SÉANCE HORREUR : SIMETIERRE

Publiée le 13 avril 2019

Le résumé du film :

Le docteur Louis Creed, sa femme Rachel et leurs deux jeunes enfants quittent Boston pour s'installer dans une région rurale du Maine. Au cours d'une promenade dans le bois à côté de la maison, la cadette découvre un cimetière d'animaux. Les gens du coin s'y rendent souvent, comme pour un rituel. Le lieu est parsemé de symboles que les Indiens ont gravés sur des troncs d'arbre avant de s'enfuir. Il s'agissait d'un avertissement car ils craignaient cet endroit. Louis Creed et son ami Jud Crandall se rendent sur place une nuit pour en avoir le cœur net. Pour eux, la forêt est hanté. Un jour, un chat enterré dans ce cimetière revient à la vie...

En préambule à cette critique, je vous invite à découvrir l'excellent roman Simetierre de Stephen King ainsi que sa première adaptation au cinéma en 1989 par Mary Lambert.

Une adaptation doit-elle suivre scrupuleusement le roman qu’elle adapte pour faire un bon film ? La réponse est négative. Carrie de Brian De Palma prend beaucoup de liberté par rapport au best-seller de King, mais respecte l’essence d'un livre qui traitait de droit à la différence et des dangers du puritanisme. Dans le cadre de ce nouveau Simetierre, le film a opéré des changements par rapport au roman, mais l’essentiel de l’intrigue est tout de même respecté. Malheureusement, ce nouveau Simetierre élude la noirceur et le caractère désespéré de l’œuvre originale pour en faire un film pour adolescents à la manière d'un Conjuring ou d'un Annabelle. Stephen King, dans son excellent essai Anatomie de l’horreur, nous indiquait que l’horreur naissait d’une remise en cause de nos habitudes. C’est un genre qui bouleverse nos acquis de spectateur afin de nous déstabiliser et de nous placer dans cette position d’inconfort qu’est la peur. Ce Simetierre de 2019 est à l’opposé de cette citation. C’est en effet un produit calibré et aseptisé à l’image du cinéma d’horreur moderne obsédé par le plaisir du spectateur, et qui se révèle incapable de susciter la moindre émotion.

En 2019, Simetierre multiplie les inoffensifs et insupportables jump scare (changement inattendu et brutal dans l'image, souvent accompagné d'une musique stridente) qui ne font plus sursauter personne. Ce Simetierre est avant tout un produit aseptisé, comme le montre cette séquence de meurtre abracadabrantesque à la fin du film, où nos deux réalisateurs décident de couvrir le visage juvénile du tueur d’un masque de chat sans nous donner la moindre justification par rapport à l’histoire. Ce choix artistique, comme beaucoup d’autres, n’a qu’un seul but : ne pas choquer le spectateur avec l'image d'un enfant qui exécute un homme. Mais le pire dans tout ça, c’est la manière dont les jeunes réalisateurs osent filmer la mort accidentelle d’un enfant. Ils cadrent la scène comme un Fast and furious afin d’amuser leur public tout en créant un suspens sur l’identité de l’enfant qui va être tué. Une vision puérile du cinéma qui joue sur le principe que la victime de l’accident de la route n’est pas la même que dans le roman et le film de 1989.

Totalement obnubilé par l’idée que son jeune spectateur puisse s’ennuyer, ce nouveau Simetierre élude totalement l’entourage et le quotidien de la famille, à la différence de la première adaptation qui prenait son temps pour mieux nous préparer au deuil à venir. Alors que le livre original et le Simetierre de 1989 semblaient se dérouler sur plusieurs mois, l’action du nouveau film est si ramassée dans le temps qu’elle en devient totalement invraisemblable d’un point de vue de l’évolution psychologique des protagonistes. Ce que le film gagne alors en efficacité, il le perd en humanité avec des personnages très peu caractérisés.  Enfin, même si ce nouveau Simetierre compte plus de plans "gore" que son prédécesseur, les maquillages sont moins réalistes, comme si l’équipe artistique avait voulu effacer toute trace de putréfaction, se refusant à montrer des images de viscères pour que son public ne soit pas dérangé dans sa digestion.

Sur Internet, beaucoup de voix se sont élevées contre le choix de la production de tuer la grande soeur de 8-10 ans, et non, comme dans le roman et la précédente adaptation, son petit frère qui commençait à peine à marcher et parler. Il est évident, quand on voit ce film, que les réalisateurs ont cherché à faire un sous-exorciste avec une gamine qui crie des horreurs et agit comme une possédée, afin de ne pas choquer le public et légitimer le fait que le père soit obligé de se débarrasser de cette entité maléfique. Dans le Simetierre de 1989, le personnage du gamin revenu d’entre les morts avec son visage de chérubin était beaucoup plus dérangeant. À ce titre, la scène où son père l’euthanasiait était bouleversante, car le film nous montrait un homme qui devait tuer son fils une seconde fois. Une séquence traumatisante d’une puissance rare avec le visage de ce chérubin d'où les larmes perlaient.

Le Simetierre de 2019 est un long-métrage de studio conçu pour être regardé dans les multiplexes avec du pop-corn. C'est un film d’horreur gentillet pour enfants. Mais jamais le film n’est à la hauteur du roman de King, ni même du Simetierre de Mary Lambert de 1989 qui, malgré ses effets spéciaux datés et ses acteurs plutôt moyens (la VF n’est pas conseillée !) est bien plus recommandable et poignant.

Mad Will

P.S. : Et si vous voulez voir des bonnes adaptations de King : The Mist, Les évadés, Dead Zone

 

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