Ce soir sur Netflix : THE CLOVERFIELD PARADOX

Publiée le 09 février 2018

Arrivé par surprise sur Netflix le 5 février 2018, le dernier film de l’univers Cloverfield restera dans les annales comme un joli coup de com sans doute destiné à amortir un potentiel accident industriel.

Sorti en 2008, Cloverfield est un film qui retrace en found-footage l’attaque de NYC par un énorme monstre. Une expérience immersive qui propulsait le spectateur aux premières loges de l’invasion et de la survie. Surtout, le projet s’est fait connaître grâce à une campagne de pub bien rodée qui a su susciter l’attente et la curiosité chez le public avec ses vidéos virales et son trailer mystérieux. Des techniques de marketing (assez poussées quand même : http://www.syfantasy.fr/22147-Le_marketing_viral_de_10_Cloverfield_Lane_gagne_en_intensite) qui vont devenir une marque de fabrique de ce que l’on appelle aujourd’hui l’anthologie Cloverfield, et qui vise à créer une mythologie et une épaisseur autour de cet univers. Abrams est derrière le projet avec sa compagnie Bad Robot et fait preuve d’un savoir-faire de communicant indéniable. Mais pas que, puisque le premier film scénarisé par Drew Goddard et mis en scène par Matt Reeves est un excellent divertissement qui tient largement ses promesses.

Avec The Cloverfield Paradox, c’est donc le 3e film de la franchise qui débarque avant un 4e intitulé Overlord prévu à la fin de l’année. Fidèle à sa réputation d’imprévisible, on apprenait donc ce 4 février que la saga Cloverfield s’enrichissait (ou pas) d’un nouveau venu et surtout qu’il était disponible de suite sur Netflix.

Mais que vaut le film en dehors de ce magistral coup de pub ?

Alors qu’il est doté du plus gros de la franchise avec 45 millions de dollars et d’un bon casting, The Cloverfield Paradox reste largement inférieur aux films précédents.

En 2008, le premier Cloverfield a marqué les esprits par son ambition, la qualité de ses effets spéciaux et sa mise en scène hyper immersive. Le spectateur se retrouvait plongé au cœur d’une invasion extra-terrestre et vivait à travers le genre du found-footage une expérience forte. Perdu dans la ville et à la merci d’un monstre inconnu même les critiques les plus retors reconnaissaient la qualité de divertissement du film et la promesse d’un univers intéressant.

En 2016, sort 10 Cloverfield Lane, un film très efficace qui s’inscrit lui aussi dans l’univers de Cloverfield. A l’opposé du premier volet, on se retrouve ici dans un quasi huis-clos étouffant. John Goodman incarne un personnage paranoïaque, oppressant, convaincu qu’une attaque a eu lieu sur le continent américain. Il se barricade dans son bunker au fond duquel il a trainé Mary Elizabeth Winstead qui vient d’avoir un accident de la route. Mais cette dernière, inconsciente lors des événements doute fortement du discours de son hôte et se sent retenue en otage...

L’ensemble tient la route grâce à un scénario haletant et un montage précis et rythmé. A l’arrivée, ce 10 Cloverfield Lane est tendu, bien mis en scène et suffisamment original pour éviter un sentiment de déjà-vu pourtant latent.

Et en 2018, on apprend donc pendant le show traditionnel du football américain que le film God Particle change de nom pour devenir The Cloverfield Paradox et surtout qu’il est déjà disponible sur Netflix. Une transaction actée avec La Paramount qui leur aurait permis d’éviter un potentiel accident industriel au regard du produit final et qui permet à Netflix de sortir un nouveau blockbuster en dehors des salles peu de temps après l’inénarrable Bright (que nous avions plutôt aimé pour le coup).

Depuis que le film est sorti, de nouvelles informations ont été révélées et on en sait plus sur cet opus.

Premièrement il n’était pas prévu au départ comme un film de la saga Cloverfield et a été modifié pour être intégré dans l’univers. Pas vraiment de surprise de ce côté-là puisqu’il en était de même pour 10 Cloverfield Lane qui initialement ne faisait pas partie de l’anthologie mais a été ajouté après. C’est une autre caractéristique de la franchise assez pratique : la possibilité de rattacher des films. En effet, Abrams défend presque un « esprit » Cloverfield. Il y a eu des événements sur Terre, et on donne différents points de vue sur le sujet. Même si le concept est discutable et peut se faire taxer d’opportuniste il faut reconnaitre que cela reste assez brillant puisque le spectateur devient actif. Un des intérêts pour lui est de chercher les liens avec les autres films et de voir comment emboiter les pièces du puzzle.  Et c’est le seul intérêt de The Cloverfield Paradox : son lien avec l’univers Cloverfield, et le nouvel éclairage qu’il donne à l’histoire.

A bord d’une station spatiale, une équipe internationale tente de créer une énergie illimitée à l’aide d’un accélérateur de particules. Au cours d’un essai une surcharge a lieu. Après cet accident l’équipe découvre que la Terre a disparu.

Le scénario reste le gros point faible du film. Un script ennuyeux et étrangement boursouflé qui se perd dans des sous-intrigues sans grand intérêt et peine à construire quelque chose de solide. On sent l’écriture et les réécritures et vers la fin le récit n’avance plus qu’à grands coups de scénario. Rien ne découle de ce que les personnages ont pu créer et pour cause ils sont plutôt inexistants et complétement manipulés pas le script. Pire, dans le premier quart d’heure, un journaliste explique clairement ce qu’il va arriver dans le film. Dès lors difficile d’adhérer une seule seconde à cette pseudo-enquête que mène les membres de la station pour tenter de comprendre pourquoi la Terre a disparu.

Et c’est franchement dommageable car un peu de mystère aurait sans doute permis de retenir l’attention du spectateur qui voit se dérouler une idée qui reste un classique de SF mais finalement assez mal exploitée par une mise en scène relativement plate. Le problème de The Cloverfield Paradox est qu’il est très ennuyeux et convenu. Attention on n'est loin de la purge infâme. Visuellement il tient plutôt la route et offre son lot de morts graphiques qui semble quand même posé là pour coller au genre SF-horrifique.Si le film se laisse regarder c’est parce qu’il est intégré dans l’univers Cloverfield et que le spectateur cherche les connexions et les liens à faire, une entreprise dans laquelle Abrams est passé maitre.

T.K.

 

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