approche, à l’instar des images numériques de la caméra de surveillance qui a filmé les derniers instants de la vie de Lin bo, qui se pixellisent quand on les agrandit et dont Lin se sert comme ersatz de photographie.

Un film poignant sur une société dont l’évolution perturbe la plupart de ses membres, une fable sur l’incommunication et le sentiment de culpabilité qui y est lié.

Laurent Schérer

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Le dernier prisonnier est un film albanais, et rien que pour cela il vaut la peine d’être regardé. En effet on doit compter moins d’une dizaine de films de cette nationalité sortis en France depuis l’origine du cinéma. Bujar Alimani, qui vit et travaille aux États-Unis, est un des rares réalisateurs albanais de renommée internationale. Né en 1969, il gagne la Grèce en 1992 suite à la chute du régime communiste. Le scénario du dernier prisonnier se déroule peu avant cette date, au moment où le régime touchait à sa fin et où la population rêvait de s’émanciper. Le film montre donc ces deux courants, celui d’une résistance jusqu’au boutiste au changement du régime communiste et de ses soutiens dans une « Corée du nord européenne », et de l’autre une population qui cherche tout simplement une bouffée d’oxygène et dont le regard se porte vers l’Europe.

Léo (Viktor Zhusti), est un professeur, un « intellectuel » prisonnier politique comme de nombreux albanais de l’époque. Le jour d’une visite d’une délégation européenne il est transféré à Tirana pour y « témoigner ». Mais en chemin la voiture qui assurait son transfert tombe en panne. Le chauffeur demande au village voisin l’aide d’un mécanicien pour réparer. C’est alors que les langues se délient et que Bujar Alimani peut donner un sens métaphorique et politique à son thriller psychologique. Le réalisateur nous fait alors part d’une Albanie divisée, tant sur le plan politique et social que culturel et moral, que le régime conduit dans une impasse.

Formellement, le gris et le marron dominent dans le long métrage, ainsi que le souhaitait le réalisateur, car pour lui ces couleurs « reflètent nos vies et les années grises et incolores de la dictature communiste ». De même il a privilégié les plans d’ensemble afin « d’inclure tous les personnages dans les plans, pour mettre dans une même image l’ensemble des acteurs qui ont joué un rôle au cours de ces années éprouvantes ». Car pour lui,  « il n’y a pas une seule personne responsable à blâmer pour ce qui s’est passé dans ce pays, mais l’ensemble de la population pour avoir laissé une dictature criminelle s’épanouir sans entrave ».

Prix du meilleur long métrage au festival de Trieste, prix du public, meilleur scénario et prix des médias au Festival International de Tirana, grand prix et prix du jury œcuménique au Festival International du Film de Varsovie, et représentant l’Albanie aux Oscars 2020, Le dernier prisonnier doit être vu en salles.

Laurent Schérer

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