SÉANCE LUCIO FULCI : L’EMMURÉE VIVANTE

Publiée le 31 juillet 2019

Que raconte le film ?

Virginia Ducci a des prémonitions. Elle sait que l’un des murs de la maison de son défunt mari abrite un cadavre. Avec l’aide d’un spécialiste en paranormal, elle explore la bâtisse en ruines et ne tarde pas à découvrir un squelette. Mais mettre au jour ce terrible secret va s’avérer un geste funeste pour Virginia.

L’Emmurée Vivante est l'un des derniers giallos (thriller italien à la frontière du cinéma policier, du cinéma d'horreur et de l'érotisme) de Lucio Fulci qui reviendra ensuite au genre dans les années 80 pour une version plus putassière et violente avec l’Éventreur de New York. Ce dernier film comme le Ténèbres de Dario Argento témoigne alors d'une industrie du cinéma italien qui essayait d'imiter les slashers américains comme Vendredi 13. Dans L’Emmurée Vivante, Fulci peut s’appuyer sur une actrice américaine de renom, Jennifer O'Neill qui jouait dans Un été 42 et Rio Lobo et qui est venue en Italie comme de nombreux acteurs américains pour se relancer et toucher un confortable cachet.  Son interprétation est habitée et donne beaucoup de force au film. À ses côtés, Gabriele Ferzetti et Marc Porel qui jouait le prêtre dans La longue nuit de l’exorcisme sont plutôt bons. À ce titre, c’est réellement le dernier film ou Fulci soigne un tant soit peu la direction d’acteur avant de se tourner petit à petit vers un cinéma peuplé de visions d'outre-tombe où l'humain se résume seulement à de chaire putride.

L’ouverture du film est un rappel de la fin de La Longue nuit de l’exorcisme avec une scène de suicide assez semblable. Cette introduction aux effets spéciaux bricolés annonce les dérives gore à venir du réalisateur italien. L’Emmurée vivante est réellement le film où Fulci développe une nouvelle manière de filmer qu’il adoptera ensuite pour ses films de morts-vivants. Cette évolution esthétique est particulièrement visible dans les scènes d’emmurement où le cinéaste abandonne sa mise en scène esthétique et soignée de ses précédents giallos pour adopter un style viscéral avec un découpage heurté qui s’appuie sur une série de zooms intempestifs.  Fulci ne recherche plus le beau, mais veut par sa réalisation donner littéralement vie à un univers mortifère dénué d’espoirs, où il y a une totale absence de couleurs. Ainsi, L’Emmurée vivante abandonne petit à petit les couleurs vives pour nous proposer dans son dernier tiers une image devenue presque monochrome. Les teintes primaires comme le rouge ou le jaune sont alors identifiées aux objets qui renvoient à priori à un passé révolu.

Le film s’appuie sur un scénario plutôt bien écrit et entièrement construit autour d’une séquence finale qui fonctionne toujours aussi bien 40 ans après. Le film est également porté par une excellente bande originale qui contient l’un des plus grands thèmes du cinéma de genre italien. Une ritournelle coécrite par Fabio Frizzi et composée de 7 notes qui donnera le titre italien du film : Sette note in nero. Un morceau qui a un rôle dramaturgique essentiel dans le film que je ne vous dévoilerai pas ici.

Moins définitif que Le venin de la peur et La Longue nuit de l’exorcisme, L’Emmuré vivante est seulement un très bon film. À noter que ce long-métrage marque le début d’une assez longue collaboration entre Fulci et le scénariste Dardano Sacchetti ainsi que le compositeur Fabio Frizzi.

Mad Will

 

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