Le film de la semaine : Papicha

Publiée le 08 octobre 2019

Notre long-métrage de la semaine est Papicha qui a été interdit dans son pays. C’est un film très juste sur une période sombre de l'Algérie dans les années 1990, qui était alors en guerre contre le Groupe Islamique Armé. Cette oeuvre permet de comprendre de l'intérieur la société algérienne de l'époque, et porte un regard sans concession sur tous ceux qui souhaitent contrôler le corps des femmes et interdire leur émancipation.

La critique :

Papicha, c’est le nom donné aux jeunes filles d’Alger dont la réalisatrice Mounia Meddour dresse ici un portrait saisissant. Années 1990, Nedjma, jeune fille en études universitaires a le projet d'organiser un défilé de robes cousues dans des haïks, vêtement maghrébin féminin traditionnel. Son projet va déplaire aux intégristes mais aussi à une population apeurée qui craint les représailles des fondamentalistes qui réfutent tout ce qui sort de la norme qu’ils souhaitent imposer. Pourtant, la jeune femme n’abdiquera pas.

Ce film à couper le souffle retrace une période noire de l’histoire algérienne, les années de guerre civile contre le Groupe Islamique Armé. Plébiscité par un public qui lui a offert son prix à Angoulême, j’ai eu pour ma part le plaisir de découvrir ce long-métrage en avant-première au festival des Cinémas Indépendants parisiens en présence de la réalisatrice et de nombreux Algériens de Paris. Les personnes qui avaient vécu cette période algéroise, présentes dans la salle, ont toutes insisté sur la réalité des situations mises en scène par la réalisatrice : la contrainte permanente que faisaient peser les activistes du GIA sur la société algérienne de l’époque et en particulier la difficulté de vivre des jeunes filles qui étaient forcées à se voiler sous peine d’être exécutées par les commandos du GIA.

En plus de la justesse de ses propos, ce film auréolé du prix du scénario à Angoulême est avant tout une fiction bien menée dans laquelle l’actrice principale Lyna Khoudri, joue à la perfection. Tête de pont d’une impressionnante série de personnages subtilement croqués par la réalisatrice, elle a reçu le prix d’interprétation à Angoulême et insuffle au film un allant, une dynamique vibrante, qui ferait presque oublier l’horreur de la situation.

La réalisatrice Mounia Meddour porte à travers ses personnages un regard sans concession, qui va largement au-delà de la période décrite, sur tous ceux qui souhaitent contrôler le corps des femmes et interdire leur émancipation. En cela, le film est tout sauf larmoyant et/ou misérabiliste et il n’est pas héroïque non plus. Il n’y a qu’une expression pour le définir : la réalisatrice a su trouver le ton juste.

Un film à ne pas rater.

L.S.

La bande annonce :

 

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