Shadowz 25 avril 2020

SÉANCE SHADOWZ #5 : NEXT OF KIN

Regardez le film sur Shadowz : https://www.shadowz.fr/content/next-of-kin-2187

Next of Kin est une oeuvre étrange qui aura gagné au fil des ans une communauté de fans dont un certain Tarantino. Film australien, ce long-métrage est sorti sans faire parler de lui dans son pays d’origine. Il a été néanmoins sélectionné au Festival du Film fantastique de Paris où il remporta la Licorne d'Or en 1982. Depuis, grâce à la VHS et un Blu-Ray édité par l'éditeur australien Umbrella, il a conquis un public toujours plus nombreux et reçu les éloges de nombreux cinéphiles.

Pour comprendre un film comme Next of Kin et appréhender ses défauts, il faut comprendre que le cinéma australien d’exploitation profitait d’exonérations d’impôts si le film sortait en temps et en heure selon un calendrier imposé par l’État. Si ce système nous a permis la production d’une série de longs-métrages fantastiques vraiment exceptionnels tels que Mad Max ou La Dernière Vague,  il a eu quand même la fâcheuse tendance à réduire de façon drastique les délais d’écriture. Dans le cas d’un film comme Next of Kin,  le tournage a commencé alors que la fin du scénario n’avait même pas été écrite. Disparitions de personnages clefs de l’histoire, événements inexpliqués, l’intrigue du film est brinquebalante surtout que le réalisateur déclare avoir déchiré des pages du script afin d'obtenir plus de temps pour tourner certaines séquences.

Pour autant, Next of Kin mérite d’être découvert ou redécouvert. À l’instar d’Inferno de Dario Argento, ce long-métrage australien est un objet visuel assez époustouflant qui montre que le langage cinématographique est capable de magnifier un scénario imparfait et de créer un monde  visuel réellement époustouflant où nos repères spatio-temporels sont malmenés par un cinéaste en état de grâce.

Next of Kin est une œuvre avant tout formaliste dont le soin apporté à chaque plan le rend unique. Son réalisateur utilise ici tous les artifices possibles de mise en scène pour créer une ambiance qui situe le film entre Les Innocents de Jack Clayton et les giallo de Dario Argento.

Pour créer un sentiment de claustrophobie chez le spectateur qui suit l’héroïne dans la vieille maison dont elle a hérité, le réalisateur utilise la contre-plongée et le grand-angle qui limitent le champ de vision. De la même manière, le cinéaste réduit le plus souvent possible la profondeur de champ en plaçant dans l’arrière-plan un objet qui donne l’impression que notre héroïne (impeccablement interprétée par Jacki Kerin ) ne pourra pas s‘échapper. Enfin, le réalisateur emploie le travelling compensé pour modifier la perspective. En effet, ce mouvement allonge ou écrase l'image grâce à l’utilisation simultanée du zoom et du travelling. Le film est aussi devenu célèbre pour son utilisation de la steadycam dans de très nombreux plans. Son emploi dans le film fait irrémédiablement penser à Shining avec cette caméra qui longe des couloirs qui ne semblent jamais finir. Elle agit ici comme un esprit qui errerait dans la vielle bâtisse. À noter que les plans à la steadycam sont l’œuvre de Toby Phillips qui a été formé à son usage par l’inventeur du procédé, Garrett Brown qui a collaboré justement à Shining.

Next of Kin emprunte beaucoup aux réalisations de Dario Argento. Avec ces gros plans sur les yeux ou sur les armes blanches, nous retrouvons ce goût pour la fétichisation des corps et des objets des thrillers transalpins. Ces emprunts aux giallo sont logiques par rapport au scénario de Next of Kin qui passe du fantastique victorien au slasher (long-métrage avec des tueurs souvent masqués) dans sa dernière partie. Enfin, il est indispensable d’évoquer les ralentis du film, qui sont parmi les plus soignés que j’ai vus au cinéma. Quant à la photographie, c’est un sans-faute de la part de Gary Hansen, le chef opérateur d’Harlequin qui mourut peu après la fin du tournage de Next of Kin . Il offre à nos yeux ébahis un magnifique visuel en clair-obscur où les intérieurs crépusculaires de la bâtisse victorienne s’opposent aux extérieurs qui semblent écrasés par la chaleur et les rayons de soleil malgré quelques averses. Le visuel absolument splendide de Next of Kin lui a permis de rentrer dans la légende même si le maniérisme de la mise en scène fait que le décor semble parfois plus vivant que les héros du film.

Quelques mots sur la bande originale du film qui est l’œuvre de Klaus Schulze (ancien membre des Tangerine Dream) qui fut l’un des pionniers de la musique électronique eu Europe. Il faut savoir que le score qu’il avait composé pour Next of Kin a été refusé par le réalisateur qui préféra piocher des morceaux dans la discographie du musicien. À l’instar de Kubrick, le cinéaste a su s’approprier un matériel sonore existant pour créer une bande originale où la musique de Klaus Schulze constituée de boucles rythmiques et de nappes de clavier est en totale adéquation avec les images.

Next of Kin est une création unique qui fait appel à nos sens plutôt qu' à notre intellect. Il est vraiment regrettable que son réalisateur Tony Williams ne soit jamais revenu derrière une caméra de cinéma alors qu’il faisait preuve dès son premier film de fiction d’une maîtrise visuelle vraiment rare. Un film à voir absolument pour comprendre comment la mise en scène au cinéma peut à la fois enrichir et sublimer un scénario.

Mad Will

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