Ce soir sur Netflix : AMERICAN COLLEGE

Publiée le 29 juin 2018

American College est le précurseur de beaucoup de "teen movie". Porté par un humour régressif, il met en scène des jeunes gens qui arrivent à l'âge adulte et passent leur temps à profiter de la vie et découvrir le sexe opposé. Il inspirera par la suite des films tels qu’American Pie, ou Porky's. Son réalisateur est John Landis, l’une des figures tutélaires de la comédie américaine qui signa entre autres Un fauteuil pour deux ou le fantastique et inénarrable The Blues Brothers.

American College, c'est l’incarnation à l’écran de l’humour du journal satirique américain National Lampoon dont une partie de l’équipe intégrera ensuite le Saturday Night and Live, la référence de la comédie à la télévision qui inspirera en France "Les nuls l’émission". American College compte dans ses rangs des acteurs tels que John Belushi qui ont participé au National Lampoon Radio Hour qui lança la carrière des Chevy Chase ou Bill Murray.

C’est donc un concentré de la pop culture américaine que je vous invite à voir sur Netflix à cette adresse. Mais au fait que raconte le film  ?

Années 60. Deux confréries d'étudiants cohabitent sur le campus de la fac américaine de Faber. L'une, très fermée, la Omega, est composée de riches bourgeois dont le snobisme n'a d'égal que leur éducation, la seconde, la Delta, est le repaire d'une bande de chahuteurs. Le doyen s'associe avec la première afin d'expulser du campus les joyeux lurons de la Delta.

Cette comédie est l’œuvre de mauvais garçons qui écrivent avant tout sur leurs souvenirs de faculté en 63. Le film évoque ainsi la vie étudiante par le biais de la confrérie Delta dont la grande spécialité étaient les beuveries et les tentatives souvent avortées de découvrir le sexe opposé. Les situations exposées comme la bataille de nourriture furent recyclées maintes et maintes fois dans de nombreuses oeuvres ultérieures du 7e art autour des campus américains. Pour autant, ce long-métrage se révèle plus riche, pertinent, et autrement plus libertaire que ses pâles suiveurs.

Quand on regarde American College, il est évident que ses auteurs connaissent parfaitement la comédie et ses différents registres. John Landis s'inspire du cartoon comme dans la scène des golfeurs qui visent avec leur petite balle blanche les militaires. Le film multiplie également les scènes absurdes presque parodiques avec la séquence du cheval dans le bureau du directeur. Landis recourt aussi au slapstick dans les bagarres et use de la satire avec le personnage du professeur fumeur de joints interprété par Donald Sutherland. Dans son final, cette oeuvre recourt à un métahumour très en avance sur son temps avec ses faux intertitres à mourir de rire qui nous annoncent le futur des personnages.

Mais surtout le film ne se limite pas à son microsome étudiant et dresse le portrait d’une société avec beaucoup plus d’intelligence que sa supposée grivoiserie laisserait penser. American College évoque en filigrane la confrontation entre les générations avec le personnage du principal. Il met également en scène la corruption des élites avec ce maire qui se conduit comme un mafieux notoire. Dans la scène de la boîte de nuit, la ségrégation est aussi abordée. À ce titre, les scènes de concert ne sont pas sans évoquer Les Blues Brothers à venir du même réalisateur. Sorte de Mash version estudiantine, la scène de procès au centre du film nous explique clairement que l'élite américaine est plutôt protégée quand il s'agit du Vietnam. C’est là différence entre le film de Landis et les copies à venir. Nous avons d’un côté une comédie grivoise autour d’un groupe de jeunes qui porte un discours de la société en élargissant son sujet alors que les autres films de campus se réduisent au petit groupe qu’ils décrivent.


American College c'est l'avènement d'un acteur dont le génie comique crève littéralement l'écran. John Belushi dans le rôle de Bluto agit comme une bête. Il est un homme enfant sans surmoi dont la seule obsession est de faire le plus de conneries possible. Sans avoir vraiment de dialogues à déclamer, il incarne par sa seule présence burlesque une sorte de Falstaff en mode éthylique.

Mais surtout la raison personnelle qui me fait tant aimer le film, c’est sa manière de foutre un bon coup de pied au cul à une société phagocytée symbolisée par la confrérie Alpha composée de petits nazillons nantis au physique avantageur. Dès le début du film, on observe ces petits bourgeois aux idées aussi courtes que leurs cheveux placer tous ceux qu’ils considèrent différents au fond de la salle de leur QG. On s’amuse donc à les voir se faire massacrer littéralement par les deltas qui acceptent tout le monde et qui sont de véritables anarchistes.

Même si la caméra nous laisse entrevoir quelques poitrines, le film ne tombe jamais dans le sexisme et égratigne la lâcheté de la gent masculine. Nous ne sommes pas dans les gauloiseries à la Max Pecas typique des années 70. En ces temps de coupe du monde, on pourrait ainsi déclarer :  "balle au centre" quant à la critique des deux sexes.

Mais surtout le film ne se vautre jamais dans la morale bien-pensante comme dans les American Pie, où la finalité est « amuse-toi bien, mais il est temps de rentrer dans le rang». L’ennemi dans American College est justement la société normative. Cette pensée est traduite par un final en mode Mad Max où les symboles de l’Amérique sont détruits. Landis fait de ses personnages les adversaires des conservateurs.

C’est donc avec un brin de nostalgie que le film nous rappelle une époque pas si lointaine ou être anti-militaire et ne pas suivre le troupeau ne voulait pas dire qu'on était un traître à la nation.

Oeuvre jouissive et libertaire, American College est une date de la comédie américaine qu’il est indispensable d’avoir vue !

Mad Will

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