Shadowz 30 mai 2020

SÉANCE SHADOWZ #10 : GÉNÉRATION PROTEUS

Génération Proteus est à voir chez notre partenaire Shadowz : https://www.shadowz.fr/content/demon-seed-1978

Génération Proteus est le troisième long-métrage du peintre avant-gardiste anglais Donald Cammell qui a abordé le cinéma en co-réalisant Performance avec Nicolas Roeg. Un cinéaste qui finira par mettre fin à ses jours en nous laissant une œuvre chaotique où il faisait preuve d’une vision assez sombre des rapports humains. Son passif de plasticien est visible dans Génération Proteus à travers ses cadres structurés et la création de séquences oniriques conçues grâce à l’ordinateur, qui s’apparentent à de l’art abstrait. Certains designs du film comme cette étonnante créature cybernétique formée de losanges doivent beaucoup à son approche picturale du cinéma.

Boudée par le public et la critique en raison de sa représentation de la technologie trop avant-gardiste en 1979, cette œuvre annonçait tout simplement l’avènement de la domotique et des assistants vocaux qui ont pris le contrôle de nos vies durant ce nouveau millénaire.  À ce titre, le discours technophobe développé par Génération Proteus n’est pas si éloigné de la série anglaise Black Mirror. Adapté d’un roman de Dean Koontz, Génération Proteus s’inspire des thriller domestiques pour faire de nos maisons un piège redoutable. Notre domicile qui fait office de sanctuaire par rapport aux agressions extérieures en général, devient ici un enfer. Génération Proteus montre avant tout notre perte de pouvoir sur notre environnement qui est à présent régit par l’informatique.

Alors que le film a été réalisé à une époque où la fiction abordait plutôt rarement la question de la femme dans notre société patriarcale à l’exception peut-être d’oeuvres littéraires telles que Les Femmes de Stepford d’Ira Levin, le long-métrage de Cammell peut être considéré comme un pamphlet contre la dominance masculine. Génération Proteus met ainsi en scène une héroïne emprisonnée contre son grè dans son foyer pour être ensuite inséminé par une intelligence artificielle qui s’exprime avec une voix masculine et cristallise l’ignominie de la société patriarcale. Le film souligne de façon plutôt pertinente la manière dont les hommes sous-évaluent la femme afin de la conditionner et de la réduire à sa seule fonction de mère, l’inconstance et l’égoïsme des personnages masculins dans Génération Proteus venant confirmer cette hypothèse.

Imaginez un film où une femme fait face en permanence à des écrans et où pendant plus d'une heure une voix robotique la harcèle psychologiquement déclarant vouloir d'elle une progéniture. Il fallait une immense actrice pour donner corps à un tel scénario. La réussite de Génération Proteus repose en grande partie sur l'interprétation de Julie Christie, tout simplement l’une des meilleures comédiennes de sa génération. Popularisée entre autres par les films de David Lean ou Nicolas Roeg, elle ici juste phénoménale. Elle arrive à nous faire ressentir une large palette d’émotions telles que la peur, l’angoisse, l’étonnement voire la soumission alors qu’elle n’a pas de partenaire à l’écran. Si le film ne tombe pas dans le ridicule et conserve son impact émotionnel encore maintenant, c’est en grande partie grâce à elle.

N’oublions cependant pas en VO Robert Vaughn qui n’est pas crédité alors qu’il donne pourtant sa voix à l’ordinateur. Son timbre froid et détaché fait ici merveille. On imagine le travail considérable de sa part pour exclure toute humanité de sa diction afin de simuler une intelligence artificielle dénuée d’émotion. Quand on connaît les difficultés rencontrées par Kubrick pour trouver une voix à Hal sur 2001, il est vraiment regrettable que la performance de Vaughn n’ait pas été mise en avant dans la distribution.

Donald Cammell ne se fourvoie jamais dans le voyeurisme alors que le livre qu’il adapte jouait beaucoup plus sur les bas instincts de ses lecteurs. À ce titre, ce long-métrage pourrait décontenancer certains spectateurs habitués aux films d’horreur ou de science-fiction aux rythmes haletants. En optant pour le point de vue de la machine, Cammell fait le choix d’une mise en scène souvent glaciale et abstraite, où il présente par le biais d'images créées par le médium informatique la conscience naissante d'une machine qui souhaiterait devenir un homme après avoir été un Dieu, à l’instar du Dr Manhattan d’Alan Moore.

Troublant quand le cinéaste nous donne à voir comment une machine essaye d’annihiler la conscience de sa victime, le film peut être également lyrique et émouvant lors de l’arrivée d’une nouvelle vie concluant son troisième acte. Génération Proteus est porté par une direction artistique à la limite de l’expérimental qui en fait une création cinématographique atypique du cinéma d’anticipation qui mérité d’être découvert ou redécouvert !

Mad Will

 

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