RETOUR SUR INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT

Publiée le 15 novembre 2018

"KAA…LIMA !!!"

Un cœur qui bat. Le feu, une salle de cinéma, des souvenirs d’enfance. Le souffle de l’aventure, l’action tonitruante, le cinéma de Spielberg qui vous cloue à votre fauteuil.

Nous allons aujourd'hui évoquer Indiana Jones et le Temple maudit de Steven Spielberg qui fut à l’origine de beaucoup de vocations (dont la mienne) chez ses jeunes spectateurs qui ont attrapé le virus du 7 ème Art, grâce à ce long-métrage de référence du cinéma d’aventure.

Pendant longtemps ce Temple maudit a été le mal-aimé de la saga. Néanmoins, depuis l’arrivée d’un quatrième opus de sinistre mémoire qu’on souhaiterait n’avoir jamais vu pour la paix de nos âmes, ce volet a gagné ses lettres de noblesse. Reconnaissance méritée pour un épisode qui reste mon préféré de la saga. Malgré un carton au box-office, la mauvaise réputation du film doit beaucoup à Steven Spielberg qui a déclaré ne pas apprécier ce second volet. Il le trouvait trop noir, trop violent pour un film qui devait enchanter petits et grands. On peut supposer que ce rejet de sa part est lié aux problèmes personnels qu’il connaissait à l’époque. Producteur et coréalisateur du film à sketches la Quatrième Dimension tourné un an auparavant, il était au coeur d'un tempête médiatique en raison de la mort de plusieurs acteurs durant le tournage. En effet, alors que John Landis tournait le premier sketch, deux enfants vietnamiens et l’acteur Vic Morrow perdirent la vie. Conditions de sécurité pas respectées, engagement de deux enfants de façon illégale par la production, le procès qui suivit l’accident fit grand bruit et Spielberg disparaîtra pendant quelque temps de la surface de la Terre laissant le pauvre Landis prendre les coups tout seul. De même, selon la rumeur, Spielberg connaissait des problèmes de couple (moins que son producteur Lucas qui vécut mal l'infidélité dont il fut victime) au moment où il s’attaquait au deuxième volet d’Indiana Jones.

Au scénario, George Lucas va faire appel à un couple devenu Persona non grata à Hollywood, Willard Huyck et Gloria Katz qui ont été les scénaristes d’American Graffiti et du nonsensique Howard le Canard dont l’échec a été fatal à leur carrière malgré leur excellent script pour le deuxième volet des aventures d’Indy.

Voici un court résumé pour ceux qui n'ont jamais vu le film (est-ce possible ?) :

Une bagarre éclate dans un cabaret de Shanghai. Indiana Jones, l'aventurier-archéologue, tentait d'y marchander un joyau exceptionnel, doté de pouvoirs magiques. Les négociations ont mal tourné, et Jones ne doit son salut qu'à la fuite. Il emmène à sa suite la chanteuse Willie Scott, qu'intéresse la pierre précieuse, et Demi-Lune, un jeune Chinois débrouillard. La course folle se termine au coeur de la jungle, en Inde, à deux pas d'un village. Hélas, ces lieux semblent maudits par les dieux. Tous les enfants ont été enlevés en même temps que la pierre sacrée que détenaient les villageois. Indiana Jones vole au secours des malheureuses petites victimes...

Si les Indiana Jones sont réalisés par Spielberg, le héros au fouet est né du désir de George Lucas de retrouver l’esprit des serials qu’il appréciait tellement gamin. C’est en effet l’ami George qui développa l’idée de ce héros archéologue avec Philip Kaufman et qui choisira Kasdan pour écrire le scénario de l’Arche perdue. C’est encore lui qui rejettera le scénario du quatrième volet signé par Frank Darabont et approuvé par Spielberg et Ford.

Steven le répète à l’envi depuis 30 ans : Le Temple maudit est un film de Lucas où il était un simple exécutant. Est-ce la vérité ? La question mérite d‘être posée. Dans ses films historiques ou ses oeuvres réalisées en destination des adultes, Spielberg a mis en scène des moments particulièrement crus. Dans le cadre de ses longs-métrages à destination de toute la famille, il se montre beaucoup moins graphique question violence. Blessé par l’affaire Landis et distrait par ses histoires de couple, il a réalisé le film sans se soucier de son image et du public auquel il était adressé. C’est pourquoi Le Temple maudit est l’Indiana Jones qui s’inspire le plus du cinéma d’horreur avec ces têtes de singes servies en sorbet ou ce coeur arraché directement d’un poitrail. Pour autant, on retrouve certaines figures traditionnelles du cinéma grand public de Spielberg. Ainsi, le film met en scène un enfant en tant que sidekick (compagnon) et emprunte au cinéma classique avec le numéro chanté en ouverture où la scène de marivaudage entre Indy et Willie digne d’un Lubitch avec portes qui claquent. Quant à la séquence en wagonnet qui nous a tous fait rêver gamins, elle renvoie à la dimension foraine du réalisateur de Jurassic Park. Pourquoi Spielberg refuse alors la paternité du film ? La réponse la plus probable est dans l’accueil de la critique américaine qui lui a reproché d’avoir fait un film familial dépassant les limites du bon goût. Indiana Jones et le Temple maudit conduira tout de même à la création du PG-13 aux USA (interdit aux enfants de moins de 13 ans non accompagnés). Ce deuxième volet a échappé à un Steven Spielberg trop conscient de son image et de la place qu’il occupe pour le jeune public dans le cinéma mondial. Dans un film censé pour être pour toute la famille, le réalisateur nous révèle un goût pour le macabre et l’horreur avec son Indiana Jones qui frappe des enfants et maltraite l’héroïne dans une séquence d’envoûtement du film.

Le Temple maudit est l’opus qui se rapproche le plus des serials que regardaient Steven Spielberg et George Lucas dans leur enfance. Les serials sont les ancêtres de nos séries TV. Destinés au grand écran, c’étaient des films à petit budget découpés en épisodes qui se concluaient par une fin ouverte destinée à créer une forte attente. La structure du deuxième Indiana Jones s’inspire de ce modèle dramatique avec une succession de séquences où notre héros est en danger et doit accomplir une action pour avoir la vie sauve. L’action est ici au coeur même du récit à la différence du premier et du troisième volet qui mettaient en scène des énigmes que Jones devait résoudre entre deux combats.

Sous influence des serials, ce second opus prend son inspiration dans les récits d’Edgard Rice Bourroughs ou Rudyard Kipling où l’on retrouvait un héros blanc qui luttait contre des tribus sauvages.  Un exotisme d’avant-guerre présent dans la scène du repas où Indy et ses compagnons doivent manger des cervelles de singes en sorbet ou des ragoûts de serpent. À ce titre, le traitement du personnage féminin qui est réduit à un simple accessoire est typique des anciens récits d’aventures. 

À noter que la secte des thugs qu’affronte Harrison Ford était déjà apparue dans le film d’aventure Gunga Din de George Stevens de 1939. On observe de grandes similarités entre les deux longs-métrages que ce soit ce gong où apparaissent les crédits en début de film ou la scène sur le pont suspendu. Enfin, le travail sur les décors du palais rend hommage aux deux mètres étalons du cinéma d’aventures exotiques que sont Le Tigre du Bengale et Le Tombeau hindou. Indiana Jones est une remédiation des récits d’antan. Ce deuxième volet rend hommage aux modèles littéraires et cinématographiques qui ont façonné la figure de l'aventurier archéologue.

Ce divertissement décomplexé s’éloigne des thématiques habituelles de la série. On ne retrouve pas les personnages récurrents des autres volets comme Marion ou Sallah. Quant aux antagonistes de cet épisode, ce ne sont pas les ennemis des USA que sont les nazis ou l’URSS dans les autres aventures. C’est la grande force de ce deuxième volet de prendre ses distances avec la saga, de ne pas reproduire la formule du premier épisode.

On a souvent taxé le film de simpliste, il est pourtant beaucoup moins manichéen que le premier volet ou Indy était une figure de justice, symbole d’une Amérique triomphante luttant contre le totalitarisme. Ici notre héros est tiraillé entre le désir de posséder des objets des temps passés et la nécessité de les rendre au peuple qui les a façonnés. Les personnages dans ce second volet sont plus intéressés et font preuve d’un égoïsme qui les rend plus humains.

Le travail du chef opérateur Douglas Slocombe est absolument fabuleux que ce soient ces extérieurs éclairés comme dans un David Lean ou ces mines reproduites en studio qui rappellent tout simplement le travail d’un Mario Bava. Mais au-delà de sa lumière, le film est une leçon de mise en scène permanente. La scène qui ouvre le film est un modèle du genre mettant en scène une foultitude d’actions. Grâce à un découpage d’une précision redoutable, nous suivons un Harrison Ford empoisonné qui veut voler un diamant et doit en même temps récupérer une fiole contenant un antidote alors que des gangsters lui tirent dessus et que la jolie meneuse de revues Willie tente de voler le joyau.

Spielberg n’a jamais semblé aussi fort en termes de langage cinématographique que dans ce second opus. Il suffit pour s’en convaincre de regarder la scène de combat à mains nues dans les mines où il arrive grâce à un montage d’une précision redoutable à nous montrer en parallèle le combat de Ford contre un garde et celui du jeune demi-lune contre le maharadjah, sans oublier de nous dévoiler les interventions de Kate Capshaw. Un long-métrage dont certaines séquences devraient être étudiées à l'université pour faire comprendre aux étudiants la gestion de l’espace et du temps au cinéma.

Ce Temple maudit est un spectacle total et décomplexé que je prends plaisir à voir et à revoir. Une pellicule tout simplement magique qui me transforme en un gamin de 8 ans dès que le générique commence grâce au plus grand des prestidigitateurs : Steven Spielberg. Tout simplement le meilleur de la saga, même si je comprends qu’on puisse lui préférer le premier ou le troisième volet voir le quatrième (Non, je plaisante !). Un long-métrage porté par une partition de haute volée de John Williams et qui peut compter sur un Harrison Ford totalement investi. A l'époque, l'acteur ne confondait pas encore les scénarios qu’il lisait avec sa déclaration d’impôts. Définitivement, un film qui vous donne envie de faire du cinéma. Tout simplement un classique de la pop culture.

Mad Will

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