Dernières critiques

La critique de L. Schérer

A Kobe, quatre femmes approchant la quarantaine se réunissent régulièrement pour partager des moments amicaux. Alors qu’elles croient tout savoir les unes des autres, des circonstances exceptionnelles les obligent à ouvrir les yeux et prêter l’oreille à ce qui se cachait derrière la sérénité de façade de leurs sœurs de cœur.

   A l’origine, Senses est un film-fleuve de cinq heures, diffusé d’un seul tenant au Japon et dans les festivals internationaux. On doit sa transformation en « première série cinéma » à son audacieux distributeur français, Éric Le Bot, qui a saisi l’occasion de ce très-long-métrage explorant en profondeur la vie émotionnelle d’une poignée de personnages pour tenter de disputer à la télévision son hégémonie sur le format série. Pour ce faire, il a découpé l’œuvre unique initiale en cinq épisodes dont les sorties s’égrèneront sur trois semaines.

   Fruit d’un travail de collaboration du réalisateur Ryusuke Hamaguchi avec l’équipe artistique, Senses a été de nombreuses fois réécrit et prolongé durant un tournage qui peinait à trouver sa conclusion. Cela se ressent à la vision de l’intégralité des épisodes, dont l’artificialité s’accroît au fur et à mesure qu’on y progresse. Alors même que le titre programmatique suggère un cinéma de la sensualité, les derniers épisodes se perdent dans l’intellectualisme, structurés qui autour d’une interminable lecture de texte, qui autour d’un interminable débat sur cette même lecture. Les passionnés de métaphysique de la perception se pourlècheront à n’en pas douter les babines, mais les matérialistes s’ennuieront ferme.

   Evitant l’écueil du verbiage, les deux premiers épisodes valent en revanche le détour. Cela est d’autant plus vrai pour le spectateur curieux de la culture japonaise que les scènes d’exposition qui introduisent le quatuor d’amies et chacune des femmes individuellement offrent un panorama relativement complet des problématiques qui traversent la classe moyenne du Japon contemporain. De la femme au foyer à l’infirmière en passant par la médiatrice culturelle et l’aspirante au divorce, les portraits croisés d’Akari, Sakurako, Fumi et Jun nous permettent d’appréhender des facettes culturelles aussi importantes que l’éducation des enfants, le sort réservé aux personnes âgées, la place de l’art dans la société, et le sexisme de la justice. Centrés sur le toucher et l’écoute, soit les deux sens les plus cinégéniques après la vue, ces deux premiers épisodes tiennent également davantage leurs promesses en terme de traitement sensuel de la vie émotionnelle de quatre femmes au seuil de bouleversements de vie majeurs. Là où les derniers épisodes se perdront dans des élucubrations absconses sur le bien (perce)voir, Senses 1 & 2 pointe plus humblement du doigt la difficulté qu’il y a à établir des contacts tactiles en dehors de la sphère amoureuse, et peut-être davantage encore à écouter l’autre. Sensible et attachant.

F.L.

Publié
La critique de L. Schérer

Plutôt connue pour ses qualités d’actrice, Hélène Fillières s’était déjà essayée à la réalisation en 2013 avec le moyennement convaincant Une histoire d’amour. Elle revient cette année en force avec Volontaire, un film d’apprentissage sur une jeune femme, Laure Baer (Diane Rouxel) 23 ans, qui, lassée des longues études, décide d’intégrer la Marine Nationale.

Dans la froide mais très graphique Ecole Navale de Brest qui sert de principal décor au film, Laure, rebaptisée l’Aspirant Baer, prend ses marques. Elle est sous les ordres du Commandant Rivière (Lambert Wilson) qu’elle doit réussir à convaincre de sa participation à un stage d’aguerrissement nécessaire pour préparer une formation de commando. Sympathique, intelligente, travailleuse, Baer est l’élève modèle. Mais le Commandant Rivière reste inflexible, c’est un stage réservé aux hommes.

Au-delà d’un film purement féministe qui martèle que la réussite n’a pas de genre, même dans le corps de l’armée, Volontaire élargit le débat à travers un personnage féminin qui au lieu de vouloir « faire comme les garçons », évolue en faisant de sa féminité un allié. A l’inverse de l’Adèle Haenel bourrine des Combattants, l’Aspirant Baer est (on le montre à plusieurs reprises) raffinée, élégante assume son pouvoir de séduction. Hélène Fillières n’hésite pas à le mettre en avant, filmant longuement le regard bleu et intense de Diane Rouxel lancé au Commandant Rivière qui lui rend d’ailleurs plutôt bien.  Figure d’emblée très stricte comme on peut l’attendre d’un commandant, mais pas complètement antipathique, Rivière est un homme très secret dont on perçoit vite la grande sensibilité. Non réticent au charme de son aspirante, il laisse s’installer entre eux une relation qui n’est ni amicale, ni vraiment amoureuse, mais plutôt de l’ordre de la fascination.

En dehors du bureau qu’ils partagent, il y a les militaires qui ont certes la blague grivoise facile, mais sont relativement bienveillants et l’Aspirant Baer n’est jamais leur proie. A l’inverse, le peu de femmes qu’elle côtoie s’avèrent odieuses et c’est peut-être là une des faiblesses du film dont on aurait attendu plus de nuances dans le traitement de la différence des genres.

Une des grandes réussites du film, c’est son casting qui résonne parfaitement avec son sujet. Même si Diane Rouxel n’est pas une novice, on l’avait découverte dans La Tête Haute d’Emmanuelle Bercot, puis dans deux grands films à l’affiche cette année : Les Garçons Sauvages de Bertrand Mandico et Mes Provinciales de Jean-Paul Civeyrac, elle est ici lâchée dans la nature avec un vrai premier « premier rôle ». Elle s’en sort très bien, et s’impose, comme son personnage, face à l’excellent Lambert Wilson qui partage lui aussi avec le Commandant Rivière d’être la figure de l’homme impénétrable et mélancolique. Autour d’eux gravite un très beau second rôle, celui de Corentin Fila (repéré dans Quand on a 17 ans d’André Techiné, il donne également déjà la réplique à Diane Rouxel dans Mes Provinciales) en Aspirant Dumont, collègue et ami de Baer. On se plaît dans la métaphore des deux comédiens en herbe se lançant avec détermination dans le métier d’acteurs régis par le Commandant Wilson et son béret bien ajusté.

En plus de son aspect documentaire très référencé sur l’univers de la Marine Nationale, Volontaire est une fiction bien construite, évitant le cliché de la brute militaire. L’endurcissement physique nécessaire ne se conçoit pas sans l’ossature délicate des sentiments. On aurait pu craindre un discours moraliste et anti-masculin et c’est tout le contraire. Une belle surprise.

S.D.

Publié
La critique de F. L.

   Dans une ville côtière chinoise, deux collégiennes accusent un monsieur très important de les avoir sexuellement abusées. Elles ne savent pas quelle boîte de Pandore elles viennent d’ouvrir chez les adultes qui les entourent. L’enjeu est d’autant plus de taille qu’en Chine la virginité reste encore le point d’honneur des familles et le critère prééminent du prix des femmes sur le marché matrimonial. Le viol aurait eu lieu dans un hôtel où la réceptionniste et la femme de ménage sont exploitées par un patron machiste et vénal. L’avocate des parents d’une des petites filles vient y mener l’enquête, et assure ainsi le lien entre les personnages féminins d’âges et de milieux sociaux différents. Leur entrecroisement permet à la réalisatrice Vivian Qu (également productrice du très remarqué Black coal) de montrer que leurs malheurs particuliers découlent d’une même culture du viol, qui n'enseigne pas qu'il ne faut pas violer, mais plutôt qu'il ne faut pas être violé.

   Elargissant même son propos à la planète entière, la réalisatrice a l’idée brillante d’utiliser comme élément de décor une très symbolique statue géante de Marilyn Monroe rabattant ses jupons soufflés par une bouche d’aération dans Sept ans de réflexion, pour figurer toute une mythologie universelle de fruits féminins défendus, sanctuarisés, dont le caractère tabou participe à la maltraitance. Excision ailleurs, épisiotomie abusive ici, chirurgie réparatrice d’hymen dans Les anges portent du blanc, il est toujours question du droit que les hommes s’accordent, avec ou sans prétexte religieux, pour mutiler et traumatiser le corps des femmes. Les formes de l’exercice de la domination changent, mais le fond est partout le même.

   A travers son scénario habile, Vivian Qu souligne ainsi que le malheur d’être née femme, c’est d’avoir à rendre compte toute sa vie de la pureté de son entrejambe, supposé demeurer invisible, pudiquement protégé par des vêtements à jamais immaculés, comme s’il était moins producteur de sécrétions ou fait de moins de tissus nerveux que l’ensemble trois-pièces masculin. Or, à l’exception du personnage de l’avocate, la réalisatrice chinoise insiste sur l’absence de solidarité entre les femmes pour s’élever contre ces lois sociales iniques, qu’un mouvement de prise de conscience pourrait renvoyer aux poubelles de l’Histoire. 

F.L.

Publié
La critique de F. L.

Excellente adaptation du roman éponyme d’Arto Paasilina, Cornelius le meunier hurlant est un film qui vient déranger le ronronnement de nos vies formatées, à l’image de son personnage principal (interprété par Bonaventure Gacon) qui réveille son environnement en hurlant la nuit.

Pour son premier long métrage, et malgré quelques petites maladresses de mise en scène qui ne prêtent aucunement à conséquence, Yann Le Quellec a su tirer l’esprit caustique et l’univers foisonnant du roman finnois qu’il adapte, tout en prenant des libertés avec sa trame.

Le film nous ravit par ses qualités plastiques : les décors somptueux, la photo magnifique avec des images très soignées, que ce soit en pleine nature dans l’asile psychiatrique ou bien à l’intérieur du moulin avec sa machinerie digne d’une horloge suisse.

Cette œuvre est aussi portée par des acteurs lumineux (particulièrement Anaïs Demoustier dans le rôle de Carmen) et convaincants. Ce long métrage donne à voir des figures, on aurait envie de dire des trognes, ne venant pas seulement du cinéma, mais aussi du spectacle vivant, ce qui donne une force supplémentaire au jeu de ses interprètes. En particulier Bonaventure Gacon, clown émérite formé au Centre National des Arts du Cirque, et Cyril Casmèze, qui joue l’homme ours et que l’on peut apprécier dans le dernier spectacle du cirque Plume.

Cornelius est un meunier qui va où le vent le mène. Là où la caméra le rattrape, c’est au bout du monde (au sens propre comme le panneau au pied duquel il s’arrête l’indique) où il finit par décider de s’installer. Mais même au bout du monde il y a des gens avec lesquels il faut composer et interagir, les hurlements du meunier devenant le ressort dramatique du récit.

Le film est une fable, non pas sur le sens de la vie, même si un certain humour pourrait permettre une comparaison avec le film des Monty Pythons, mais sur son fonctionnement. Le moulin de Cornelius apparait métaphoriquement comme la concrétisation de « la vie comment ça marche ? » avec la difficulté de la construire, les dangers à éviter, les satisfactions, espoirs, joies etc. qui la peuplent. Parallèlement au fonctionnement du moulin, nous observons la communauté des villageois, moutonnière, versatile et opportuniste, prête à fabriquer un bouc émissaire à la première difficulté.

Comme toute fable nous pouvons en tirer des leçons :

Première leçon : fuir ne mène à rien. Cela la littérature nous l’a déjà appris.

Dernière leçon : il faut tuer le père, comme la psychanalyse l’affirme. (Je n’en dis pas plus ne voulant pas divulgacher le film pour ceux qui n’auraient pas lu Paasilina).

Entre ces deux leçons, le film nous rappelle certains grands principes de l’existence : on ne peut forcer quelqu’un à aimer, expulser un étranger qui fabrique la farine nous prive de pain, et bien d’autres leçons qui nous seront rappelées avec une grande variété de tons, du grinçant au tendre en passant par le comique.

Il reste encore beaucoup à dire sur ce film, ne serait-ce que sur le jeu des corps, sur l’animalité qui y transparait, mais le mieux est de se rendre en salles pour vous en rendre compte par vous-même.

Vous l’aurez compris, ce film nous a enthousiasmés et nous voulons crier en chœur « allez en salles voir Cornélius le meunier hurlant » !

L.S.

Publié
La critique de L. Schérer

   Rester vivant : méthode est d’abord le premier recueil de textes que publia Michel Houellebecq. C’est autour de ses poèmes parlant de folie et de résilience que le documentariste Erik Lieshout réunit le célèbre auteur pessimiste et quatre compagnons de désespoir : le chanteur Iggy Pop, le peintre Robert Combas, l’auteur Jérôme Tessier et la poétesse Anne-Claire Bourdin. Dans cinq chapitres qui sont autant d’étapes du manuel de survie de Houellebecq, ces cinq naufragés de l’intime témoignent de leurs « sorties de route » - ces moments où les déraillements de leur train-train quotidien les a conduits en hôpital psychiatrique - et de la force qu’ils ont puisée dans l’écriture pour s’en sortir, et ainsi demeurer des poètes vivants.

   Erik Lieshout ne se contente pas de filmer des témoignages en plans fixes tristounets. De travelings hypnotiques en surimpressions schizophrènes, il multiplie les jeux de mise en scène aussi inventifs que pertinents. S’ils se dédoublent tous en docteur Jekyll et Mister Hyde, nos cinq protagonistes sont également les miroirs des uns, des autres, et potentiellement des spectateurs, qui seront d’autant plus touchés qu’ils auront eux-mêmes traversé des déserts. Dans une progression scénaristique qui mène de l’individu au groupe, les portraits s’entrecroisent d’abord, et se rencontrent ensuite, sur fond de blues, parfaite réverbération du spleen des protagonistes. Le face à face entre les deux solitudes du placide Michel et du chafouin Iggy est évidemment un moment d’anthologie, tandis que la réunion finale de nos cinq éclopés de la vie est une belle invitation à faire front pour continuer d’avancer. Film sur la souffrance évitant l’écueil du dolorisme, Rester vivant : méthode est un manuel de survie remarquablement décalé.

F.L.

Publié
La critique de L. Schérer

Le spectateur qui souhaiterait se retrouver immergé dans des images d’archives reconstituant dans un montage chronologique et thématique ce que furent les événements de 68 dans ses multiples dimensions se fourvoierait en allant voir Mai 68, La Belle Ouvrage. En effet, ce documentaire a une coloration beaucoup moins historique qu’ethnographique. Il est la ressortie complétée et restaurée par Loïc Magneron d’images filmées par son père Jean-Luc Magneron, l’éclectique metteur en scène cosmopolite qui compléta sa formation théâtrale par des études de sociométrie et de filmologie, et s’illustra par ses films sur les cérémonies sacrées de peuples premiers en Amérique et en Afrique jusqu’à devenir directeur de la Télévision gabonaise. Certes entrecoupé d’images inédites de la répression en acte et de ses sanglantes conséquences hospitalières, Mai 68, La Belle Ouvrage est avant tout charpenté par une suite de longs entretiens filmés en plans fixes rapprochés. Focalisé sur les violences policières perpétrées notamment les 24 et 25 mai durant les nuits des barricades, Jean-Luc Magneron en interroge les différents acteurs et témoins. Tous racontent les mêmes abus de pouvoir, le même sadisme des forces de l’ordre, chacun avec la terminologie et le point de vue correspondant à sa position sociale. Etudiants, médecins, journalistes et badauds se succèdent ainsi pour témoigner de l’usage de gaz asphyxiants, réfuté par les autorités officielles de l’époque, et des tabassages éhontés derrière les vitres teintées des paniers à salade et entre les murs des commissariats. C’est cette accumulation de paroles convergentes des victimes qui deviennent autant d’« actes de contre-accusations » (selon le mot de Jean Delmas) qui fait la force de la preuve de ce précieux documentaire-réquisitoire que nous lègue Jean-Luc Magneron. 

F.L.

Publié
La critique de L. Schérer

Foxtrot du réalisateur israélien Samuel Maoz, raconte l’histoire d’un couple dont le fils parti faire son service militaire est annoncé mort en mission.

Foxtrot est un film implacable, froid et terrifiant. Il dénonce avec une précision chirurgicale certains comportements et mécanismes qui font de l’armée israélienne une machine de guerre qui broie tout sur son passage. Nous sommes dès les premières images du film en présence d’une tragédie annoncée. Mort, douleur et destin. Le récit se met en place très rapidement. La mort est là absurde et rien ne pourra arrêter la marche implacable de la grande faucheuse. Réalistes ou métaphoriques, (magnifique séquence du baraquement des soldats qui penche de plus en plus), parfois comiques, mais toujours grinçantes, les séquences se succèdent. Le film met en scène la souffrance des êtres, dénonçant une administration qui suit jusqu’à en sombrer une logique absurde. Les Israéliens ne se sont pas trompés en faisant de Foxtrot un triomphe et son gouvernement non plus en condamnant le film, pourtant primé à Venise (grand prix du Jury et lion d’argent à la Mostra),  par la voix de son ministre de la Culture.

Ce film met en lumière les maux qui rongent Israël. Malheureusement il y aura de moins en moins de films critiques de ce type suite à la baisse drastique des aides au cinéma, maintenant réservées ou presque aux longs-métrages consensuels. Une raison de plus d’aller voir Foxtrot en France.

L.S.

 

Publié
La critique de L. Schérer

À la croisée de Treme et de Master of none, Manhattan stories de Dustin Guy Defa est un film d’atmosphère dans laquelle cinq histoires s’inscrivent dans le temps d’une journée.

Une enquête, un flirt, une escroquerie, une histoire plutôt sordide de photos sur internet, beaucoup d’amour et d’amitié. Des noirs des blancs, des taiseux, des prolixes, des journalistes, des flics, une femme fatale, un horloger, un collectionneur de vinyles... On pourrait croire à un inventaire à la Prévert mais au final tout se tient parfaitement avec des histoires qui dialoguent entre elles à distance. Par quelle magie ? La musique essentiellement, avec une magnifique bande originale qui comporte plus d’une vingtaine de titres.

Manhattan stories est un film sensitif, on ne réfléchit pas trop, on se laisse prendre par l’image, par l’allant de la mise en scène et par la générosité des personnages, en particulier celle de Benny joué par un formidable Bene Coopersmith. Une mention spéciale à Tavi Gevinson, extraordinaire, dans son rôle d’une jeune fille mal dans sa peau.

Un film dont la seule prétention est de nous faire passer d’agréables instants et qui s’acquitte admirablement de sa mission.

L.S.

Publié
La critique de F. L.

Ce film « inspiré d’une histoire vraie » est l’adaptation d’un livre écrit par Dietrich Garstka, l’un des protagonistes des évènements qui y sont relatés. En effet, La révolution silencieuse de Lars Kraume raconte l’histoire d’un élan de solidarité envers la révolution hongroise de 1956 par les élèves d’une classe de terminale dans la République Démocratique Allemande. Cette solidarité se traduira par l'effectuation d’une minute de silence au début d’un cours. Mais cette décision sera lourde de conséquences, au point de devenir une affaire d’État.

Une des choses les plus intéressantes dans le film est le traitement de l’information. Le spectateur, connaissant la vérité historique, est à même de juger du degré de fausseté et de volonté de propagande des sources d’informations venant des gouvernements allemands. Soit la voix officielle du gouvernement de l’Est, soit la radio de Berlin Ouest (interdite d’écoute à l’Est mais néanmoins captable). Le constat est sans appel à la vision du film : dans notre société « moderne » nous en sommes au même point. L’esprit critique doit toujours (sinon plus, vu la quantité et les variétés des sources d’information) être le premier souci face à tout discours. Partager ce que l’on lit, voit ou entend sans discernement ni réflexion participe à la désinformation. La propagande était certes plus brutale à l‘époque où se déroule l’histoire de La révolution silencieuse, mais le fait qu’elle soit aujourd’hui plus insidieuse n’enlève rien à sa dangerosité pour l’esprit naïf.

Le deuxième thème traité dans ce film est celui de la solidarité. En effet, la minute de silence n’a pu avoir lieu que parce que tous les élèves se sont mis d’accord. Même ceux qui au départ étaient contre ont respecté la volonté majoritaire. Au fur et à mesure du déroulement du film, la solidarité entre les élèves ne révèlera aucune faille face aux pressions (chantage, mensonges, tentatives de manipulations diverses) de la part des parents (qui peuvent aussi devenir à leur tour victimes), des enseignants, de l’administration du lycée ou directement de la classe politique et du gouvernement est-allemand.

Enfin et pour donner du piquant à l’intrigue, le réalisateur a choisi de mettre en avant une histoire d’amour et de trahison qui s’intègre fort bien au récit, humanisant les personnages et leur faisant dépasser leur rôle d’actant.

Un film historique très agréable à suivre et essentiel pour la compréhension de notre monde actuel.

L.S.

Publié
La critique de L. Schérer

Adapté d’une bande dessinée française de Guillaume « Run » Renard sortie en 2006, ce film produit par Ankama studio a reçu le prix du jury jeune et de la meilleure musique originale au festival de Gerardmer.

Réalisé par l’auteur de la BD lui-même et Shojiro Nishimi, Mutafukaz a remporté un grand succès au Japon et devrait selon toute logique mobiliser les amateurs d’animation tant sa qualité artistique et scénaristique sont indéniables.

Ce qui frappe de prime abord à la vision du film, ce sont les superbes décors fourmillants de détails dans lesquels évoluent les personnages. On retrouve la patte des studios 4°C que nous avions déjà admirée dans le film Amer Beton de 2006. À noter que, technique exceptionnelle de nos jours, Mutafukaz a été dessiné et coloré entièrement à la main, et cela se voit ! De plus, les mouvements de caméra, très maitrisés, donnent une atmosphère unique à cette œuvre, plus proche du film live que de l’animation. Les réalisateurs ont donc réussi le tour de force d’allier les qualités de la plupart des techniques possibles en animation pour aboutir à ce petit bijou esthétique.

Du côté du scénario, Mutafukaz raconte les aventures d’Angelino, de son colocataire Vinz, et d’un troisième larron, Willy, habitants de Dark Meat City, ville située dans un futur californien. Un accident de scooter, révèlera chez Angelino des super pouvoirs et sera l’élément déclencheur d’une histoire qui lui fera découvrir ses vraies origines. Comme tout bon héros, Angelino choisira la voie la plus difficile, celle de l’amitié et de l’humanité, face à des êtres dont le but est (forcément) d’asservir le monde. Un scénario déjà vu peut-être, mais traité ici avec originalité et laissant la place à de nombreux rebondissements qui tiendront le spectateur en haleine.

Grâce à Orelsan (Angelino) Gringe (Vinz) et Redouane Harjane (Willy), les personnages possèdent un supplément d’âme grâce à leur voix pour notre plus grand bonheur.

Allez donc voir, et vite, ce superbe film !

L.S.

Publié