Dossiers de Mad Will 14 novembre 2020

SEANCE CULTE : SENS UNIQUE

Sens Unique est un film quelque peu oublié dont je garde un excellent souvenir après l’avoir découvert à l’aube des années 80. Ce long-métrage n’est pas à proprement parler une oeuvre originale. En effet, le film de Roger Donaldson est une relecture de La grande horloge de John Farrow sorti en 1948, d'après le roman The Big Clock de Kenneth Fearing. Ce film noir de la fin des années 40 avec Ray Milland et Charles Laughton mettait en scène un journaliste d’investigation chargé par le propriétaire de son journal de mener une enquête autour du meurtre d’une jeune femme. Une demande pas forcement innocente de la part d'un magnat de la presse qui après avoir assassiné sa maîtresse, espère faire porter le chapeau à l’autre amant de la jeune femme plutôt volage. Ne le connaissant pas, il souhaite que son journaliste vedette le trouve. L’idée de génie du film, c’est que c’est notre investigateur est l’amant en question. Le protagoniste principal doit ainsi traquer un prétendu coupable qui s’avère être lui-même. Il lui faudra gagner du temps afin de trouver des preuves pour se disculper.

Sens Unique apporte de nombreuses modifications à l’intrigue en faisant de notre héros non un journaliste mais un militaire opérant au sein du Pentagone. Le scénariste Robert Garland semble ici être influencé par les longs-métrages d’espionnage. De plus, le rajout d’un contexte géopolitique lié à la Guerre Froide renforce le suspens par rapport à l’œuvre cinématographique originale car on craint vraiment pour la vie du protagoniste principal joué par Kevin Costner qui est sous la surveillance de deux barbouzes prêts à le descendre à la moindre occasion.

À la réalisation, on retrouve Roger Donaldson, un Australien installé en Nouvelle-Zélande, qui fut considéré comme le premier cinéaste venant de l’archipel néo-zélandais à se faire un nom à Hollywood. Une situation qui deviendra la norme pour un pays où sont nés des réalisateurs pétris de talent comme Peter Jackson, Jane Campion ou Taika Waititi. Ses débuts à Hollywood sont vraiment encourageants grâce au Bounty avec Mel Gibson que l’auteur de ces lignes apprécie beaucoup et Sens Unique. Malheureusement, il enchainera ensuite les œuvres de commande et finira par se perdre comme tant de cinéastes prometteurs venus d’Australie ou de Nouvelle-Zélande tels que Geoff Murphy ou Simon Wincer.

Grâce à sa mise en scène solide, Sens Unique rappelle les meilleures œuvres de Peter Hyams telles que La Nuit des juges ou Capricorn One sans oublier le passionnant WarGames de John Badham. Hyams, Donaldson ou Badham étaient des cinéastes solides qui nous ont offert des divertissements bien mieux écrits et réalisés que la plupart des blockbusters numériques et dénués d’âme qu’Hollywood produit depuis plus de 10 ans. Dans le cas de Sens Unique, si l’on oublie quelques fautes de goût (la séquence de la décapotable) typiques des années 80 dans la première partie du film, le long-métrage se regarde toujours avec autant de plaisir surtout quand l’intrigue prend la forme d’un huis clos au sein du Pentagone. Donaldson nous donne alors à voir une passionnante course contre la montre où notre protagoniste principal doit gérer les tensions entre la CIA et les différents ministères, tout en ralentissant l’enquête qu’il doit mener aux côtés de la police. Avec l’aide de l’expérimenté John Alcott, le chef opérateur de Kubrick sur Barry Lyndon ou Orange mécanique, Donaldson façonne un labyrinthe de verre où notre héros au pas de course passe d’un bureau à un autre pour délier tous les fils de l’intrigue. Kevin Costner  joue à merveille un personnage tiraillé par son désir de vengeance qui doit cependant donner l’impression d’un grand sang-froid aux yeux des autres, afin de trouver les preuves pour réussir à se disculper. À ses côtés, Gene Hackman nous offre une prestation solide comme à son habitude.

Ils sont ici au service d’un script solide qui complexifie le film original des années 40 grâce un sous-texte politique pas forcement très positif sur l’état de la démocratie américaine. Le scénariste Robert Garland ne s’est pas ici contenté d’adapter La grande horloge de John Farrow à l’époque contemporaine, il a surtout enrichi l’histoire sur de nombreux points qui font le spectateur n’arrive jamais à deviner la scène suivante. De plus, il nous offre ici l’une des chutes finales que je préfère de toute l’histoire du cinéma. Un retournement original qui a de nouveau fonctionné sur moi alors que je connaissais les tenants et aboutissants de l’intrigue.

Un excellent thriller disponible sur Amazon Prime via la chaine MGM que je vous invite à voir ou à revoir tout simplement !

Mad Will

P.S. : À noter que Le Grand Horloger de Kenneth Fearing a aussi inspiré Police Python 357 d'Alain Corneau qui n'a jamais vraiment voulu reconnaitre les ressemblances entre les deux films.

 

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