Retour sur : DERNIER TRAIN POUR BUSAN, MIDNIGHT MEAT TRAIN, SNOWPIERCER

Publiée le 25 janvier 2018

À l’occasion de la sortie dans les salles de The Passenger, nous profitons opportunément de l’actualité pour faire un retour sur les films de train, envisagés sous le prisme du genre. Et autant dire que ça se bousculait sur le quai.

Après avoir mis de côté l’excellent Runaway Train (que l’on traitera bientôt lors d’un retour sur le mythique studio Cannon), Raw Meat (On n’est pas fans !) et le sublime (oh ironie !) Piège à haute vitesse… (https://www.youtube.com/watch?v=Vrf7eZy5XcY) Notre choix s’est porté sur 3 films indépendants qui ont marqué le genre ces dix dernières années.

Tout d’abord le plus récent de tous, Dernier train pour Busan sorti en 2016 et qui a fait beaucoup de bruit. Un ramdam mérité tant l’énergie de la mise en scène du réalisateur Yeon Sang-ho alliée à un propos social percutant fait de ce film un incontournable du genre.

Ensuite Midnight Meat Train réalisé par Ryûhei Kitamura. A partir d’une nouvelle terrifiante de Clive Barker, le cinéaste japonais livre un film violent à l’esthétisme glacé sur fond de trame sociale.

Enfin difficile de passer à côté du spectaculaire Snowpiercer. Un divertissement de qualité mis en scène par le brillant réalisateur de Memories of murder et de The Host et qui révèle par contraste toute la fadeur des grosses productions actuelles.

3 œuvres signées par des réalisateurs asiatiques qui vivaient une « première fois » Première réalisation live pour Yeon Sang-ho et son Busan, premier film américain pour Kitamura, et enfin première production internationale en langue anglaise pour Bong Joon-Ho.

Bonne lecture

Mad Will et Thomas

 

DERNIER TRAIN POUR BUSAN par MAD WILL

Un TGV, des zombies, et un budget de 10 millions de dollars*.

Au final, l’un des meilleurs films d’infectés de ses dernières années, le bien nommé Dernier Train pour Busan signé par le coréen Yeon Sang-ho

Sorti en août 2016, Busan confirmait après The Strangers de Na Hong-Jin, toute l’inventivité, le dynamisme en matière de création cinématographique du pays du Matin calme.

Ce film de morts-vivants est l’œuvre de Yeon Sang-ho, réalisateur d’animation qui s’est fait connaître dans les festivals spécialisés avec The King of Pigs. Ce dessin animé dénonçait les humiliations vécues pendant leur adolescence par de nombreux coréens qui devenaient plus tard des adultes brisés.

L’homme signa par la suite, toujours en animation, Fake qui dénonçait la manipulation des masses et enfin Séoul Station diffusé au festival d’Annecy dont le discours social glaçant évoquait déjà la figure du zombie.  

Avec ce Dernier Train pour Busan, il quitte le monde de l’underground pour une production plus cossue tournée avec des stars coréennes. Cinéaste à l’univers torturé, on pouvait craindre que Yeon Sang-ho perde sa verve dans ce type de production. Au regard du résultat, on voit que le metteur en scène a su concilier son discours très à gauche avec un récit haletant quelque part entre le cinéma catastrophe et les métrages d’action survitaminés.

Mais que raconte le film :

Seok Woo, cadre toujours débordé, a peu de temps à consacrer à sa fille, Soo-an. C'est pourquoi il accepte d'accompagner l'enfant, qui veut rendre visite à sa mère, dont Seok Woo a divorcé, à Busan. Le père et la fille se retrouvent dans un TGV qui doit les conduire à Busan. Mais une épidémie frappe le pays, transformant ses victimes en zombies affamés. Une jeune femme contaminée est entrée dans le train et commence à répandre le virus parmi les passagers. C'est bientôt la panique à bord...

Yeon Sang-ho place une microsociété face à une situation en crise pour s’adonner à un jeu de massacre de la société coréenne contemporaine. Les dissensions entre les survivants du train soulignent l’incapacité d’une société divisée en classe à vivre ensemble.  En faisant du chef d’entreprise et du trader des personnages à l’égoïsme patent, le cinéaste montre que le libéralisme est plus carnassier et destructeur que les hordes de zombies.

Film autour de la rédemption qui flirte avec le mélodrame, Busan emploie des archétypes qu’il humanise au fur et à mesure. Loin du cynisme des productions Disney, le film parle d’amour et de fraternité à travers le portrait d’un père qui accepte ses responsabilités. C’est l’émotion qui est le moteur de l’action de Busan et qui fait de ce long métrage coréen une œuvre autrement plus habitée que la majorité des blockbusters américains.

Pour un premier long-métrage live, Yeon Sang-ho fait preuve d’une maitrise technique et une direction d’acteur plus qu’impressionnante. Usant d’un décor qui fait partie du quotidien, les étagères porte-bagages, les couloirs, les toilettes deviennent dans le film des éléments dramatiques qui construisent le suspens.

Grâce à une mise en scène d’une grande lisibilité qui s’appuie sur un découpage précis, le film ne perd jamais son spectateur dans l’espace. Le long-métrage nous plonge dans l’action aux côtés des personnages principaux.

Gérant parfaitement son unité de temps et de lieu, Busan est un spectacle total qui témoigne d’un cinéma coréen capable de produire des films populaires mais aussi haletants, engagés, avec des personnages toujours parfaitement interprétés. À voir absolument !

Mad Will

* Ce chiffre peut laisser rêveur quand on sait que Les visiteurs 3 a couté plus du double du film même s’il est évident que Christian Clavier a plus d’arriéré d’impôts à payer que les acteurs coréens de Busan

 

 

MIDNIGHT MEAT TRAIN par MAD WILL

« Certaines étoiles mettent plus de temps que d’autre à apparaître. Le paradoxe est le suivant : plus il fait nuit, plus ces secrets deviennent visibles. Pour finir, ils se déploient dans toute leur splendeur ; et ce sont ces choses même que nous dissimulons, ces choses dont nous avons le plus honte, dont nous nous servons pour nous guider. »

Galilée – Clive Barker  Éditions BRAGELONNE

Midnight Meat Train, c’est la rencontre plutôt inattendue entre Clive Barker le maître d’une épouvante sociale et organique et le réalisateur japonais survolté d’Azumi ou de Versus, des films déjantés d’exploitation ou les ballets chorégraphiques se mêlent à la franche rigolade.

Il est étonnant de les voir réunis sur  un long-métrage américain surtout quand il adapte l’une des nouvelles les plus sanglantes du premier volume de Livres de sang de Barker.

Au final, Midnight Meat Train est tout bonnement un bon film d’épouvante. Le résultat même s’il n’atteint pas la réussite de Candyman qui reste la référence en termes d’adaptations de l’écrivain britannique, est digne du cinéma horrifique des années 70 qui n’hésite pas à mettre mal à l’aise son spectateur pour l’interroger sur la société.

Mais que raconte le film :

Leon Kauffman est un photographe qui peine à vivre de son art. Lorsqu’on lui propose une exposition au sein d’une galerie reconnue il est prêt à tout pour fournir des clichés de qualité. Il décide alors d’arpenter les rues afin de capturer un autre visage de New-York. Ces pérégrinations nocturnes vont le confronter à un terrible boucher qui sévit dans le dernier métro…

Kitamura à la différence de nombreux réalisateurs au style visuel mécanique et sans personnalité, nous offre des plans de toute beauté grâce à une photographie bleutée très travaillée et un sens du cadre digne d’un John Carpenter. Ces choix de mise en scène sont renforcés par le métier du héros : photographe d’art. La lumière froide et glaçante des grands centres urbains est ainsi parfaitement rendue, la compostions très géométrique de ces plans avec beaucoup de surcadrages nous fait ressentir la solitude vécue par le personnage dans un univers déshumanisé.  Pour autant, on retrouve dans les scènes de meurtres, le découpage des films japonais de Kitamura. Durant ces instants, le cinéaste évolue vers une mise en scène où l’espace et temps se délient. Usant de mouvements de caméra opératiques, passant du ralenti à une succession de plans cuts, le cinéaste nous donne à voir des corps décharnés, des énucléations et autres joyeusetés. Au travers de la mise en scène, le réalisateur japonais adopte le regard du photographe dont l’univers esthétisant se colore au fur à mesure de sang.

À ce titre on peut regretter l’emploi d’un sang en image de synthèse sur certaines scènes qui amenuise l’effet gore. Peut-être une concession faite aux censeurs qui auraient demandé selon la rumeur de nombreuses coupes au film.

Le constat de Clive Barker sur notre monde est sans appel, l’homme est un monstre sanguinaire qui dissimule sa folie et sa violence derrière les oripeaux de la civilisation. La citation en ouverture de cette critique est à ce titre révélatrice.

Midnight Meat Train est une bonne illustration de cette vision assez sombre de notre monde avec une galerie de personnages pas vraiment héroïques. À ce titre, Léon, le protagoniste principal découvre à travers sa traque du tueur, ses propres zones d’ombres.

Sans humour gênant, sans ironie post Scream, sans suivre les modes dominantes, Kitamura renoue avec le cinéma d’horreur à l’ancienne et conclut son film sur une note dépressive plutôt salvatrice dans un paysage cinématographique de plus en plus conformiste.

Le scénario de Jeff Buhler est le maillon faible du film, allongeant parfois artificiellement l’intrigue de la nouvelle, usant de raccourcis faciles comme avec Maya la petite amie du héros qui change trop vite d’avis. Mais n’ayez crainte, le script souffre simplement d’être juste bon alors que la mise en scène de Kitamura et la richesse de l’univers de Barker auraient mérité tellement plus.

Film ou l’horreur se mêle au quotidien, parabole de la déshumanisation de nos grandes ville, satire sanglante du milieu de l’art et de son rapport à la violence, Midnight Meat Train est tout simplement un excellent film de genre.

Mad Will

 

SNOWPIERCER par THOMAS

Une vague de froid sans précédent a frappé la planète et la population mondiale a été contrainte de se réfugier dans un train qui parcourt la Terre. A l’intérieur, les catégories sociales se sont reformées. Les pauvres sont relégués dans les derniers wagons et vivent dans un dénuement extrême tandis que les plus aisés profitent d’un certain confort à l’avant. Curtis qui vit avec les marginaux et les laissés pour compte décide de fomenter une révolte afin de rejoindre l’avant du train et de tuer Wilford, le mystérieux et énigmatique conducteur et constructeur de la locomotive qui semble responsable de cette situation.

Snowpiercer est typiquement le film à gros budget (et encore on est que sur 40 millions de dollars ce qui n’est pas grand-chose dans la cour des grands) intelligent, divertissant et généreux qui manque cruellement dans le paysage du blockbuster. Mais venant de la part du brillant réalisateur de The Host et Memories of Murder sommes-nous vraiment surpris ?

Bong Joon-ho réussit l’épreuve que constitue dans une carrière le passage à l’international. D’ailleurs en cette année de sortie 2013, la nouvelle vague de cinéma sud-coréen est sous les projecteurs puisque ses compatriotes Park Chan-wook et Kim Jee-woon sortent également deux productions/co-productions avec les États-Unis, Stocker et Le dernier rempart. Cette reconnaissance du cinéma sud-coréen fait plaisir aux cinéphiles, car elle porte des promesses de projets ambitieux aux budgets plus confortables. Depuis, Park Chan-wook avec le sublime Mademoiselle et Bong Joon-ho avec l’excellent Okja ont largement transformé l’essai.

Pourtant en décidant d’adapter la bande dessinée Le Transperceneige créée par Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, Bong Jonn-Ho se lance dans un projet très ambitieux. Il commence à parler de cette idée en 2006 après avoir découvert le BD. À l’époque il sort The Host et cette incursion réussie dans le fantastique lui ouvre des portes à l’international. Il signe alors les droits d’exploitation de la bande-dessinée, mais ceux-ci sont finalement prolongés. Le cinéaste coréen décale alors le projet et livre entre-temps Mother. En 2013 sort enfin Snowpiercer, 5e long métrage (et premier en langue anglaise) de Bong Joon-ho dont le pitch fait grandement saliver. Il faut dire que cette histoire de train transportant les derniers survivants de l’humanité et condamné à rouler pour l’éternité sur une planète déserte a de quoi exciter n’importe quel fan de genre, surtout quand on est familier avec le travail du réalisateur sud-coréen.

La grande idée du film est de mettre en scène le mouvement. Tout Snowpiercer ne repose d’ailleurs que sur cette idée. C’est un film sur la dynamique. D’abord celle du train que Wiflord appelle d’ailleurs « la machine perpétuelle » mais aussi celle de Curtis, porté EN avant, porté VERS l’avant par sa soif de vengeance. Si le film tisse en toile de fond un propos social et écologique puisque les habitants du train sont parqués pour échapper au dérèglement climatique et que cette nouvelle organisation a recréé des catégories sociales, le film met surtout en scène l’évasion et le choix de la liberté. Et partant, des sacrifices que cela implique.

On a souvent lu que le film est une métaphore du capitalisme. C’est partiellement vrai. Snowpiercer est surtout régit par une dictature et un système totalitaire avec son conditionnement et sa milice. Et même s’il y a l’idée de réduire la barrière sociale physiquement en allant vers l’avant et métaphoriquement en reprenant le contrôle de la machine, l’idée principale, de l’aveu même de Bong Joon-ho, reste l’évasion.

Une excellente vidéo montre d’ailleurs tout le travail de Bong Joon-ho sur ce choix de mise en scène. Curtis va toujours vers la droite de l’écran, c’est son but ultime : remonter jusqu’à Wilford. Le spectateur découvre alors avec lui tous les autres wagons et les différents modes de vie de ses habitants. Petit à petit la vie et le fonctionnement du train se révèlent jusqu’à la rencontre avec Wilford.

Cette confrontation dans la dernière partie a déplu à certains spectateurs qui ont trouvé cette rencontre trop attendue. Elle est pourtant parfaitement cohérente pour le personnage de Curtis. C’est l’aboutissement de sa course et le moment du choix.

Côté mise en scène le plaisir est total. Les films de train posent toujours le problème de la gestion de l’espace et c’est justement cette contrainte qui est excitante : l’exiguïté du lieu et donc la promiscuité de la menace. Et le cinéaste sud-coréen fait un travail remarquable sur le confinement et l’oppression. Très peu de plans d’extérieurs qui apparaissent alors comme des bulles d’air. Le spectateur doit se sentir asphyxié et n’avoir qu’une seule envie, à l’instar de Curtis : sortir !

Revoir Snowpiercer rappelle la maîtrise de Bong-Joon-ho en la matière et l’inventivité de scènes d’action encore terriblement spectaculaires. Impossible d’oublier la séquence de combat dans le tunnel avec ces hommes sans visages, cagoulés et prêt à faire un massacre. Le film est jalonné de ce genre d’images particulièrement marquantes comme les aquariums géants que découvre Yona ou les immenses serres. De manière générale, la direction artistique du film est un vrai plaisir visuel, le spectateur en a pour son argent.

Quelques mots sur le casting réjouissant de Snowpiercer. Tilda Swinton tout en grimace et fausse dent pour composer un personnage odieux et caricatural mais pourtant terriblement crédible. Chris « Captain America » Evans est plutôt bon dans ce personnage d’antihéros obnubilé par son envie de renverser le système. Mais sortent surtout du lot les excellents acteurs sud-coréens déjà vus chez Bong Joon-ho : Song Kang-ho et Ko Ah-seong. On ajoute à cela une pincée de John Hurt et de Ed Harris et on obtient une distribution solide.

Snowpiercer développait un univers avec beaucoup de potentiel et la chaine américaine TNT ne s’y est pas trompé en commandant une série avec notamment Bong Joon-ho et Park Chan-wook comme producteurs. Le casting ne cesse de s’étoffer (http://variety.com/2018/tv/news/snowpiercer-series-tnt-1202659495/) même si le projet connaît quelques problèmes avec le départ de son showrunner (http://www.premiere.fr/Series/News-Series/Deja-des-problemes-pour-la-serie-Snowpiercer).

Thomas

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