À voir chez soi 24 octobre 2020

SÉANCE VOD : BRICK

Brick sur Amazon Prime Video : Lien

J’aime le cinéma de Rian Johnson, que ce soit l’excellent Looper où le réalisateur nous proposait un récit à la Akira mâtiné de Terminator, son réjouissant A couteaux tirés sans oublié son Star Wars 8, le meilleur opus (ce n'est que mon avis) de La guerre des étoiles depuis que Disney est aux commandes de la saga initiée par George Lucas. Je vous propose aujourd’hui de revenir sur son premier film primé à Sundance, Brick qui est disponible depuis peu sur Amazon Prime Video. Une œuvre de jeunesse remarquablement écrite et réalisée par Rian Johnson qui s’était fait connaître en qualité de monteur pour le May de Lucky McKee.

Écrit en 1997, Brick a effrayé bon nombre de producteurs en raison du mélange des genres présent dans le film. En effet, Rian Johnson mixe ici l’univers du Faucon Maltais de John Huston avec le monde adolescent du Breakfast Club signé par John Hughes. Brick sera donc tourné avec un budget de 450 000 dollars récupéré auprès des amis et de la famille du réalisateur. Pour diminuer les coûts, les lieux de tournage du film sont le lycée et la ville où Johnson a grandi.

La réussite du film tient beaucoup à son acteur principal Joseph Gordon-Levitt dans le rôle d'un adolescent rebelle qui rappelle les héros des romans noirs signés Dashiell Hammett. Johnson lui a ainsi donné de l’esprit par le biais de dialogues très écrits et n'hésite pas à mettre en avant son charme animal dans certains plans très iconiques. Il dote surtout son protagoniste principal d’une détermination sans faille, la principale caractéristique des privés des romans noirs.

Rian Johnson s'inspire des codes du film noir afin de créer à l'écran un univers singulier où le spectateur plonge sans avoir l’impression que les actions à l’écran paraissent forcées. En se jouant des codes du cinéma de genre, il distrait le spectateur et réussit à créer un univers cinématographique personnel. Cette approche est la même qu'on retrouve dans son Star Wars. Elle explique le rejet du film de la part des gardiens du temple de l’empire Jedi. Quand Skywalker jette le sabre familial à l’ouverture du film, le réalisateur indique aux spectateurs qu'il reprend les clichés de la saga pour mieux s’en détacher.

Ce récit à tiroirs passionnant à voir, rappelle Le Grand Sommeil d'Howard Hawks, le mètre étalon du genre. Une histoire alambiquée parfaitement écrite où notre protagoniste principal est entraîné dans une aventure sana retour après avoir caché le corps inanimé de sa petite amie afin de se venger. Là encore on retrouve des attitudes et des choix propres aux protagonistes de Dashiell Hammett qui s’impliquent dans leurs enquêtes au détriment de leur propre personne. Un héros qui n'est pas innocent comme dans les meilleurs polars. Ainsi, on ne saura jamais ce que lui a susurré à l’oreille la jeune fille dans le final de Brick.  Cependant au moment où l'on voit le visage de Joseph Gordon-Levitt, on devine que celui-ci a sa part de responsabilité dans les évènements sombres qui se sont déroulés.

Rian Johnson utilise à merveille le genre pour parler de l’adolescence. Ainsi, Joseph Gordon-Levitt ne mène pas son enquête pour un client, mais en raison d’une peine de coeur. Il utilise ici certaines situations dramatiques du récit policier afin de surligner les tourments de l’adolescence. Ce passage entre l’enfance et l’âge adulte est un moment de la vie où l’on ressent plus fortement chaque émotion, que ce soit la colère, la douleur, la joie ou bien l’amour qui semblent diriger chacun des pas de notre héros. Pour Johnson, les enjeux de vie et de mort du récit policier étaient parfaits pour aborder l’état émotionnel de jeunes gens. Ainsi, il a choisi de ne pas intégrer véritablement d’adultes à son récit. De la même manière, il reprend des personnages clefs du genre comme le caïd ou la femme fatale afin de mettre en lumière les groupes sociaux auxquels font face les adolescents. Ici le chef de la pègre est le revendeur de drogue, la vamp la fille de riche qui s’ennuie, et le héros le solitaire qui mange tout seul à la cantine.

Du côté de la mise en scène, son souci principal était de ne pas singer le film noir. Sa réalisation plutôt lente sur Brick s’avère au final plus proche du cinéma indépendant que du long-métrage de genre même si les rixes entre certains protagonistes rappellent parfois Sergio Leone. Rian Johnson arrive ici à concilier le réalisme et un goût pour la stylisation. Brick est  impressionnant pour un premier film, car son réalisateur fait toujours les bons choix. En cela, il rappelle un metteur en scène comme Lynch sur les deux premières saisons de Twin Peaks qui conciliait sa vision du monde et les exigences dramatiques d’un genre : ici la série policière. Pour réussir un film comme Brick, il faut être un grand directeur d’acteur qui puisse faire sonner juste certains dialogues propres au genre policier.  Un exploit que réussit Johnson qui arrive parfaitement à mettre en scène son univers car il ne traite jamais son sujet avec irone ou second degré. Au final, un film touchant témoignant du talent immense de son réalisateur. À découvrir d'urgence sur Amazon Prime !

Mad Will

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