SEANCE CULTE : STARFIGHTER

Publiée le 14 avril 2019

Ah, Starfighter, ce souvenir de vidéoclub qui rappelle l'apparition de l'informatique dans nos foyers. Ce film est ainsi sorti au même moment où était lancé le célèbre MO5, le top (ou pas) de l’informatique française. C’est un long-métrage marquant d'un point de vue historique, car il proposait un nombre encore jamais vu d’images de synthèse au cinéma.  Ainsi, 25 minutes du film ont été créées par l'ordinateur Cray X-MP qui pesait plusieurs tonnes et coûtait tout de même la bagatelle de 15 millions de dollars !

Dès les premières secondes du générique, nous nous rendons compte que nous sommes devant un film qui s’inspire ouvertement des références de la contre-culture d’alors. Ainsi la musique d’ouverture est un savant pompage de deux compositions majeures de John Williams :  Superman et Star Wars. Quant aux effets de titrage utilisés à l’écran, ils sont identiques à ceux employés pour les aventures du plus célèbre des kryptoniens.  À mesure que le générique défile, on voit également passer quelques noms qui vont plaire à l’amoureux de cinéma de genre. On retrouve ainsi au poste de production designer, le talentueux Ronn Cobb qui a collaboré aux designs de films comme Alien, Conan, La guerre des étoiles, Retour vers le futur. Le poste de réalisateur est occupé par Nick Castle, un fidèle collaborateur de John Carpenter qui jouait Michael Myers sous son masque dans le premier Halloween et qui était également scénariste sur New York 1997. Enfin, pour les amateurs de films cultes des années 80, Starfighter est écrit par Jonathan R. Betuel connu pour être le réalisateur des Aventuriers de la 4e dimension avec Denis Hopper.

Mais au fait, que raconte le film ?

Défendre la planète Rylos des vaisseaux ennemis, tel est l'enjeu du Starfighter. Imbattable à ce jeu vidéo, Alex joue une partie mémorable qui sidère son entourage. Mais la suite est encore plus incroyable, car un alien vient à sa rencontre pour lui proposer d'empêcher l'invasion de la galaxie.

Dès son ouverture qui se déroule dans un camping, le film flatte plutôt la rétine. Castle nous donne à voir un très beau Cinémascope où il fait preuve d’un sens de la composition assez remarquable, hérité sans doute de son vieil ami John Carpenter. À la différence des effets digitaux du film, la jolie photographie du métrage passe encore bien à l'écran en 2019. Quant aux deux interprètes principaux, Lance Guest et Catherine Mary Stewart, ils forment également un joli couple à l’écran. Ils sont tout de même un peu guimauves mais semblent croire à l’histoire qu’ils jouent. Franchement, je les trouve adorable. À noter que dans une Amérique reaganienne où l’argent était la seule référence sociale, il est appréciable de voir le scénariste et son réalisateur mettre en avant une communauté de travailleurs pauvres qui vivent dans des campings.

Je ne vous ferai pas un résumé exhaustif du scénario, mais le script du film est extrêmement classique et semble construit selon les théories de Campbell développées dans Le Héros aux mille et un visages. Nous avons ainsi un personnage appelé par une force extérieure pour mener une quête. Il refuse cet appel, avant de finalement s’engager face au danger. Le film s’avère une relecture SF des récits classiques de fantasy avec un vaisseau spatial (Starfighter) qui remplace l’épée magique à la Excalibur et que doit apprendre à utiliser un  héros qui bénéficie de l’aide d’un mentor à la Gandalf. Le héros finira par voler de ses propres ailes et abattra le vaisseau amiral ennemi, mettant ainsi fin à la guerre. Une histoire très simple, voire simpliste par moment avec des grands méchants peu développés. Pour autant, quand on regarde le film, une magie opère.

On pourrait alors penser que l’amour de tant de cinéphiles envers Starfighter serait dû à l’emploi d’images de synthèse annoncées comme révolutionnaires à l’époque. Malheureusement, en 2019, les combats spatiaux du film ressemblent à des démos PlayStation des années 90. Les plans générés par ordinateur étaient alors à leurs prémisses et ne pouvaient rivaliser avec les effets optiques traditionnels. Les créateurs des effets spéciaux du film étaient les pionniers d’une technique liée à un matériel informatique qui chaque année gagnait de la puissance de calcul. Il était évident que ces images générées par l'informatique dans les années 80 deviendraient vite obsolètes au fur et à mesure que le savoir-faire des techniciens et la puissance de calcul augmenteraient, même si Starfighter a été réalisé avec l’un des plus puissants ordinateurs du monde de l'époque.

Effets spéciaux datés, scénario simpliste, pourquoi ce film de SF est-il devenu si culte avec le temps ? La réponse est simple : Starfighter est un divertissement réalisé par un solide artisan qui veut avant tout nous faire voyager dans les étoiles. Le film témoigne ainsi d’une époque où le département marketing peuplé de cadres zélés n’avait pas tous les pouvoirs et laissait encore les artistes tranquilles. Le film est également le vestige d’un cinéma de divertissement des années 80 où l’on se bornait à raconter une histoire sans avoir à faire de blagues toutes les dix secondes à destination des spectateurs.  Sa simplicité et sa candeur sont vraiment un atout par rapport aux blockbusters actuels qui durent presque trois heures et qui reposent sur des scénarios inutilement alambiqués .

Starfighter, c’est donc le rêve touchant d’un adolescent qui aurait passé sa nuit à admirer les étoiles et qui s’endormirait en pensant à des voyages interstellaires. À voir et surtout à revoir pour les plus âgés d’entre vous.

Mad Will

P.S. : Un remake du film a été annoncé par le scénariste de Rogue One : Gary Whitta.

 

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