SÉANCE CULTE : WILLOW

Publiée le 01 décembre 2019

Intitulé à l’époque Mushkins, Willow est un projet plutôt ancien pour George Lucas qui envisageait déjà de créer un film d’heroic fantasy en 1972 après avoir échoué à récupérer les droits du Seigneur des Anneaux pour le cinéma. En 1982, alors en plein tournage du troisième volet de la guerre des étoiles, il évoque le projet avec le jeune Warwick Davis qu’il a pris sous son aile et qui joue alors le rôle d’un Ewok. Une promesse d'intégrer le casting que Lucas finira par tenir quelques années plus tard, en offrant à l’acteur le premier rôle de Willow. À noter qu’il existe vraiment une relation privilégiée entre le papa de la guerre des étoiles et Warwick Davis qui est apparu dans la plupart des productions de Lucas telles que Labyrinthe ou la prélogie de La guerre des étoiles.

La décision de lancer le projet Willow à la fin des années 80 est liée aux avancées de la technologie qui rendent enfin possibles les images auxquelles George Lucas rêvait depuis 30 ans. Mais encore faut-il un réalisateur pour tourner le film à une époque où le géniteur de Star Wars ne s’occupe plus de mise en scène. C’est alors qu’un jeune réalisateur du nom de Ron Howard fait son entrée à I.M.L. (la société d’effets spéciaux de George) pour superviser les trucages de son dernier film Cocoon. Les deux hommes se rencontrent et le contact s'avère excellent surtout que Lucas connaît déjà un peu Ron Howard pour l’avoir fait tourner en tant qu’acteur dans American Graffiti. Le metteur en scène de Cocoon est engagé, de même que le scénariste de télévision Bob Dolman qui écrira pas moins de 7 versions de scénario d’après les idées de Lucas. Cependant, au moment de trouver une major pour produire et distribuer le film, la partie n’est pas encore gagnée. En effet, l’ami George, après les échecs successifs de Labyrinthe et Howard le canard, n’est plus en odeur de sainteté dans les studios. Il finit cependant par trouver un accord avec la MGM, alors en grande difficulté financière, pour lancer la production du Willow. Le film est tourné en Angleterre, mais aussi en Nouvelle-Zélande. À ce titre, Lucas a compris bien avant Le seigneur des anneaux, les possibilités offertes par la patrie de Peter Jackson en matière de décors naturels.

On retrouve dans l’équipe du film des techniciens avertis tels que Dennis Muren qui a signé les effets spéciaux de films comme Terminator 2 ou bien la première trilogie Star Wars. À ses côtés, dans un rôle de producteur, mais surtout de directeur artistique, nous avons Joe Johnston qui a conçu le design de Boba Fett et réalisé Rocketteer. La photographie du film est enfin l’oeuvre du chef opérateur anglais  Adrian Biddle  qui avait déjà tâté de la féérie avec Princess Bride. Un technicien solide qui aura éclairé dans sa carrière Aliens, mais aussi 1492 et Thelma et Louise de son compatriote Ridley Scott.  En regardant les crédits, on découvre également la participation de Moebius sur le film. Néanmoins, pour avoir vu ses dessins préparatoires, il semble que Lucas n'a pas été réceptif à l’imagination débordante de l’un des maîtres de la science-fiction moderne en bande dessinée. À noter que Willow est souvent considéré comme le premier film à avoir utilisé le morphing au cinéma.

Du côté du casting, outre Warwick Davis, on retrouve l’un des héros de Top Gun, Val Kilmer, qui fut préféré à John Cusack pour le rôle. Excellent comédien quand il est dirigé par un réalisateur à poigne comme Oliver Stone sur Les Doors, l’ami Val s’est montré plus supportable qu’à son habitude durant le tournage de Willow. Il faut dire aussi qu’il avait trouvé l’amour avec l’interprète féminine principale du film Joanne Whalley. Val Kilmer, grâce sa jeunesse et son physique plutôt avantageux, se révèle ici plutôt crédible pour jouer un personnage qui est un mixte entre Aragorn et Han Solo. Concernant la sorcière du film, elle est interprétée par Jean Marsh qui était la méchante d’Oz, un monde extraordinaire dont je vous avais parlé dans mon dossier intitulé Dark Disney.

Quant à la musique, elle est signée James Horner qui avait déjà composé une bande originale de référence dans l’Heroic Fantasy avec Krull. Sa création musicale pour Willow est réussie et donne beaucoup d’allant au film.

La critique du film :

Malgré l’usure du temps qui peut parfois se montrer assassin pour les divertissements de notre enfance, Willow a plutôt bien vieilli et se laisse encore regarder avec beaucoup de plaisir grâce à la générosité de ses géniteurs en matière d’aventures et de péripéties. Multipliant les décors naturels et doté d’excellents effets spéciaux fournis par le studio de Lucas qui était le meilleur en matière de trucages à l’époque, le film peut-être encore vu par les plus jeunes.

Malheureusement du point de vue du scénario, Lucas semble parfois à court d’idées et recycle de façon un peu trop voyante Le seigneur des anneaux et ses Star Wars pour construire l’histoire de Willow. Ainsi, pour créer le peuple des Nelwyns dont fait partie notre héros, il nous propose un duplicata des hobbits en matière de costume ou de taille. De plus, Willow s’ouvre sur une fête de village qui rappelle l’anniversaire de Bilbot au début du Seigneur des anneaux. Une ressemblance d’autant plus frappante quand surgit un simili Gandalf qui annonce à notre héros qu’il doit partir faire un long voyage. Commence alors une quête qui finira par beaucoup à ressembler à celle de Frodon dans le premier volet de la trilogie de Tolkien. Les deux personnages doivent ainsi ramener une source de magie très puissante (l’anneau magique, le bébé dans Willow) et finiront par former autour d’eux une communauté rassemblant des humains et des créatures fantastiques qui s’allieront pour renverser le mal. Quant aux emprunts à Star Wars, ils sont évidents avec un Willow qui se présente comme un paysan tout comme Luke Skywalker, et qui va devoir apprendre durant le film à maîtriser un pouvoir magique proche de la Force. De la même manière, le personnage  de Madmartigan est semblable à Han Solo. En effet, ce sont deux antihéros appréciant beaucoup la gent féminine et qui finiront avec la princesse tout en sauvant l’humanité alors qu’ils se définissent comme des opportunistes. Enfin, n'oublions pas la méchante sorcière qui balance des éclairs comme l’empereur Palpatine et ce chef des armées qui porte un masque dissimulant son visage à la manière de Dark Vador.

Cette manière de recycler la culture populaire est propre à Lucas. Ainsi la saga Indiana Jones était une relecture des serials et des aventures d'Alain Quaterman de Henry Rider Haggard. Néanmoins on peut regretter que le scénario de WIllow soit un peu trop simpliste et n’arrive jamais à créer une mythologie, alors que dans La Guerre des étoiles on avait l’impression qu’il existait un monde en dehors de ce que l’on voyait à l’écran. Lucas a travaillé sur ses plus grands films en tant que producteur avec des scénaristes  chevronnés tels que Lawrence Kasdan ou Philip Kaufman qui arrivaient à la fois à enrichir et à structurer ses idées. Venant du monde de la télévision, Bob Dolman n’est pas le plus doué des scénaristes et son script manque d’ambition et développe un univers un peu trop limité.

Néanmoins, Willow enchantera petits et grands grâce à des aventures fantastiques qui n’ont pas à rougir face aux productions de l’ogre Disney qui vient de déclarer il y a quelques mois vouloir produire une série d'après le film.

Un conte à regarder en famille sous des plaids bien chauds, un chocolat à la main lors de vos longues soirées d’hiver.

Mad Will

 

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