Retour sur KAMIKAZE

Publiée le 05 avril 2019

Je vous propose de revenir sur Kamikaze, un film un peu oublié du cinéma français qui a la particularité d’être le premier long-métrage produit par Luc Besson à l’époque où il était le protégé de la Gaumont. Mais ne vous inquiétez pas ! Le film qui nous intéresse aujourd’hui ne met pas en scène un taxi, vous ne trouverez pas non plus de Liam Neeson cassant des jambes à des terroristes. Avec le film Kamikaze, Besson revenait à la science-fiction en tant que producteur, genre qui lui avait permis d’être révélé aux professionnels et acclamé par la critique pour la seule fois de sa carrière. Cela grâce à son premier long, Le dernier Combat, une oeuvre post apocalyptique sans la moindre parole où errait un Pierre Jolivet également coscénariste du film.

Il engage à la réalisation, Didier Grousset qui fut son assistant sur Subway et qui sera l’auteur d’une autre étrangeté de notre patrimoine cinématographique quelques années plus tard , la comédie musicale nonsensique Rendez-vous au tas de sable avec Richard Gotainer.
Mais revenons à Kamikaze qui repose sur un casting solide où l’on retrouve Michel Galabru et Richard Bohringer qui avaient déjà joué précédemment dans Subway et qui connaissaient donc bien la maison Besson. On retrouve également une Dominique Lavanant à contre-emploi dans un rôle de haut fonctionnaire ainsi qu’une Romane Bohringer encore enfant qui fait preuve d’un joli naturel devant la caméra pour son premier grand rôle.

Au final, Kamikaze est une bonne série B française qui n'a pas remporté cependant un succès public fracassant avec 500 000 spectateurs. Mais le plus fascinant avec ce film, c’est qu'il n’a quasiment jamais été diffusé sur le réseau hertzien (une fois sur TF1), comme s’il n’avait jamais existé malgré un producteur synonyme de bonnes audiences. Il faudra attendre tout de même 2015 (30 après sa sortie !) pour avoir un DVD édité par Gaumont et dans une édition lowcost. Il est évident  que le petit écran n’a pas forcement apprécié une oeuvre qui dynamitait la télévision, devenue depuis malheureusement la quintessence de la médiocratie, cristallisée par un Hanouna en maître de cérémonie du populisme.

Mais que raconte le film ?

Albert est un génie de l'informatique qui a créé une machine qui peut tuer les animateurs en direct. Romain, un policier, se lance à sa recherche, aidé par Laure, une secrétaire d'État. Ces trois personnages vont se croiser et vivre des aventures hors du commun.

Kamikaze doit beaucoup à l’interprétation haute en couleur d’un Galabru dans le rôle d’un savant licencié qui s’enferme chez lui devant son poste de télé. Ne trouvant plus de place dans la société, sa phobie sociale va bientôt se transformer en folie meurtrière quand il réussit à créer une machine capable de tuer en direct les présentateurs et animatrices de télévision. S'il n’atteint jamais le niveau de l’interprétation d’un Serrault qui arrivait à maîtriser parfaitement son jeu pour donner corps à la folie meurtrière du Docteur Petiot chez Christian de Chalonge, Galabru réussit néanmoins à distiller un certain malaise par son jeu outrancier entre accès de colère et attitudes grotesques. Il faut le voir dégommer une speakerine et boire sa Kronenbourg en répétant « quelle conne ! ».

À ses côtés, on retrouve un Richard Bohringer plutôt sobre, dont la voix de velours et le charisme personnel rendent son personnage de flic plutôt attachant et relativement vraisemblable dans un récit de science-fiction. Dans le rôle de sa progéniture à l’écran, Besson recrute la vraie fille de Richard dans la vie, la toute jeune Romane. Les scénaristes du film emploient ici le cliché tant de fois vu dans les polars des années 80 (les films de Delon, Navarro) du flic séparé qui a un enfant dont il s’occupe et qui est censé rendre le héros plus attachant à l’image. Néanmoins la petite Romane s’avère très naturelle devant la caméra, cette première expérience annonçant tout de même une longue carrière à venir. Enfin on retrouve dans les seconds rôles, Dominique Lavanant qui n’est pas dans son registre comique habituel et Étienne Chicot, solide second rôle du cinéma français qui a aussi bien tourné avec Téchiné que Gilles Behat, Catherine Breillat ou même Ron Howard dans Da Vinci Code !

Concernant la réalisation, Didier Grousset est assurément sous l’influence d’un Besson avec un usage presque systématique du grand-angle et la présence de nombreux travellings qui finissent le plus souvent en plan d’ensemble comme dans Subway ou Le grand Bleu. Même si la réalisation du film est plutôt correcte, elle manque néanmoins de personnalité employant les tics de mise en scène du réalisateur de Subway et de Nikita qui ont fini par lasser, car présents dans les productions au kilomètre d’EuropaCorp depuis ces 20 dernières années. Mais la touche Besson est également présente par la musique synthétique un poil datée de Serra et la direction artistique de Dan Weil, emblématique des années 80 avec ses décors bleutés.

Le pitch de départ du film est relativement original dans le cadre du cinéma français qui est en règle général assez frileux dans le domaine du fantastique et de la science-fiction. Malheureusement, le script de Besson et Grousset se perd parfois à vouloir rendre vraisemblables les détails techniques pour faire croire à la possibilité de meurtres en direct par un savant fou. Avec un concept aussi fantaisiste, on aurait aimé que les auteurs ne nous offrent pas des séquences qui ressemblent à de longs « tunnels » d’explications et privilégient le caractère fantastique de l’œuvre et sa dimension allégorique propice à une critique sur les médias. Ainsi, même si le film ouvre des thématiques intéressantes comme la place des travailleurs âgés dans le monde du travail ou le risque de l’abrutissement des masses par la télévision, Kamikaze survole trop souvent ses thématiques. Pour autant, ce long-métrage s’avère une série B atypique plutôt  sympathique où l’on ne s’ennuie jamais et qui se laisse encore regarder avec beaucoup de plaisir. Surtout que pour une production Besson, le final laisse un goût amer et dénonce la mainmise de l’état de façon assez subtile.

Kamikaze n’est pas le plus grand film du monde, mais il est emblématique d’une époque où la Gaumont produisait un film qui éreintait le petit écran sans se soucier d’une future diffusion télé. Kamikaze, c’est du sympathique cinoche populaire qui essaye de faire autre chose que de la comédie. Le film par son étrangeté et sa volonté de faire du genre à la française rappelle le 3615 Code Père Noël de René Manzor, le formidable Baxter ou l’indescriptible Némo d’Arnaud Sélignac. Une curiosité à redécouvrir en DVD (Lien) ou VOD (lien).

Mad Will

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