SEANCE DVD : HOWARD THE DUCK

Publiée le 10 mai 2020

Je vais vous parler aujourd’hui d’Howard... Une nouvelle race de héros, un long-métrage conspué dans les années 80, dont la rumeur disait même qu’il était le plus mauvais film jamais réalisé. Selon la légende, son producteur George Lucas aurait même engagé une bande de mercenaires pour récupérer les négatifs du film et ainsi empêcher toute sortie en DVD pendant de longues années ! N'ayez pas d'inquiétudes ! Le papa de La Guerre des étoiles et Indiana Jones semble avoir oublié le film, depuis qu’il s’est enfermé dans son ranch pour noyer sa dépression dans le malt après la vision de la trilogie Star Wars made in Disney. Le film qui met en scène notre canard de l'espace, est en effet disponible depuis pas mal d’années sur supports physiques aux USA, mais également en France grâce à Elephant Films !

Acheter le film en DVD et Blu-ray : LIEN

J’avais vu Howard... Une nouvelle race de héros, il y a une vingtaine d’années en VHS, et c’était avec une curiosité non feinte que j'ai regardé à nouveau ce long-métrage avec la crainte d'être déçu par les affres du temps. Divine surprise… J’ai trouvé Howard... Une nouvelle race de héros, meilleur que dans mes souvenirs. Il faut dire que la haute définition du Blu-ray met en relief l'admirable photographie du film. De plus je pouvais profiter de la version originale qui s’avérait plus incisive que la pâle VF des années 80.

À une époque où Internet n'existait pas et que les films n’étaient pas visibles facilement, la rumeur enflait vite sur une réalisation surtout quand c’était le copain d’un copain qui l’avait vue.  Prenons le cas de Massacre à la tronçonneuse. Le film de Hooper traîna pendant de très longues années la réputation d’être terriblement gore alors que le cinéaste texan ne nous montre jamais de sang à l'écran. Pour Howard, c’est un phénomène assez semblable. Son image de navet intersidéral est avant tout liée à son bide au box-office qui alimenta des « on-dit »  et qui coûtera sa place au directeur d’Universal et obligera George Lucas à vendre Pixar à Steve Jobs.

Pour aborder le film, il est important de parler des artistes qui ont collaboré à ce long-métrage. Nous retrouvons tout d'abord Willard Huyck et Gloria Katz qui ont écrit le film et réalisé (pour le premier) Howard. De sombres tâcherons ? Pas vraiment. Ce couple à la ville et à l'écran, est en effet à l’origine d’une excellente pelloche de fantastique Messiah of Evil, une sorte de relecture argentesque du film de zombies dans les années 70. Long-métrage à la poésie macabre porté par une mise en scène superbe, Messiah of Evil, est une pelloche d’horreur que je vous invite à découvrir chez notre partenaire Shadowz ! Les deux scénaristes sont également connus pour leurs diverses collaborations avec l'ami George Lucas. Ce sont en effet les responsables du script du long-métrage qui ouvrit les portes d’Hollywood au futur réalisateur de Star Wars, le touchant American Graffiti. Sans être crédités, ils travaillèrent ensuite sur le premier volet de la trilogie mettant en scène les Skywalker, signant une partie non négligeable des dialogues. Ce sont également eux qui ont rédigé le scénario du second Indiana Jones. Même si certains grincheux n’aiment pas vraiment Le temple maudit, ce second volet des aventures de notre archéologue préféré est une référence question efficacité, avec des dialogues assez brillants. Plutôt qu’une suite, le duo de scénaristes propose une relecture réussie des aventures du mythique archéologue.

Au cadre et à la lumière, nous retrouvons l'expérimenté Richard H. Kline, chef opérateur de Pendez-les haut et court, Soleil vert, La Fièvre au corps, Star Trek : le film de Robert Wise ou encore L'étrangleur de Boston de Richard Fleischer. Un technicien oscarisé à la filmographie conséquente. Enfin aux effets spéciaux, nous avons tout simplement deux légendes du milieu avec Joe Johnston, l’un des grands maîtres d’IML (les Star Wars…) que l'on connaît maintenant comme réalisateur, et le génie de l'image par image Phil Tippett (Le Dragon du lac de feu, Robocop…).  Néanmoins vous pourriez me dire, si vous pratiquez la métaphore footballistique, que de très bons joueurs rassemblés ne font pas forcément une grande équipe.

Je vous propose de commencer par le visuel du film. La photographie est très réussie avec un usage des néons très esthétique. Richard H. Kline mutlplie ainsi les sources lumineuses dans de grands ensembles urbains, nous donnant à voir des plans nocturnes très colorés. Quant à la réalisation, si elle n’est pas révolutionnaire, elle reste cependant très solide grâce à des cadres travaillés et un découpage d’une grande lisibilité. Les détracteurs de Howard... Une nouvelle race de héros vous diront qu’ils se moquent éperdument de la qualité de l’image, car le héros est joué par un nain dans un costume de canard ! Je dois bien l’avouer, notre Howard peut sembler dans les premières minutes ridicule malgré une animatronique bluffante pour le visage du palmipède qui a coûté la bagatelle de deux millions de dollars. Mais franchement, passé quelques secondes d’étonnement, grâce à l’animation de son faciès et les interactions physiques avec les autres comédiens, Howard semble vraiment vivant à l’écran. C’est à ce moment de la critique que j’userai la fameuse "jurisprudence Yoda". Vous croyez plus à la marionnette rabougrie toute verte de l’Empire contre-attaque où à son double numérique dans la trilogie de la fin des années 90 ? Jon Favreau nous a tout simplement donné la réponse avec la série Le Mandalorien de 2020, en utilisant une marionnette en animatronique pour Bébé Yoda après s’être rendu compte de l’impossibilité pour les images de synthèse de donner la vie à sa créature. Réaliser un canard était un défi technique peut-être trop difficile qui a occulté le reste des effets spéciaux du film qui ont admirablement bien vieilli. Le voyage d’Howard dans l’espace est encore bluffant 30 ans après. Il faut également évoquer la créature finale de Phil Tippett qu’affronte notre palmipède préféré, qui est superbe.

Et le scénario dans tout ça ?

Le ton du film voulu par ses auteurs explique en partie sa mauvaise réception par le public. Howard... Une nouvelle race de héros est vraiment un long-métrage particulier surtout pour une œuvre de studio qui a coûté pas loin de 30 millions de dollars. Cette réalisation est à l’image de ses créateurs qui ont œuvré tout autant dans la production indépendante que dans les gros budgets de tonton George. Sous son verni de production grand public, Howard propose ainsi des dialogues tordants avec de nombreux sous-entendus grivois. Imaginez donc un film Disney où les scénaristes n’hésitent à faire des blagues autour de la zoophilie pour évoquer le couple formé par notre canard et la chanteuse interprétée par la charmante Lea Thompson.

Howard... Une nouvelle race de héros est un cas unique de divertissement familial où se cache un humour régressif. On ne peut s’empêcher d’imaginer ces mères de familles américaines emmener leurs bambins voir le film du producteur des films avec les Ewoks et partir en courant quand elles découvrent à l’image notre canard, le cigare au bec qui travaille dans une boîte à partouses. Quel était le public visé par les initiateurs de ce long-métrage ? La famille. Non, le film est trop sexué. Les lecteurs du comics Howard édité par Marvel dont le film est l'adaptation ? Pas forcement, ce long-métrage est trop différent de son modèle crayonné.  On ne saura jamais à qui était destinée cette oeuvre et c'est bien là tout son charme et son originalité.

Howard... Une nouvelle race de héros est une très bonne comédie fantastique qui ne méritait pas tant de haine. À voir absolument.

Mad Will

Mad Will Voir la fiche du film
Vous avez aimé cet article ? Nous avons besoin de vous pour faire vivre ce site. Soutenez-nous en faisant un don.
Abonnez-vous à notre page Facebook et suivez-nous sur les réseaux sociaux :