SÉANCE CULTE : ASSAUT

Publiée le 17 octobre 2020

Assaut est le vrai premier projet professionnel de John Carpenter. Quand on revoit le film, on reste subjugué par la maîtrise du jeune réalisateur, qui nous propose ici une oeuvre où explose à l'écran son sens inné de la mise en scène avec seulement 100 000 dollars et 24 jours de tournage. À ce titre, la vision d’Assaut devrait être obligatoire pour sensibiliser les étudiants en cinéma au langage cinématographique, car aucun plan ne peut-être retiré du montage. Une maturité assez bluffante de la part d'un jeune cinéaste dont les études de cinéma à l’USC (Université de Californie du Sud) se sont avérées brillantes. En tant que coscénariste, monteur, compositeur et chef opérateur, il participe en effet à un court métrage The Resurrection of Broncho Billy qui obtiendra tout simplement l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction. Quand à son film de 45 minutes de fin d’études, il deviendra un long-métrage intitulé Dark Star qui sortira au cinéma. Séduits par le résultat, des producteurs ont en effet racheté le court-métrage, et lui ont accordé une rallonge budgétaire afin de tourner de nouvelles séquences pour faire passer le film de 45 à 80 minutes.

Pour autant, Carpenter ne trouve pas de producteurs pour tourner un long-métrage à sa sortie de l’école malgré un CV déjà bien rempli. Il se lance alors dans le métier en tant que scénariste. Pour subvenir à ses besoins, il signe plusieurs scripts qu’il parvient à vendre, dont celui des Yeux de Laura Mars qui deviendra plus tard un film signé Irvin Kershner. Un script qui a également tapé dans l’oeil des producteurs de série B Joseph Kaufman et J. Stein Kaplan qui lui demandent s’il n’a pas d’autres histoires en stock. Pour les remercier de l’intérêt qu’ils lui portent, Carpenter écrit le scénario d’Assaut en huit jours. Cette relecture contemporaine du Rio Bravo d'Howard Hawks enthousiasme les deux producteurs qui financent le premier film de Carpenter qui sera également le compositeur de la BO et monteur du film sous le pesudo de John T. Chance, le personnage joué par John Wayne dans Rio Bravo.

Dès le début du film, on remarque l’influence du cinéma classique avec un Cinémascope qui rappelle les westerns d’antan où la caméra d'embrassait d’immenses paysages. Avec ces lents travellings dignes du Scarface d'Howard Hawks et son découpage qui compte peu de plans, Carpenter s’impose comme le digne successeur des réalisateurs de l’âge d’or du cinéma hollywoodien. Quand on revoit le film, il ne faut pas oublier que cette esthétique, que l’on pourrait qualifier de classique, était anachronique dans le cinéma des années 70 qui privilégiait les caméras portées afin de façonner un style visuel proche du documentaire.

Pour comprendre sa mise en scène, il faut lire ses interviews où il explique qu’il compose ses images par soustraction. Ainsi, il se demande à chaque fois qu’il fait un plan, ce qu’il peut enlever dans son cadre pour que celui-ci soit le plus efficace possible. Chaque élément à l’image n’est jamais là par hasard chez le cinéaste américain, tout le contraire des mises en scène contemporaines où l’on charge chaque image avec une tonne d’objets, de figurants, ou d’effets numériques. Le résultat est bluffant : nous avons l’impression d’assister à un cours de cinéma où le réalisateur nous montre la primauté du langage cinématographique sur les dialogues. Ici c’est bel et bien l’image qui nous raconte le film, comme dans la formidable séquence du camion glace où Carpenter, à l’aide de deux ou trois plans, installe une tension remarquable jusqu’au meurtre final. Son intelligence de réalisateur et son sens moral lui permettent ici d’évoquer la mort de l’enfant sans filmer frontalement l’impact de la balle. Tout simplement saisissant !

Outre sa forme, Assaut était également anachronique dans son propos, car le film met en avant un certain héroïsme détesté par le Nouvel Hollywood alors à la mode. On pense particulièrement à l’émouvante scène finale où le flic et le bandit décident de sortir côte à côté du commissariat. Que ce soit Napoleon Wilson dans Assaut ou Snake Plissken dans New York 1997,  l’héroïsme chez Carpenter se teinte d’un certain individualisme et même d'un certain mépris pour le collectif, proche du cinéma de Clint Eastwood. Leurs protagonistes sont en effet des transpositions des héros du cinéma classique auxquels on a rajouté une bonne dose de nihilisme sans doute liée à la mort d’une certaine Amérique en 1963 à Dallas.

Carpenter cinéaste de droite ? Pas forcément... l’ouverture d’Assaut est en effet beaucoup plus ambiguë qu’il y parait. Durant tout le film, le cinéaste ne personnifie jamais les loubards qui attaquent le commissariat. Il les filme comme une meute et ne prend jamais le temps de capter leurs visages.  Mais au début d'Assaut , il fait le choix inverse quand il capte une descente de la police. Cette fois-ci, ce sont les membres du gang qui sont filmés de près et personnifiés alors que les flics semblent une force invisible dont on voit seulement les armes à feu. Une construction en miroir plutôt intéressante de la part d’un cinéaste qui est loin d'être simpliste.

Sa manière de dépersonnaliser les assaillants est à mettre en parallèle avec sa vision du mal qui semble toujours extérieur. Une approche à l’opposé des cinéastes qui oeuvraient dans le fantastique à l’époque comme George Romero. Le cinéaste de Pittsburgh utilisait en effet ses créatures maléfiques, les zombies pour parler de nous. À ce titre, le bouleversant final de La Nuit des morts-vivants ne disait pas autre chose :  l’homme est le monstre de l’histoire. A l'opposé, Carpenter privilégie les figures menaçantes indéterminées, car pour lui le mal est une forme invisible qui détruit le coeur des hommes. Une vision presque chrétienne du mal qui nous rappelle les cours de catéchèse où le malin contamine les esprits faibles. Cependant, il ne faut pas oublier que les sauveurs chez Carpenter sont toujours des rebelles et des anticonformistes. Enfin, les hommes d’Église dans son cinéma sont des êtres vils et corrompus, dont les actions favorisent le mal.

Carpenter voulait rendre hommage à Rio Bravo d'Howard Hawks. Il s’avère que dès son premier film professionnel, il n’est pas loin d’égaler ses maîtres. Rajoutez à cela une BO électronique célébrée depuis 45 ans et vous obtenez l’un des meilleurs films de siège du cinéma. Chapeau maestro ! Tout simplement indispensable !!!

Mad Will

 

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