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La critique de L. Schérer

      Qu’on ne se méprenne pas. Le « trait » du titre n’évoque nullement celui des dessinateurs ou des écrivains, mais les chevaux que les paysans ont longtemps utilisés pour les aider à tracter troncs d’arbres et charrues, et auxquels certains anticipateurs de la société post-pétrolière reviennent. Contrairement à de nombreux documentaires sur les alternatives à l’agriculture « conventionnelle », Trait de vie ne vogue pas de lieu en lieu pour n’en montrer rien que de superficiel et ponctuel, mais se focalise le temps d’une année sur seulement trois familles d’une même région. Cela nous permet d’avoir une vision synoptique de ce que recouvre au quotidien ce choix de vie, avec ses moments difficiles sur lesquels il ne faut pas se leurrer, mais aussi tous ses moments de fierté, de grande satisfaction, de sentiment d’accomplissement, qu’il ne faut pas sous-estimer à l’inverse, par excès de scepticisme. Un éclairage émouvant sur les pionniers du retour à la traction animale.

F.L.

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La critique de L. Schérer

Mademoiselle Paradis (magnifiquement interprétée par Maria-Victoria Dragus) est le personnage principal du film éponyme de la réalisatrice Barbara Albert. Le film conte l’histoire vraie d’une pianiste aveugle célèbre dans toute l’Europe à la fin du XVIIIème siècle qui fut soignée pour sa cécité par plusieurs médecins, dont le docteur Mesmer adepte du magnétisme.

Charlatanisme ou pas ? À une époque où la médecine s’apparentait plus à celle pratiquée sous Molière que celle de Pasteur, la question nous importe peu. Par contre ce qui nous intéresse au plus haut point est la reconstitution historique de la société autrichienne de la fin du XVIIIème siècle. Ce qui est frappant ici, c’est le peu de place laissé à la moitié de l’humanité à savoir les femmes considérées comme mineures.

Mademoiselle Paradis, malgré son immense talent, appartenait à cette mauvaise moitié comme le montre la réalisatrice qui suit le parcours  de la célèbre pianiste durant l’année 1777, année où elle va être soignée chez le docteur Mesmer et subir les volontés de son père qui ne voit en elle qu’une rente financière, se moquant éperdument de ses désirs.

Un film féministe et historiquement très documenté qui ravira les mélomanes et au-delà.

L.S.

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La critique de L. Schérer

Le film Battleship Island narre un épisode méconnu de l’histoire de la Corée, la révolte de travailleurs forcés coréens dans une île minière japonaise. Le film débute par l’enrôlement de force des musiciens d’un orchestre de Corée et se termine par le bombardement nucléaire sur Nagasaki.

            Si l’on met de côté l’aspect quelque peu nationaliste du propos (et de ce côté nous n’avoir pas de leçon à donner), Battleship Island est un très bon film, à la croisée entre le film de guerre et le film catastrophe. Habilement dosé avec un peu de pathos, beaucoup de courage et un brin de manichéisme avec ses Japonais assez vils, le film nous donne à voir entre autre une impressionnante bataille rangée où le sens du sacrifice est mis en valeur.

            Battleship Island interpelle le spectateur à travers la dénonciation de l’esclavage sexuel auquel était soumises les Coréennes après l’invasion et l’occupation de leur pays par le Japon, ainsi que de la mise au travail forcé de la partie mâle de la population au bénéfice de l’effort de guerre nippon, et ce jusqu’au dernier jour.

            Servi par une magnifique photo, un décor hallucinant, et un solide casting où l’actrice qui joue la petite fille est extraordinaire et éclipse à elle seule tous les autres, Battleship Island est un film fort qui s’ancre dans une triste réalité historique.

L.S.

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La critique de L. Schérer

On connaît Billy Wilder comme l’un des réalisateurs stars d’Hollywood, le plus souvent associé aux films qu’il a réalisés dans les années cinquante : Sabrina, Ariane, et surtout les deux longs-métrages tournés avec Maryline, 7 ans de réflexion et Certains l’aiment chaud. Billy Wilder a entamé sa carrière dès 1934 avec Mauvaise Graine et tourna en 1944 Assurance sur la mort, un classique du film noir à découvrir ou redécouvrir grâce au distributeur les Acacias.

Le film est remarquable pour plusieurs raisons. D’une part l’utilisation de flash-back novatrice pour l’époque avec cet assassin qui raconte son histoire après qu’elle se soit passée. D’autre part par l’utilisation d’acteurs connus pour leurs rôles de héros (Fred MacMurray, Barbara Stanwyck) et qui incarnent ici des méchants. Ce choix de casting a pour but de montrer un couple de meurtriers « amateurs » loin des gangsters qu’avait favorisé la prohibition à travers le trafic d’arme et d’alcool. Ici c’est monsieur et madame tout le monde qui par appât du gain ou du sexe sortiront de la route de l’honnêteté.

Le film se regarde avec beaucoup de plaisir. Film noir, utilisant à bon escient les jeux d’ombres et de lumière chers au cinéma expressionniste, le scénario raconte l’histoire d’un couple dont la faiblesse des principes fait choisir le côté obscur. Lui c’est Walter Neff, employé respectable d’une compagnie d’assurance qui va tomber amoureux d’une ancienne infirmière modèle Phyllis Dietrichson. Tous deux vont alors projeter d’assassiner le mari de cette dernière, mais rien ne va se passer normalement.

Adapté d’un roman de James M. Cain  et scénarisé par Raymond Chandler, nous avons droit à une intrigue 4 étoiles, même si au final le film n’atteint pas le suspens d’un Le crime était presque parfait qu’Hitchcock tournera en 1955 ou des jouissifs rebondissement de l’intrigue de L’invraisemblable vérité de Fritz Lang l’année suivante.

L.S.

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La critique de madwill

Le plus beau film du monde.

Il y a des œuvres cinématographiques où l’analyse critique est impossible tant on est touché par le film. Où la magie du cinéma est tellement puissante que même les quelques défauts du film deviennent à nos yeux des qualités.

Excalibur fait partie de mon panthéon cinématographique, de ces œuvres qui ont viscéralement marqué mon ADN de cinéphile. Mon retour sur ce chef-d’œuvre sera totalement subjectif, voire emphatique au regard de l’émotion ressentie devant cette épopée arthurienne qui me hante depuis mes plus jeunes années.

John Boorman son réalisateur est un franc-tireur du cinéma. D’origine anglaise il marqua le cinéma américain avec son Délivrance, La forêt d’émeraude ou le magnifique Hope and Glory qui témoigne de son enfance sous les bombardements allemands.

L’homme fait preuve d’un très fort caractère et s’avère être un narrateur hors pair, connu sur les plateaux comme un cinéaste complet, d’une grande précision et capable de communiquer avec tous les secteurs artistiques du 7ème art. Le décorateur Anthony Pratt disait de lui lors du tournage d’Excalibur : « Je pense qu'il fait partie de ce petit nombre de metteurs en scène, où se retrouvent Kubrick, Fellini et Lean, qui portent une très grande attention à tous les aspects techniques de la production »*.

Quant au chef opérateur Alex Thompson, il déclara qu’« Excalibur était le genre de film où chacun sentait, pendant le tournage, que ce serait une réussite ; où chacun était fier d'y contribuer ».*

Passionné et presque jusqu’au-boutiste en tournage, Boorman est de la race des Houston ou d’un Werner Herzog, il ne fait pas simplement du cinéma, mais le vit jusqu’au plus profond de son âme, donnant tout pour son art.

Boorman fut associé avant Excalibur, au projet d’adaptation du Seigneur des anneaux, mais au regard du budget nécessaire pour réaliser le projet (pour rappel le numérique n’existait pas), le film fut annulé. Avant de mettre en image son épopée arthurienne, il signa L’Exorciste 2, et Zardoz, épopée de science-fiction mettant en scène Sean Connery en slip et cuissardes. Le film fut longtemps considéré comme un nanard en particulier en raison de la couverture d’un livre de François Forestier sur les longs-métrages ratés et désopilants qui reprenait un photogramme du film en couverture.  Pour autant, grâce à la beauté du temps qui passe, le film a gagné une certaine reconnaissance grâce à un travail de recontextualisation. Zardoz est un échec, au même titre que sa suite de l’Exorciste. Mais Boorman reste l’auteur de Délivrance et réussit à trouver un budget pour Excalibur.  Tourné en Irlande, pour un budget assez restreint de 11 millions de dollars, le réalisateur anglais se donne corps et âme pour créer un opéra cinématographique sur la légende arthurienne. Limité à une durée d’environ deux heures (le film fait 2h20) pour une histoire se déroulant sur plusieurs décennies, accompagné par un casting presque débutant et flanqué d’un budget limité ; il offre une vision de l’héroïque fantasy très wagnérienne auquel l’on souscrit jusqu’au plus profond de son âme ou que l’on peut réfuter en bloc, comme Olivier Assayas qui qualifiait le film de pompier dans Les Cahiers du Cinéma. Il n’y a pas de juste mesure possible avec cette œuvre, c’est pourquoi Excalibur occupe une place originale dans le genre heroic fantasy.

Une ouverture théâtralisée

«Opéras. Ces mélodrames de grande classe pour tempéraments tragiques» disait Roger Lemelin. En grand homme cultivé Boorman va employer dans son film une esthétique fortement influencée par le théâtre et l’opéra.  Dès l’ouverture du film, la musique de Wagner résonne, le film commence alors avec un magnifique plan en contre-plongée servi par une lumière orangée semblant sortir des entrailles de la terre. L’éclairage dessine parfaitement le plan, mais reste artificiel avec le halo des projecteurs qui est perceptible.

Boorman va employer à la suite de ce plan, des cadres assez rapprochés, là où bon nombre de cinéastes auraient utilisé des plans larges à des fins spectaculaires. D’un nuage de fumée surgit Merlin qui de suite par l’intermédiaire d’un raccord dans l’axe, va occuper tout le cadre. Cette ouverture presque caravagesque montre comment John Boorman a dépassé ses contraintes budgétaires en créant un univers stylisé, nous offrant pour notre plus grand plaisir des tableaux chevaleresques de toute beauté.

Un opéra mythologique

En ramenant le mythe arthurien à la durée de 2h30, il présente un spectacle total et montre un art de l’ellipse absolument admirable.  C’est bel et bien à un opéra cinématographique auquel nous assistons avec cette construction dramatique où les ellipses temporelles permettent les changements de scène et de saison. Comme ne pas évoquer cet hiver éternel qui montre la déchéance d’Arthur et sa cour ou bien encore ce passage absolument poétique et d’une puissance émotionnelle rare où le printemps revient sur le passage du roi quand il part affronter Mordred. Cette stylisation opératique est visible également à travers l’utilisation d’éclairages prononcés. Quand on évoque Excalibur, on pense évidemment à cette lumière verte qui réfléchit sur le décor et les armures dans la première partie du film ou bien encore à cette lumière orangée que j’avais évoquée pour l’ouverture du métrage. Boorman n’efface pas la présence des éclairages, il les intègre à son image à la manière des projecteurs visibles sur les côtés de scène dans un vrai opéra. Ce n’est pas le réel que cherche le cinéaste anglais, mais la représentation la plus juste de la mythologie et du destin des hommes à travers une abstraction théâtralisée. Quant à l’utilisation de fumigènes dénoncée ici ou là, elle aussi est un artifice de la machinerie de l’opéra, qui donne de suite une ambiance à la scène.

À l’opposé, Boorman emploie la suggestion sur les éléments fantastiques les plus spectaculaires avec le dragon souvent évoqué qui représente la terre. Encore une fois, il nous rappelle les arts de la scène où les instants les plus spectaculaires sont plus évoqués que montrés. Le budget et l’époque ne permettaient pas de grands effets spéciaux, mais on devine que Boorman a choisi pleinement de n’y avoir pas recours tant son esthétique symboliste est à l’opposé des autres films des années 80.

Enfin, pour renforcer cette esthétique théâtralisée, Boorman recourt à un découpage où les plans larges sont peu présents. Usant de beaucoup de plans demi-ensembles, ses choix de cadrages donnent l’impression d’assister à une pièce qui se joue devant nous où l’écran devient l’avant-scène. Le jeu théâtral de ses acteurs participe lui aussi à cette représentation. Ce qui est recherché ici c’est un jeu signifiant où chaque personnage incarne une idée du mythe chevaleresque.

Le final du film cristallise cette approche esthétique avec son soleil rouge et son décor peint évoquant l’art de l’estampe japonaise et les films de Kurosawa. Le réalisateur va même plus loin brouillant totalement les codes cinématographiques avec les hommes de Mordred qui évoquent l’arrivée d’Arthur en tendant l’oreille alors que résonne l’épique O Fortuna composé par Carl Orff à l’écran. La musique qui était extradiégétique (qui ne vient pas d’une source sonore présente dans le film) intègre la diégèse (l’histoire du film). Boorman résume parfaitement sa création d’« un monde contigu, semblable au nôtre, mais en même temps différent, situé dans une époque en dehors du temps ».*

Le film n’emploie pas seulement le O Fortuna tiré du Carmina Burana de Carl Orff. Nous retrouvons aussi trois emprunts au répertoire de Richard Wagner : la Marche funèbre de Siegfried pour les passages avec Excalibur, le Prélude de Tristan et Iseult pour les séquences mettant en scène en scène Lancelot, et enfin le Prélude de Parsifal pour les passages autour du Graal.

Si le film utilise aussi une musique originale signée Trevor Jones pour d’autres séquences, on se rend compte que l’utilisation de pièces classiques pour les scènes clefs du film rappelle les concerts lyriques où l’on attend le grand air. Le choix de ces œuvres n’est pas anodin, il correspond aussi à une musique symphonique qui prend pour sujet des mythes et légendes qui appartiennent à la culture anglo-saxonne et celte du moyen-âge.

Un film riche en thématiques

L’aventure, la quête, et une vision très personnelle de la nature sont présentes dans Excalibur comme dans tant d’autres films de la riche cinématographie de son auteur. Que ce soit la nature déjà mise en scène dans Delivrance ou bien encore dans La forêt d’émeraude, elle est encore une fois essentielle dans Excalibur où la terre nourricière symbolisée par le Dragon devient le reflet des tourments d’Arthur. À ce titre, Boorman a choisi Irlande malgré des conditions météorologiques terribles pour se retrouver au plus près d’une nature que la main de l’homme n’a pas encore ravagée. La thématique de la quête présente dans ses autres films est au centre de la dramaturgie d’Excalibur à travers la figure du Graal, qui ne peut se révéler qu’à celui qui ose faire face à sa véritable personnalité.  Chaque détail visuel du film possède un signifiant comme pour le masque de Mordred qui renvoie aux faux dieux de Zardoz, signifiant que celui-ci n’est qu’un homme qui se voudrait un dieu. Excalibur peut-être perçu comme un film sur le passage du paganisme à la chrétienté. Pendant la première partie du long-métrage, Merlin est le maître du cadre, il apparaît à sa guise devant l’objectif de la caméra en occupant tout le champ. Puis sa figure va progressivement disparaître jusqu’à devenir un reflet, une silhouette inquiétante signifiant que les dieux des anciens temps n’ont plus leur place sur la terre des hommes.

Le maître du temps

Au-delà de l’esthétisme, la maîtrise de Boorman est aussi visible dans sa gestion de la temporalité de son récit. Il emploie le fondu enchaîné avec une grande intelligence passant d’une époque à une autre avec élégance, comme dans la scène où Morgane lave Mordred. À cet instant, en quelques secondes, le fils des amours incestueux d’Arthur grandit devant nos yeux. À la différence d’un Jackson qui a parfois allongé inutilement Le hobbit, Boorman arrive en un peu plus de deux heures à condenser une mythologie qui traite de plusieurs âges. Il disait à ce propos : « C’était un film très ambitieux. (…) Je voulais raconter l’intégralité du mythe depuis Uther Pendragon le père du roi Arthur. C’est l’ampleur du mythe qui en fait la grandeur : la fondation d’une civilisation à Camelot, puis sa chute à cause du péché d’un homme. Et ensuite la quête du Graal pour retrouver la grâce perdue et refonder le royaume. En principe chacune de ses parties suffit à faire un film ».**

Excalibur est une épopée chevaleresque sublime qui reste la plus belle adaptation du mythe arthurien grâce à la réalisation d’un esthète du cinéma trop sous-estimé.

Michel Ciment dit de Boorman qu’il croit aux archétypes universels que partage le genre humain. Film à l’ambition démesurée qui voulait donner corps à l’essence d’un mythe, Boorman signe avec Excalibur, son meilleur film au sein d’une riche carrière qui compte des classiques tels Delivrance ou Hope and glory.

Mad Will

* https://fr.wikipedia.org/wiki/Excalibur_(film)

** http://www.gqmagazine.fr/pop-culture/cinema/articles/john-boorman-interview-excalibur-game-of-thrones/30156

 

 

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La critique de L. Schérer

   La résistance de la singularité face aux forces de l’uniformisation est l’un des fils rouges de l’œuvre de Guillermo del Toro. Il n’y déroge pas avec ce nouveau cru, qui nous conte l’histoire d’amour unissant une femme de ménage muette, Elisa, (Sally Hawkins) et un humanoïde amphibie que s’arrachent les puissances américaines et soviétiques en pleine guerre froide. Pour mettre en couleurs le cheminement de l’exclusion à la reconnaissance de ces deux marginaux, le réalisateur mexicain choisit très symboliquement comme dominante la couleur que les comédiens ont longtemps tenu à distance des plateaux de théâtre, et les cinéastes des affiches de films, par superstition puis par convention. Ainsi, à défaut d’avoir « la forme de l’eau », sa fantaisie en a néanmoins le ton : le vert aqueux est omniprésent, mis en valeur par la photographie de Dan Lautsen, léchée à faire pâlir de jalousie Darius Khondji, le brillant chef op de Minuit à Paris, The lost city of Z ou encore inoubliablement du Fabuleux destin d’Amélie Poulain. L’esthétique chromatique n’est d’ailleurs pas la seule à faire penser à l’univers de Jean-Pierre Jeunet. Dans une Baltimore d’après-guerre hyper stylisée, del Toro déroule en effet son intrigue à la confluence du satirique et du fantastique, et parsème son film des cocasseries les plus diverses, n’hésitant pas à recourir à toute la palette des formes d’humour, de la plus prétendument noble à la plus triviale. Là où certains formalistes maniaques signent des œuvres d’une magnificence à couper le souffle, mais d’une pauvreté émotionnelle presque proportionnellement suffocante (Denis Villeneuve, au hasard), del Toro tire lui aussi au cordeau ses décors et ses cadres, mais désamorce tout esprit de sérieux en y logeant systématiquement un détail insolite ou un objet vintage, clin d’œil aux nostalgiques de tous poils. L’environnement de son héroïne est une caverne d’Ali Baba (sise sur un cinéma, s’il-vous-plaît), et elle-même respire le romantisme suranné. Là où dans le monde d’Amélie Poulain la principale affaire était de voir sans être vu, dans celui d’Elisa il s’agit de communiquer sans être entendu. Quelle thématique plus « parlante » pour un amoureux du pur langage visuel ? Extraits de films, personnage de peintre rendu obsolète par l’essor de la photographie… Guillermo del Toro utilise de nombreuses mises en abyme pour évoquer sa nostalgie de l’âge d’or du cinéma, une époque où l’émotion prévalait encore.

F.L.

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La critique de L. Schérer

Contes sur moi est un sympathique programme de 5 courts métrages d’animation sans paroles, d’une durée totale de 40 minutes. Variés dans leur forme, leur durée et leurs thématiques, ces mini contes venant de pays et de cultures très différentes vont permettre aux tout petits de découvrir d’autres horizons.

Le premier Ghirapha D’Anastasya Sokolova, est un dessin animé où un petit âne se prend d’amitié avec une grande girafe. Ce conte qui se passe dans un décor de fête, utilise de belles couleurs, pétantes-flashy-claquantes, propices au rêve et à l’émerveillement.

Le second, très court, La petite fille et le renard, de Tyler J. Kupferer, se déroule dans une forêt où une petite fille part à la chasse d'un renard qui a mangé ses canards. Mais au final l’enfant et l’animal se liront d’amitié.

Le troisième, Esquimal de Homero Ramirez est un film en stop motion d’une dizaine de minutes. Il s’agit d’une fable sur les conséquences de la pollution dans laquelle un esquimau accompagné de son phoque vivront des aventures et feront preuve d’un grand courage.

Le quatrième, Black or white, nous conte l’histoire d’un petit zèbre qui, attiré par un papillon multicolore, quitte ses parents et leur monde pastel pour un univers luxuriant, coloré, mais non sans danger. Une métaphore réussie du passage à l’âge adulte.

Le dernier Polychrome, de Negareh Halimi et Amin Malekian nous présente un monde dans lequel la pâte à modeler prend vie et nous entraîne dans un tourbillon de couleurs.

Au final, l’ensemble est plaisant que ce soit par la variété des techniques et les qualités artistiques de chaque histoire ou bien par le message de tolérance et de respect (de l’autre ou de la planète), que ces petits films véhiculent. Une bonne sortie en famille avec les petits.


L.S.

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La critique de L. Schérer

Nul homme n’est une île est un documentaire utile, agréable et enthousiasmant. Après La ligne de partage des eaux, où nous suivions par étapes le cours de la Loire et son « aménagement », Dominique Marchais propose à ses spectateurs de rencontrer des personnes investies au quotidien dans la défense de l’environnement et dans une pratique démocratique qui en respecte l’esprit.

Des agriculteurs membres de la coopérative des Galline Felici en Sicile, des élus locaux du Voralberg en Autriche qui promeuvent une gestion équitable de la forêt, un architecte suisse que nous suivons dans une promenade commentée, le film nous donne ainsi à observer des personnes qui nous indiquent comment fonctionner ensemble sans polluer et sans détruire. On se prend alors à rêver d’une terre où chacun aurait autant de conscience écologique.

En sortant ce film on sait au moins une chose :  un autre monde est possible. À nous par notre comportement et nos achats de favoriser ceux qui agissent déjà pour la planète sans prêter attention aux bonimenteurs qui nous bassinent à longueur de journée que la pollution est un mal nécessaire pour l’emploi et un passage obligé contre la famine. Loin d’un repli sur soi délétère, le réalisateur nous présente dans ce film une intelligence collective créatrice. Stimulant !

L.S.

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La critique de L. Schérer

La route sauvage est une adaptation d’un roman de Willy Vlautin, Lean on Pete, par Andrew Haigh. Il conte l’histoire d’un adolescent Charley, (Charlie Plummer qui fournit là une sublime interprétation) élevé par son père et qui, se retrouvant seul, part à la recherche d’une tante qu’il a connue étant plus jeune. Nous sommes tout autant dans un récit d’apprentissage que dans un road movie.

  Et comment ne pas évoquer la superbe photographie de Magnus Jonck qui participe à ce sentiment d’aventure ? Mais le film n’est pas seulement un régal pour les yeux, c’est aussi un portrait assez poignant d’une Amérique pour laquelle le rêve américain ne s’est pas réalisé. Au final on hésite entre le western (pour les espaces, les chevaux, et l’aventure) et le roman social pour la galerie de  personnages croisée par Charley sur sa route. Le jeune homme enchaîne en effet de bonnes et de mauvaises rencontres qui seront soit des épreuves, soit des moments de repos et de détente dans sa quête. Dans un univers à la croisée de ceux de Steinbeck et de Faulkner, La route sauvage est un film dense et intense.

L.S.

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La critique de L. Schérer

L’ordre des choses est un film indispensable. Il raconte l’histoire de Rinaldi (Paolo Pierobon), un policier de la police de l’immigration qui est missionné par les institutions européennes pour négocier auprès des Libyens un meilleur « contrôle » des flux migratoires. Il rencontre à cette occasion Swada (Yusra Warsama) migrante enfermée dans un camp, qui retiendra son attention, la petite histoire venant interférer avec la grande.

On sait que la bassesse et la bêtise font parties intégrantes de l’être humain, que dans notre société « civilisée », il existe des personnes racistes et xénophobes qui veulent rejeter les migrants à la mer. On sait également que dans des pays pas si lointains des migrants sont battus, torturés, violés, humiliés, rackettés. Ce que l’on ignore c’est que nos institutions collaborent à ce processus.

Dans L’ordre des choses, le réalisateur italien Andre Segre explicite le mécanisme qui conduit nos dirigeants à permettre l’inacceptable. A l’inverse de la formule « Toute ressemblance avec une histoire ou une personne existante ou ayant existé est purement fortuite. », la fiction a été ici documentée pendant de nombreuses années avant d’être tournée.

L’ordre des choses met en lumière une logique implacable : nous ne voulons pas de migrants chez nous, mais nous ne supportons pas de les voir se noyer près de nos côtes (sous peine de passer pour les salauds de la première phrase) donc il faut réussir à les retenir avant qu’ils traversent la méditerranée. Et c’est là que le bât blesse. Car autant la route de la Turquie a pu être fermée sans trop d’atteinte aux droits de l’homme car le gouvernement turc reste un gouvernement stable avec des lois, une police et une justice, (dans les limites que l’on connaît, mais c’est un autre sujet), autant en Libye le pays est sous la coupe de milices. Ces groupuscules ont pour seule loi :  la recherche de l’accroissement de leur propre pouvoir. Pour eux, la vie humaine a un prix correspondant à la quantité d’argent qu’ils pourront extorquer par quelque moyen que cela soit. En négociant et en finançant ces milices, la communauté européenne et les gouvernements qui la composent savent pertinemment le sort qui est réservé aux migrants retenus en Libye. Mais les institutions peuvent claironner « nous avons fait œuvre d’humanité, il y a moins de morts en mer ». Une telle hypocrisie est tout simplement écœurante. Mais tel est le monde dans lequel nous vivons.

Le réalisateur prend prétexte d’une histoire personnelle qui sera métaphorique de la dualité qui existe en chacun de nous : révolté par ce que nous voyons mais moutonniers dans nos comportements. Car nous pouvons nous interroger : avons-nous voté pour ce gouvernement cynique ? Avons-nous assez combattu le racisme et la xénophobie ? Sommes-nous à nous voiler la face et à passer la poussière sous le tapis ? Toutes ces questions sont posées dans ce film par l’intermédiaire des allers et retours de Rinaldi entre Libye et Italie. Le contraste entre les deux sociétés fait alors ressortir d’une façon flagrante les arrangements avec nos consciences. Un film sans concession à diffuser d’urgence.

L.S.

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