SÉANCE OUTBUSTER #31 : TROMEO AND JULIET

Publiée le 10 janvier 2020

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La rencontre entre l’univers satirique et gore de Lloyd Kaufman (le créateur de la firme Troma) et le drame shakespearien ne semblait pas forcément évidente au premier abord. En effet, voir les vers déclamés du plus célèbre auteur dramatique du théâtre Élisabéthain par des actrices parfois topless entre deux blagues crasses pouvait paraitre inadéquat. Et pourtant, quand on regarde le résultat à l’écran, on a le droit à une adaptation plutôt fidèle dans l’esprit de la pièce qui a immortalisé à jamais le sentiment amoureux.

À ce titre, ce long-métrage me paraît comme l’une des meilleures réalisations de la célèbre firme Troma grâce à un scénario plutôt bien construit où l'habituel univers trash de la compagnie pour une fois ne prend pas le pas sur l‘intrigue. En même temps en tant que vieux rocker, un film qui commence par un monologue déclamé par le légendaire Lemmy chanteur et bassiste du groupe Motorhead avait tout pour me plaire.

Résumé :

Manhattan, fin du XXe siècle. Tromeo déteste la famille Capulet qui a traîtreusement racheté la compagnie de films pornographiques de son père. Il aime donc aller semer la pagaille dans les réceptions huppées des Capulet. Un jour, Tromeo tombe amoureux d’une jeune fille végétarienne promise à un imbécile dirigeant une entreprise de boucherie industrielle. Sans le savoir, Tromeo a jeté son dévolu sur Juliet Capulet.

La firme Troma a lancé la carrière de nombreux techniciens et réalisateurs dont un certain James Gunn connu par le grand public pour Les Gardiens de la galaxie. Sur Tromeo and Juliet, le metteur en scène d’Horribilis et Super a coécrit le scénario, mais surtout il a dirigé pas mal de scènes, même s’il n’est pas crédité à ce poste. Une hypothèse d’autant plus crédible que Tromeo and Juliet est l’un des films Troma les plus solides techniquement. Cette oeuvre semble en effet moins bricolée que les habituelles réalisations maison où interviennent de nombreux amateurs qui permettent de tourner le long-métrage pour un budget rachitique.  Bien cadré et monté, il semble indéniable que Kaufman s’est appuyé ici sur son poulain qui a confirmé un indéniable savoir-faire technique dans ses films suivants. De la même manière, la direction d’acteur est ici plutôt bonne malgré un tournage commando. Et franchement Jane Jensen et  Will Keenan sont excellents en Tromeo et Juliet et apportent beaucoup de fraîcheur à l’ensemble tant ils semblent investis dans leur rôle.

On reconnaît également l’approche de James Gunn, semblalble à celle qu'il utilise dans Super, à travers un jeu habile entre le premier et le second degré.  En effet entre deux blagues graveleuses, ce long-métrage peut s’avérer sentimental en mettant en scène l’amour naissant entre nos deux jeunes tourtereaux, mais aussi franchement inquiétant à l’image de cette scène où le père de Julette l’enferme dans une cage de verre. Tromeo and Juliet est plus riche qu’une simple comédie trashouille s’inspirant en surface de l’oeuvre de Shakeaspeare. L'essence de la pièce du célèbre  dramaturge anglais est là avec nos deux personnages principaux qui s’aiment d’un amour pur et candide alors que le monde autour d’eux est rempli de manipulateurs et de salopards.

Si vous aimez les Toxic Avenger de chez Troma, cette variation trash de Roméo et Juliette devrait vous satisfaire. Le film revendique ainsi un goût pour les poitrines de ses actrices et n’hésite pas à se moquer de notre société et de ses représentants que ce soit ces flics ultraviolents et idiots ou ce prêtre qui montre un penchant pour les enfants de chœur. Ce long-métrage est bien une réalisation de la firme Troma qui est la dernière représentante d’un humour des années 60 ou 70 où l’on n’hésitait pas à dynamiter les fondements de notre société sans se poser la question du politiquement correct. Au final, ce Tromeo and Juliet est une bien meilleure adaptation de Shakeaspeare que la version avec DiCaprio où l’esthétisme glacé de Baz Luhrmann annihilait l’énergie du dramaturge anglais. À ce titre, il faut s’imaginer qu'à l'époque de Shakeaspeare les représentations théâtrales ressemblaient un peu à un film Troma avec un plateau peuplé de nains et de travestis qui jouaient les rôles de femmes sur le plateau.

En ces temps où les réseaux sociaux imposent leur loi morale, où l’humour a dû payer le prix du sang pour continuer à remettre en cause notre société, ce Tromeo and Juliet est une perle d’humour irrévérencieux, un plaisir coupable hautement recommandable pour tout amateur de mauvais goût. À découvrir sur Outbuster !

Mad Will

 

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