SÉANCE LUCIO FULCI : LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME

Publiée le 16 juillet 2019

Nous vous proposons de revenir sur 4 réalisations majeures de Lucio Fulci à l'occasion de la rétrospective qui lui est consacrée par des Films du Camélia. Le réalisateur italien a commencé par des études de médecine avant de bifurquer vers le 7ème Art en entrant au Centre Expérimental de Cinéma de Rome. Après s'être fait la main sur des comédies, c’est grâce au giallo (thriller à la frontière du cinéma policier, du cinéma d'horreur et de l'érotisme) qu'il se fait un nom avec des réalisations comme Perversion Story en 1969, Le Venin de la peur en 1971 ou La Longue nuit de l’exorcisme en 1972.

Fulci a été connu en France pour ses films gores et de morts-vivants comme L'Au-delà, Frayeurs et enfin L'Enfer des zombies. Les films du Camélia ont décidé de faire découvrir dans l’hexagone sa carrière dans le thriller à la fin des années 60 et au début des années 70. Une rétrospective essentielle et indispensable pour découvrir ou redécouvrir la filmographie d'un auteur qui développait dans ces films un regard acéré et souvent nihiliste sur notre société comme dans son chef-d'oeuvre La Longue nuit de l’exorcisme.

La critique de La Longue nuit de l’exorcisme

Que raconte le film ?

Début des années 70, dans le sud de l’Italie, un petit village de montagne est plongé dans la terreur : de jeunes garçons se font mystérieusement assassiner et la police semble avoir du mal à identifier le meurtrier. Les pistes sont nombreuses, mais aucune ne semble réellement aboutir. La tension monte au sein de cette petite communauté, et les habitants commencent à désigner des coupables. Pendant ce temps, les crimes odieux continuent.

Commençons donc cette revue des films de Lucio Fulci avec tout simplement son meilleur long-métrage. Un excellent thriller dont le titre français La Longue nuit de l’exorcisme n’a strictement aucun rapport avec un récit qui n’évoque jamais la possession. Le réalisateur italien reprend ici les codes du giallo italien avec ces policiers impuissants, le tueur dont on ne connaît pas l'identité, et les victimes innocentes. Sauf qu'ici Fulci réinvente totalement le genre, en déplaçant l’action en pleine campagne alors que les thrillers italiens se passaient en ville. De la même manière, ce ne sont plus des femmes qui sont les victimes, mais des enfants. Enfin, Fulci use du hors champ lors des meurtres alors alors que le giallo propose avant tout des scènes de meurtre esthétiques et sadiques.

Quand on connaît la période gore du cinéaste italien où le visuel prime sur les acteurs, on est frappé par la qualité de l'interprétation dans La Longue nuit de l’exorcisme. Fulci n'aimait pas beaucoup les acteurs et parfois se refusait à les diriger. Pourtant ici, ils sont tous excellents à commencer par le charismatique Thomas Millan dans le rôle d’un journaliste loin d'être idiot, mais qui agit avant tout pour avoir un scoop. À ses côtés nous avons Barbara Bouchet, citadine perdue dans ce village, ancienne toxicomane qui use de sa plastique comme instrument de pouvoir même sur les plus jeunes habitants du village. Enfin, magie des productions italiennes de l'époque, Georges Wilson apparait dans le film dans le rôle d’un étrange ermite perdu dans la forêt. À leurs côtés, nous avons deux acteurs déjà vus dans des films du maestro italien, le sémillant Marc Potel de l’Emmurée Vivante et Florinda Bolkan, l’héroïne du Venin de la peur qui change ici de registre avec le rôle d’une recluse habillée de haillons et connue sous le nom de la sorcière.

Il a été souvent dit que Fulci avait peu de tendresse pour l’être humain, mais rarement le réalisateur transalpin n'a été aussi loin dans le nihilisme que dans ce film où tous les personnages sont de véritables salauds. Même les enfants ne trouvent pas grâce à ses yeux en raison de leur volonté d’imiter les horreurs faites par les adultes. L’homme est ici un monstre qui utilise l’autre pour satisfaire ses bas instincts même s’il se drape parfois d’une fausse morale, comme le personnage du prêtre. Seule la recluse de la société qui se fait appeler la sorcière trouve grâce à ses yeux, mais elle se fera tuer sauvagement par une bande de villageois rétrogrades. Une séquence particulièrement violente dans un film pourtant assez avare en effets sanglants. Le réalisateur nous la montrera en effet agonisante sur le bord de la 4 voie qui contourne le village. Mais le plus terrible dans cette scène n’est pas l’hémoglobine versée, mais ces touristes dans leur voiture qui font mine de ne pas la voir et la laissent crever, car ils sont pressés d’arriver à la mer pour griller comme des sardines.

Enfin, le film est porté par une mise en scène d'une élégance rare et d’une grande sobriété. C’est une oeuvre maîtrisée visuellement qui compte de splendides séquences sous la pluie qui rappellent beaucoup le travail d’un Bong Joon Ho sur Memories of Murder. 

La Longue nuit de l’exorcisme est tout simplement un chef-d'oeuvre du cinéma italien dans la lignée d'un Elio Petri ou d’un Passolini.

Mad Will

P.S. : Le film est disponible en DVD et Blu-ray chez Le Chat qui Fume : Lien

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