DANS L'ANTRE DU BIS : STREET FIGHTER L'ULTIME COMBAT

Publiée le 26 janvier 2020

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Une adaptation d'une jeu vidéo culte au tournage difficile

L'histoire du tournage de Street Fighter : L'ultime combat est presque plus intéressant que l’oeuvre finale. Steven E. de Souza dont c’était le premier film en tant que réalisateur a en effet rencontré des difficultés pour mettre en image le jeu vidéo créé par Capcom. Au regard de son scénario, un budget de 30 millions de dollars lui avait été alloué pour un tournage en Thaïlande. Une somme tout juste suffisante si les financeurs n’avaient pas eu l'idée d’engager Jean-Claude Van Damme et Raul Julia (Gomez dans La Famille Addams) dont les salaires hollywoodiens ont largement mis en péril le projet. Alors même que le film n’était pas tourné, Steven E. de Souza se retrouva amputé d’une part non négligeable du budget.

Au début de la phase d’écriture, la firme Capcom était plutôt enthousiaste par rapport à la volonté du réalisateur de transformer son jeu en une sorte de James Bond où le général Bison deviendrait une sorte de superméchant dirigeant une organisation terroriste. Mais très vite les relations entre Souza et la firme japonaise se sont envenimées. Le cinéaste également scénariste souhaitait ainsi réduire le casting du film à un groupe de 8 personnages alors que Capcom réclamait que tous les protagonistes du jeu (plus d’une quinzaine) soient présents à l’écran. Des interférences qui auront des conséquences sur un script qui multiplie jusqu’à l'écoeurement les scènes d'exposition afin de nous dévoiler tous les combattants des jeux Street Fighter.

Mais c’est au moment où résonna le premier clap sur le plateau que les difficultés s’amoncelèrent. Ainsi, Raul Julia qui avait accepté le rôle pour ses enfants, arriva dans un état de santé déplorable. Atteint d’un cancer, il maigrissait à vue d’œil et la costumière eut de grandes difficultés à lui créer un uniforme qui ferait de lui un grand combattant tout en dissimulant les affres de la maladie  Son cancer ne simplifia pas le tournage même si l’homme donna son maximum dans son rôle de super-méchant. À ce titre, sa prestation est la meilleure de tout le casting. Un professionnalisme dont l'autre star du film n’a pas fait preuve. Souvent dans un état second et disparaissant à n’importe moment du tournage, Van Damme n’arrivait pas à l’époque à décrocher des paradis artificiels comme il l’avouera bien plus tard. Une attitude qui poussera Steven E. de Souza à repenser des scènes, voir réécrire le long-métrage tant son acteur principal avait des difficultés à assurer ses prises.

De la même manière, le tournage a été rendu difficile par la situation géopolitique de la Thaïlande où les coups d’État se multipliaient. Souza dut également tourner dans des décors montés par les locaux qui n’étaient pas toujours à la hauteur des standards d’une production hollywoodienne. Enfin, le chorégraphe des combats était supervisée par un néophyte en jeux vidéo qui imposa des affrontements stéréotypés et indignes du hit vidéoludique Street Fighter 2. Après le tournage, Steven E. de Souza demanda même à ses acteurs de revenir en studio pour avoir de nouvelles prises pour compenser la pauvreté des bagarres entraperçues sur ses écrans de montage.

Jouer n'est pas filmer

Je ne vous dirai pas ici que Street Fighter : L'ultime combat est un grand film, ce serait un peu comme affirmer que Macron fait une politique de gauche. Pour autant, je ne suis pas forcement d’accord avec l’avis de nombreux internautes qui considèrent cette oeuvre comme un nanard. En effet, ce long-métrage témoigne d’un savoir-faire hollywoodien en matière de photographie et de découpage largement supérieur aux errements esthétiques des réalisateurs nanardesques tels que Bruno Mattei avec des métrages comme Les Rats de Manhattan. Surtout, on ne rit jamais de ce film (condition indispensable au nanard) mais avec celui-ci. Les punchlines et le surjeu permanent sont en effet ici totalement conscients de la part d’un Souza qui est à l’origine du script de Commando, un sommet du cinéma d’action parodique. Et franchement lorsque Zangrief se rend compte qu’il est le seul à ne pas être payé par Bison qu’il voit comme le nouveau Fidel Castro, je me suis bien marré. Et je peux vous assurer qu’il y a pas mal de situations et de dialogues absurdes dans le film qui font fonctionner les zygomatiques.

Pourquoi le film a tant déçu les fans du jeu et la critique à l’époque ?

Peut-être tout simplement parce que le réalisateur ne comprenait pas le média qu’il adaptait. En effet, Steven E. de Souza essaya maladroitement d’inventer des backgrounds et une psychologie à des personnages d’un jeu d’arcade basé sur les réflexes et qui ne proposait pas d’expérience narrative. En voulant faire du jeu Street Fighter 2 un film comme les autres, le résultat devient vite risible avec ses explications alambiquées censées rendre vraisemblable des situations où des personnages balancent de l'électricité tout en poussant des cris. De la même façon, à cause des effets spéciaux encore limités à l’époque, ce long-métrage ne donne jamais à voir les coups spéciaux du jeu comme les boules de feu de Ryu.

Néanmoins avec son Jean-Claude Van Damme très premier degré, et un script plutôt rigolo écrit par le scénariste de Commando, le film se laisse voir et semble idéal pour une soirée entre amis avec un pack de bières accompagné de pizzas.

Mad Will

 

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