SÉANCE CULTE : ROCKETEER

Publiée le 10 novembre 2019

 

Au commencement Rocketeer était un comics de Dave Stevens qui avait fait ses premiers pas dans le milieu de la BD en assistant Russ Manning connu pour ses aventures de Tarzan et ses adaptations de Star Wars en comics. En 1981, Stevens est contacté par Bill et Steve Chanes qui tenaient une boutique de BD à San Diego et qui venaient de lancer leur magazine Pacific comics. Les frères Chanes ont alors besoin en urgence d’une nouvelle série car leur dessinateur Mike Grell n’avait pas fourni le nombre suffisants de pages. L’auteur va alors créer Rocketeer, en s’inspirant d’un serial (films à épisodes) King of the Rocket Men qui mettait déjà en scène un homme à jet pack. Le comics est un succès et permet à son auteur de recevoir deux Jack Kirby Awards.

Stevens essaya pendant de nombreuses années de faire financer une adaptation de Rocketeer, alors qu’il travaillait pour le cinéma en tant que storyboarder ou directeur artistique sur les Indiana Jones et le Godzilla de Steve Miner qui ne verra cependant jamais le jour. Le projet Rocketeer connaît alors un long developpement pendant lequel les scénaristes de la série Flash s’occupent de développer tandis que William Dear qui a signé Bigfoot et les Henderson est envisagé par Stevens comme réalisateur. Alors que Spielberg est intéressé, le film finit par être signé par Disney. C’est alors que l’auteur du comics original connaît des désaccords avec Eisner alors directeur de la firme aux grandes oreilles ainsi qu’avec le metteur en scène William Dear. La situation va finir par s’arranger quand Joe Johnston est nommé réalisateur. Il faut dire que Stevens le connaissait pour l’avoir rencontré quand celui s’occupait d’effets spéciaux et créait des designs comme celui de Boba Fett pour George Lucas. La relation de travail entre l’ancien technicien aux effets spéciaux et le dessinateur se passe relativement bien. Avec un budget  plus que conséquent, le projet est lancé. Stevens sera même présent sur le tournage, s’assurant que le visuel du film soit d’une grande fidélité au comics. Malheureusement ce long-métrage sera un échec et le projet d’une trilogie Rocketeer alors envisagé par Disney tombe à l’eau.

Rocketeer s‘appuie sur un excellent casting. On retrouve ainsi Timothy Dalton qui venait d’interpréter Bond dans le trop sous-estimé Permis de tuer et qui s’avère excellent dans le rôle d’une sorte d’Errol Flynn aux sympathies nazies. Son personnage est en effet inspiré de l’immortel Robin des Bois de Michael Curtiz, qui fut en son temps soupçonné d’amitié avec le 3ème Reich avant d’être lavé de tout soupçon. L'héroïne de Phenomena et Labyrinthe, la divine Jennifer Connelly tire également son épingle du jeu dans le rôle d’un apprentie actrice amoureuse de Cliff Secord, le héros du film. Pour l'interpréter, la production a fait appel au quasi-inconnu Bill Campbell dont la jeunesse et le charme correspondent parfaitement aux personnages indestructibles de l’âge d’or du comics auxquels Stevens rendait hommage dans sa BD. Enfin à leur côté, nous avons des acteurs expérimentés du cinéma américain comme Alan Arkin qui joue le mécanicien ou Paul Sorvino des Affranchis en mafieux patriotique. Un casting de qualité qui participe au plaisir que nous avons à regarder Rocketeer. Néanmoins l’absence de stars peut expliquer l'echec du film au box office.

Si Rocketeer est un film si agréable à regarder, c’est grâce au soin apporté à la reconstitution du Los Angeles de la fin des années 30. Johnston est en effet un excellent technicien dont le travail chez Spielberg ou Lucas, lui a permis de développer un savoir-faire indéniable en tant que directeur artistique. Que ce soit l’appartement de Timothy Dalton ou la cafeteria qui prend la forme d’un adorable bouledogue, il n’y a jamais une faute de goût de la part d'un réalisateur dont j’apprécie la mise en scène classique. Gestion de l’espace parfaite, découpage précis, mouvements d’appareil soignés, il n’y a pas d’esbroufe dans ses plans parfaitement construits qui n’ont par moment rien à envier aux tableaux de Hooper. Il est évident que lorsque Disney a voulu réaliser le premier Captain America situé en 39/45, la firme a pensé à Johnston comme réalisateur à cause de son travail sur Rocketeer. Le seul petit reproche que l’on pourrait faire à l'esthétique du film, ce sont ses effets spéciaux. Malgré un budget conséquent et l’aide des équipes de Lucas, les incrustations pendant les phases de vol de notre héros en jet pack ont particulièrement vieilli.

Le film est peuplé dé héros hauts en couleur et l'on se prend vraiment d'affection pour certains protagonistes comme ce mécano au grand coeur qui sert d’adjuvant au héros. De la même manière, l’intrusion de personnages réels de l’Histoire contemporaine comme Howard Hugues enrichit beaucoup l'histoire. Cependant, le script manque d’ampleur et témoigne de la carrière télévisuelle de ses scénaristes qui ont signé la série Flash ou The sentinel. Le film s’englue ainsi dans une exposition bien trop longue et il faudra presque une heure pour que le héros devienne le Rocketeer. De même les enjeux du scénarii sont vraiment limités. En effet, le jet pack est surtout utilisé comme un "MacGuffin". Les roquettes qui permettent au héros de voler ne sont au final qu’un prétexte pour développer un scénario où tout le monde court pour rechercher le réacteur dorsal sans que le script développe de vrais antagonistes face aux héros ou bien une histoire plus élaborée. Pour les plus gamers d’entre vous, je dirais que ce long-métrage ressemble à un "point and click" des années 80-90 comme Monkey Island. Il faudra donc attendre le dernier tiers du film et l’arrivée d’un zeppelin pour prendre conscience de tout le potentiel de ce film d’aventure. Les limites du script viennent en grande partie du fait que ce long-métrage a été conçu comme une longue exposition car Disney comptait faire une trilogie qui a été annulée suite au bide de Rocketeer.

Rocketeer était doté d’un fort potentiel avec son héros de comics naviguant dans un Los Angeles où la menace nazie rode en cachette. Malheureusement son scénario trop classique et mécanique ne lui permet d’égaler la saga de l’homme au fouet de Spielberg qui s'inspirait également des serials. De plus, on peut sincèrement regretter que Disney ait édulcoré le materiel original en ne reprenant qu’une ou deux scènes clefs du comics de Stevens, tout en évinçant les éléments les plus violents ou la dimension charnelle de celui-ci. Néanmoins Rocketeer est à film à voir ou revoir pour de magnifiques séquences comme ce dessin animé de propagande que découvre notre héros où l'on voit surgir les nazis avec des réacteurs dorsaux. Et puis, comme souvent dans le cinéma de Joe Johnston, nous avons toujours le droit à un film soigné d’un point de vue technique avec des personnages plutôt bien écrits et développés. Je vous invite donc à replonger dans un Los Angeles fantasmé où un jeune et beau pilote d’avion devient grâce à un jet pack, un super héros bottant le cul au 3ème Reich. Bon film à tous !

Mad WIll

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