Le film de la semaine : Tu mourras à vingt ans

Publiée le 11 février 2020

Notre film de la semaine Tu mourras à vingt ans est une fiction du réalisateur soudanais Amjad Abu Alala qui cristallise la situation de la jeunesse soudanaise. Muzamil doit apprendre à vivre quoiqu'il soit accablé par le poids d'une terrible prédiction : on a annoncé à ses parents qu'il mourrait à 20 ans. Un long-métrage magnifique, une ode à la curiosité, à la découverte et à la vie.

La critique :

Habitants d’un petit village au bord du Nil de la province D’Aljazira au Soudan, Sakina et Alnooz vont faire bénir leur bébé par le Sheikh qui leur communique une terrible prédiction : leur fils Mazumil mourra à vingt ans. Grandissant avec le poids de cette malédiction sur les épaules, délaissé par son père qui s’est enfui après cette annonce, surprotégé par sa mère et rejeté par ses pairs, le petit garçon mène une vie à l’écart. Il n’est finalement accepté que par son jeune voisin trisomique qui le suit partout et par sa cousine Naima.

À l’adolescence il est convié à la mosquée où l’imam l’emploie comme homme à tout faire tout en lui permettant de suivre les cours de religion. Parallèlement il est employé chez l’épicier local Eissa qui l’envoie porter une commande chez un autre paria, le vieux Sulaiman. Sa rencontre avec l’ancien lui ouvrira les yeux sur les possibilités que la vie lui offre.

Présente dès le premier plan par la vision d’un cadavre de buffle qui se dessèche au soleil, la mort hante tout le film pour nous rappeler que toute chose en ce monde a une fin. Mais cette certitude doit-elle pour autant nous enfermer et nous empêcher de vivre pleinement notre vie ? Le réalisateur soudanais Amjad Abu Alala ne donne encore plus d’acuité à cette question universelle en rapprochant Mazumil de la prétendue date de sa mort.  Les personnages qui choisissent la fuite, dans l’éloignement, la religion ou l’alcool ne font que retarder l’échéance sans profiter de leur vie. Pourtant, la mort ne serait-elle pas justement ce qui donne l’importance à la vie, comme le blanc n’existe que parce qu’il peut être taché par du noir, comme l’explique dans une très belle séquence Sulaiman à Muzamil ?

Film métaphorique de la situation de la jeunesse soudanaise, corsetée jusqu’à très récemment par une dictature qui instrumentalisait la religion et les traditions pour asseoir son pouvoir, Tu mourras à vingt ans est d’abord un film d’une rare beauté grâce aux images signées Sébastien Goepfert. La photographie du film peut être lumineuse et chatoyante ou au contraire très contrastée avec le recours au clair-obscur dans l’intérieur de la maison qui apparaît parfois comme une prison avec une lumière dont l’origine se fait par une étroite ouverture. Toujours parfaitement cadrés, les plans très signifiants s’insèrent parfaitement dans la narration. Il faut alors voir le film comme le désir d’une ouverture au monde et une condamnation de ceux qui emprisonnent les êtres dans une destinée tracée à l’avance pour des motifs politiques, sociaux ou religieux.

Porté par le jeu remarquable des jeunes acteurs Mustafa Shehata (Muzamil) et Bunna Khalid (Naima) le seulement huitième long-métrage de l’histoire de la production cinématographique soudanaise mérite le respect : riche et plein de promesses, Tu mourras à vingt ans est une ode à la curiosité, à la découverte et à la vie.

L.S.

La bande annonce :

 

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