UniversCiné 18 février 2021

SÉANCE VOD ART ET ESSAI : THUNDER ROAD

Lauréat du festival du cinéma américain de Deauville 2018, Thunder Road est une réflexion sur la masculinité toxique par le biais d’un personnage qui se donne pour devoir d'être partout où l'honneur et la justice semblent exiger. Jim Cummings qu'il soit devant ou derrière la caméra réussit pour cela le dur exercice d'équilibriste qui consiste à dessiner un personnage à la fois comique et réaliste. Un film positivement déconcertant.

Ce film est actuellement disponible sur Universciné à l'adresse : https://www.universcine.com/films/thunder-road

La critique :

Lorsque sa mère meurt, le policier texan Jimmy Arnaud (Jim Cummings lui-même) perd les pédales. Devant l'assemblée ébahie, il entame des pas de danse à la mémoire de la défunte, ancienne danseuse de ballet. Alors qu'il était jusqu'alors l'incarnation de la virilité, toujours sur le qui-vive et prêt à (se) défendre, le deuil précipite chez lui un retour de sa féminité refoulée. Alors que les paroles de la chanson de Bruce Springsteen que sa mère affectionnait le plus ne cessent plus de lui trotter dans la tête, il envisage peu à peu de prendre une autre voie...

Le polyvalent Jim Cummings a mis beaucoup de lui-même dans Thunder road. Pour explorer ce qu'il appelle "la masculinité toxique", ce sont ses propres émotions qu'il a courageusement sondées, et pour incarner le personnage qui était né de cette introspection, il lui est vite apparu qu'il ne serait jamais mieux servi que par lui-même. Le film qui en résulte est ainsi ironiquement une réflexion dans les deux sens du terme sur la posture de mâle auto-suffisant qui se donne pour devoir d'être partout où l'honneur et la justice semblent exiger qu'il soit. L'autodérision surpassant heureusement l'autosuffisance, l'implication du cinéaste-acteur débouche moins sur un trip nombriliste que sur une mise à nu appelant chacun à se sonder à son tour. C’est d’ailleurs comme une confession altruiste qu’il conçoit ce premier long-métrage courageux : "J'envisage mes films comme des munitions pour aider ceux qui vivent ce type d'enfer". Extrême comme peuvent être les monomaniaques de la virilité, sans pour autant tomber dans l'outrance, Jim Cummings réussit le dur exercice d'équilibriste qui consiste à dessiner un personnage à la fois comique et réaliste. Le choix du plan-séquence lui permet de déployer son talent d'acteur sur la durée et de forcer le spectateur à se brancher sur la même longueur d'onde émotionnelle que lui. Déconfiture un poil longuette d'une figure de l'Amérique traditionnelle blanche, Thunder road réussit son ambitieux pari satirique. Positivement déconcertant.

Florine Lebris

La bande-annonce :

 

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