Retour sur : LE SECRET DE LA PYRAMIDE

Publiée le 01 février 2018

Ah la douceur des soirées cinéma des années 80 sur Feu la 5. À l’instar de Jack Burton, le film de Barry Levinson fut un cinglant échec avant de gagner ses lettres de noblesse et le cœur de cinéphiles au fur et à mesure de ses rediffusions télévisuelles et de ses rééditions en salle comme en 2010.

Le secret de la pyramide est avant tout synonyme de divertissement pour enfants au sens le plus noble du terme. Le film propose une aventure familiale passionnante, extrêmement bien écrite, jamais niaise et portée par le savoir-faire technique d’artisans au sens le plus noble du terme que ce soient Barry Levinson à la réalisation qui signera ensuite Good Morning Vietnam, ou bien encore Bruce Broughton qui signe une très belle bande-originale digne d’un John Williams au meilleur de sa créativité.

Enfin, il faut souligner le travail du scénariste Chris Columbus qui a élaboré un scénario extrêmement bien rythmé qui adapte parfaitement la mythologie de Sherlock Holmes en créant de toute pièce la jeunesse du célèbre détective. Le scénariste américain et futur réalisateur d’Harry Potter, crée un Holmes très original, mais finalement très fidèle à Conan Doyle au fur et mesure de l’évolution du récit.

Mais comment ne pas évoquer en quelques mots la société qui se cache derrière le film, la légendaire Amblin dont le logo est devenu légendaire avec le gamin sur son vélo accompagné d’ E.T. ? Ce studio est à l’image de la filmographie de Steven Spielberg, proposant de grands films populaires mais jamais populistes qui marquèrent au fer rouge l’inconscient de millions de kids dans les années 80.

En 1981, Spielberg décide de se lancer dans la production à l’instar de son grand ami George Lucas qui vient de financer les aventures de l’archéologue au fouet avec son studio Lucasfilms.

Avec Frank Marshall (réalisateur de l’excellente série B Arachnophobie) et Kathleen Kennedy (productrice de la nouvelle trilogie Star Wars), ils créent une société qu’il conçoive comme une plateforme destinée à trouver des financements et des circuits de distribution pour des réalisateurs qui souhaitent concevoir les films dont ils ont toujours rêvé. A ce titre, beaucoup de films Amblin seront financés puis distribués par Universal.

Le nom du studio provient du titre d’un court réalisé par Spielberg qui lui ouvrit les portes du métier, lui permettant de se faire la main sur plusieurs fictions TV avant d’accéder au grand écran avec Sugarland express ou bien encore Les dents de la Mer.

Le premier film produit par la compagnie est Continental Divid alias Deux drôles d'oiseaux réalisés par Michael Aped qui passera plutôt inaperçu.

Si Spielberg a choisi Amblin comme nom pour sa société, c’est que la compagnie est avant tout là pour aider de nouveaux talents auxquels ils auraient fallu des années de développement pour arriver à produire leur film. Steven, en qualité de mentor, aidera Zemeckis à réaliser Retour vers le futur alors que le réalisateur sort de deux bides fracassants, c’est encore lui qui financera un jeune inconnu, Chris Columbus, dont le scénario des Gremlins est refusé par tous les studios.

Le réalisateur d’ET lancera aussi la carrière de Kevin Reynolds (La Bête de guerre pour le meilleur et Waterworld pour le pire) de Brad Bird, et permettra à Don Bluth de s’affranchir du poids de Disney avec Fievel.

La firme va vivre un âge d’or multipliant les succès publics, Les Goonies, Retour vers le futur, mais aussi quelques déconvenues commerciales comme Le secret de la pyramide.

Puis vers la fin des années 80, les échecs au box-office sont toujours plus nombreux, L’excellent Une baraque à tout casser ne trouve pas son public, le gnangnan Harry et les Henderson ou encore le réjouissant l’Aventure Intérieur, échouent à leur tour. Quand à Spielberg, il va réaliser pour Amblin des films plus personnels mais moins vendeurs tels La Couleur pourpre ou bien encore l’Empire du soleil qui sera un échec cuisant en salles.

La fin des années 80 est marquée par l’énorme succès de Qui veut la peau de Roger Rabbit, mais dont le budget faramineux limite les bénéfices. À partir des années 90 la société reste en vie avec d’excellents films produits tels que les Gremlins 2 ou Retour vers le futur 3. Mais après le départ de Kathleen Kennedy et Frank Marshall et le lancement du studio Dreamworks par Spielberg, Amblin perd de son aura, produisant alors des films de façon éparse et sans réelle ligne éditoriale.

Il faut bien le dire, ce sont ces productions des années 80 qui ont fondé l’image d’Amblin et qui sont symptomatiques de son âge d’or. En mettant en scène la famille américaine moyenne, en faisant des banlieues pavillonnaires des terrains de jeu de l’imagination, c’est tout un univers actuellement pillé par la série Stranger Things que la société de Spielberg a créé au cinéma. Si les enfants des années 50 avaient grandi en imitant Errol Flynn, l’enfant des années 80 a appris à s’évader du réel grâce aux héros à vélos d’Amblin. A ce titre, J. J. Abrams lors de la sortie de Super 8 en 2011 avait demandé que son film commence avec le logo de la société de Spielberg. En interview, il légitimait ce choix en explicitant fort bien l’esprit Amblin :

« Les productions des années 1980 sont à l'origine de mes sensibilités cinématographiques. Elles étaient à la fois des œuvres de science-fiction, des comédies, des films à grand spectacle et effets spéciaux, voire des histoires d'amour. Le cocktail était parfait. »

Mad Will

Le Secret de la pyramide par Thomas

Fraichement arrivé dans sa nouvelle école, le jeune Watson fait la rencontre d’un dénommé Sherlock Holmes. Doté d’un esprit de déduction incroyable, ce dernier passe son temps à résoudre des énigmes. Au même moment, une épidémie de suicide frappe la ville de Londres.

Les deux comparses se lancent dans leur première enquête.

Le secret de la pyramide est une production Amblin qui sort sur les écrans en 1985, entre Retour vers le futur, La couleur pourpre et les Goonies. Difficile alors de trouver sa place parmi des productions de ce niveau ! Ceci explique sans doute la difficulté qu’a eue ce Young Sherlock Holmes à trouver son public ainsi que son peu de visibilité encore aujourd’hui chez les non-cinéphiles.

Mais pourquoi faut-il se pencher sur cette excellente aventure de l’ami Holmes ?

Déjà parce que le film est scénarisé par Chris Colombus et qu’il préfigure terriblement son futur travail sur Harry Potter. Il ne se cache d’ailleurs pas de cette similitude puisqu’au cours d’une interview il a admis s’être inspiré du Secret de la pyramide pour son travail sur l’univers du jeune sorcier. Il est vrai que du physique de Watson à l’ambiance de l’école, les points communs sont nombreux.

Chris Colombus signe ici, après Les Goonies et Gremlins, un nouveau script d’une grande qualité avec un univers fort, efficacement mis en scène par Barry Levinson. Il n’est sans doute pas exagéré de dire que cette œuvre a marqué une grande partie des jeunes spectateurs à sa sortie grâce à cette histoire policière teintée de fantastique et qui met en scène un jeune Sherlock Holmes à l’aune de sa première enquête.

 Ce parti pris reste terriblement fidèle au canon « holmésien » si bien que les fans du travail de Sir Arthur Conan Doyle considèrent ce film comme un excellent hommage au maître anglais alors même que ce dernier n’a jamais écrit sur la jeunesse du célèbre enquêteur. C’est que le script enchaine les clins d’œil et restitue parfaitement la mythologie de Sherlock Holmes tout en construisant quelque chose d’original dans son traitement : la recherche d’un trauma originel qui expliquerait en partie ce comportement presque asocial qui caractérise le héros. Jusqu’au bout, l’approche scénaristique se distingue puisque même la scène post-générique (je vous invite à rester jusqu’au bout) tend à redéfinir le rapport entre Holmes et son antagoniste.

Côté mise en scène, en prenant pour trame narrative des suicides qui interviennent après de puissantes hallucinations, le film se pare de fantastique dans des séquences impressionnantes. C’est l’un des grands atouts du film, il construit un univers visuel très riche et presque merveilleux qui tranche avec la rationalité de Sherlock. Pour l’anecdote, l’une des séquences marque le début des images de synthèse au cinéma.  Particulièrement sombre, on peine à croire que le film a été fait pour les enfants :  les morts sont nombreuses, les hallucinations visuellement marquantes et l’ennemi de Sherlock complètement fanatique.

Thomas

 

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