SÉANCE CULTE : LES GRIFFES DE LA NUIT

Publiée le 06 octobre 2019

Il n’est jamais évident de revenir sur une pièce maîtresse du cinéma fantastique tel que le premier Freddy intitulé Les Griffes de la nuit et signé par Wes Craven. Mainte fois analysée, cette oeuvre crépusculaire n’a strictement rien à voir avec le ton rigolard et décomplexé des autres aventures mettant en scène le croquemitaine Freddy Krueger. Avec Les Griffes de la nuit, Craven signait une œuvre qui n’avait qu’un seul but : vous faire peur.

Selon la légende, Wes Craven aurait eu l’idée de réaliser Freddy après la lecture d’un article sur l’histoire d’un homme qui serait mort de peur pendant son sommeil. Pour ma part, j’aurais plutôt tendance à croire que ce sont ses études de psychologie qui lui ont donné l’idée d’utiliser les rêves comme terrain de jeu pour un film d’horreur. Jamais égalé par les autres films mettant en scène un croquemitaine, Les Griffes de la nuit est un long-métrage fascinant qui se vit comme un cauchemar. Pour ma part, les images du film que je garde en mémoire se confondent réellement avec les réminiscences de mes propres rêves. Je souhaitais donc vous proposer aujourd’hui une critique un peu spéciale en abordant le film comme un songe dont je vais essayer humblement d’analyser la signification grâce à une série d’indices visuels présents dans le film.

Les Griffes de la nuit dans ses séquences oniriques regorgent de sous-sols, de caves. En nous emmenant dans les étages inférieurs, il est clair que le film cristallise les tourments de notre inconscient que notre surmoi veut faire taire. Dès l’ouverture du film, une jeune erre dans un sous-sol humide. On notera que la  plupart des rêves du film se déroulent dans une ambiance moite où les éléments liquides renvoient sans doute aux sécrétions sexuelles.

En tant qu’ancien étudiant en psychologie, Craven a bien conscience que les rêves sont une forme de cinéma intérieur où se révèlent les pulsions inavouées. Une hypothèse confirmée dans l'ouverture du film. En effet, après avoir rêvé du croquemitaine, une jeune fille se réveille en sueur et se rend compte que le bas de sa robe de chambre est lacéré à l’entrejambe. Sa mère et son père arrivent alors et lui lancent des regards suspicieux. Dans Les Griffes de la nuit, chaque songe est construit autour d'une poursuite entre le croquemitaine et d’innocentes victimes qui sont toujours des adolescents. Freud expliquait que les rêves mettant en scène des poursuites révélaient notre incapacité à affronter nos fantasmes et nos désirs. Si notre héroïne réussit plus ou moins à survivre dans le final (malgré une fin ouverte), c’est qu’elle se retourne et fait face à son conflit intérieur.

Le premier Freddy est donc un manifeste sur la naissance du désir chez les adolescents. Cette hypothèse est corroborée par la nature même des fameux gants du croquemitaine où chaque doigt se finit par une lame. Ces gants symbolisent ici l’état psychique de jeunes gens qui sont incapables de faire face au désir naissant. En effet, les lames sur les gants empêchent libéralement la pratique de la masturbation sous peine de se blesser. À ce titre, le plan mémorable dans la baignoire où surgit la main gantée du croquemitaine entre les cuisses de l’héroïne, traduit la même idée.

L’attitude de la mère confirme cette approche. En effet, elle ne cesse d’apporter des verres de lait à sa fille qui lui répète qu’elle n’est plus une enfant. Dans le dernier tiers des Griffes de la nuit, la mère finira même par mettre des barreaux partout dans la maison pour empêcher sa fille de sortir. Il est clair que cette femme ne veut pas sauver son enfant car tous les meurtres du film se passent dans des lieux clos. La mère, en barricadant la maison, veut tout simplement empêcher sa fille d’aller batifoler dehors, et son alcoolisme grandissant traduit son refus de vouloir voir sa progéniture grandir.

Craven a parfaitement compris que la perte de repères est au centre du cinéma de la terreur. En tant que croquemitaine, Freddy Krueger symbolise le refus de la conscience de faire face à la découverte de la sexualité. En fin analyste de l’inconscient humain, il savait que l’adolescence était un sujet idéal pour créer un film effrayant qui parlerait aussi bien au jeune public qu’aux adultes qui se souviennent de l’époque où leur personnalité était en construction. C’est donc avec beaucoup de talent que le cinéaste américain a créé une oeuvre intemporelle que je vous invite à revoir au même titre que son formidable L’emprise des ténèbres.

Mad Will

 

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