Le film de la semaine : Zombi Child

Publiée le 11 juin 2019

Sélectionné à Cannes, Zombi Child ressemble furieusement à un film de Bertrand Bonello. Des jeunes se passionnent pour des expériences étranges. Pas très étonnant qu'il en soit le réalisateur. Notre envoyée spéciale à Cannes a beaucoup aimé.

 

La critique :

Mélissa, jeune haïtienne orpheline depuis le séisme qui a frappé son pays, fait sa rentrée au pensionnat de la Légion d’Honneur de Saint-Denis. D’abord perçue comme une fille “bizarre”, elle parvient à faire de son étrangeté un pouvoir d’attraction. Mélissa est la descendante de Clairvius Narcisse, déclaré mort en 1962 à Haïti avant d’être victime de zombification et réduit en esclavage par un hougan (chef spirituel vaudou). Fascinée par ce récit, Fanny, l’une des camarades de la jeune fille cherche à entrer en contact avec une prêtresse vaudou pour soigner un chagrin d’amour. En plaçant son récit dans deux temporalités, Bertrand Bonello effectue un parallèle entre la souffrance de Clairvius Narcisse, privé de son identité, et les inquiétudes contemporaines des lycéennes de Saint-Denis. L’esclave cherche à exorciser sa malédiction en reprenant le chemin des vivants et les adolescentes transgressent la rigidité de l’éducation par la musique rap de Damso et Kalash. Alors qu’elles se réunissent la nuit dans la salle d’arts plastiques à la lumière d’une chandelle inquiétante, Mélissa profite d’un moment de solitude pour chanter et faire onduler son corps au son de la musique de son idole, comme un instant de sorcellerie moderne. A Haïti, ce sont des centaines de corps noirs prisonniers dans un champ de maïs qui vacillent au rythme des cris de leur tortionnaires.

La figure du zombi de Bonello est celle d’une lutte permanente contre l’autorité, d’une âme encore vivante piégée dans un corps qui n’est plus le sien, soumis aux ordres d’un tiers, écho de l’Haïti colonisé, loin des morts-vivants ensanglantés titubants modernes vus par exemple dans The dead don’t die de Jim Jarmusch. Le film s’engage à ce titre à traiter du zombi de manière “sérieuse”, en s’attardant sur ses origines jusqu’à sa célébration contemporaine, lors de l'intrigante scène de cérémonie de commémoration de Clairvius Narcisse cinquante ans après sa mort.

Bertrand Bonello sait aussi s’amuser du genre, en donnant de drôles de tics à l’armée de lycéennes en uniforme, et en faisant passer l’obsession de Fanny pour son bellâtre disparu, pour un caprice de jeune fille blanche qui ne saisit pas le danger qu’une séance vaudou peut représenter. Zombi Child pourrait être une suite de Nocturama, un nouveau teen-movie inquiétant explorant les troubles adolescents par l'exercice d’expériences dangereuses, un bon prétexte aussi pour son réalisateur de mettre en scène l’imagerie surnaturelle qui manquait à sa filmographie. Le résultat est, une fois fait finalement coutume, étrange et grandiose.

S.D.

La bande annonce :

 

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