Le film de la semaine : JUSQU'À LA GARDE

Publiée le 05 février 2018

Il y a des premiers films qui s’imposent comme des œuvres marquantes dès leur première vision grâce à une maîtrise formelle que l’on retrouve traditionnellement chez des réalisateurs-ices confirmé-e-s.

Quand vous avez le bonheur d’assister en salles à de telles réussites, vous ne réfléchissez même pas, vous avez trouvez votre film de la semaine. Xavier Legrand a obtenu le Lion d’argent du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise pour Jusqu’à la garde. Récompense ô combien méritée tant ce récit d’une cellule familiale éclatée où la violence s’exerce à chaque instant vous prend aux tripes.

À la différence de trop nombreux films français qui abordent des sujets sociétaux sans avoir la moindre intention de mise en scène, Jusqu’à la garde.est un thriller domestique passionnant, d’une efficacité redoutable, qui plaira tout autant au féru de cinéma social et engagé, qu’à l’amateur de thriller.

Un grand film de cinéma à découvrir ce 7 février 2018.

La critique du film par Mad Will

Comment appréhender Jusqu’à la garde ?

Drame intimiste ? Thriller domestique ? Portrait terrifiant d’un pervers narcissique ?

La réponse est pourtant simple. Jusqu’à la garde est avant tout un grand film porté par une mise en scène extrêmement élaborée et bien pensée.

De quoi parle le film ?

En plein divorce, Miriam et Antoine Besson se déchirent à propos de la garde alternée de leurs enfants.

Le cinéma est une question de point de vue, et Xavier Legrand l’a bien compris avec une gestion de l’espace qui rend admirablement la menace exercée par un père violent. Par l’intermédiaire de cadres ouverts, il nous déstabilise, nous faisant craindre à tout instant le retour du paternel. Puis petit à petit, le réalisateur va employer des espaces de plus en plus fermés rendant toutes évasions impossibles. Dans son cinéma, Legrand doit aussi bien au Pialat de Police avec ses cadres ouverts qu’au Hitchcock de Psycho dans sa manière d’installer la tension. Fait rare dans un cinéma français trop souvent littéraire, le réalisateur utilise très peu les dialogues pour faire passer les informations, croyant fortement à la puissance de ses images.

Jusqu’à la garde concilie un certain réalisme à la française (hérité des Frères Lumières) avec l’efficacité du cinéma de genre américain. Que ce soit l’entrevue entre le juge et les parents en ouverture ou bien encore les échanges entre Léa Drucker et le central de police, nous avons l’impression d’être plongés dans un documentaire signé par Raymond Depardon. Mais pour autant les références au genre abondent également dans le métrage, que ce soit Shining avec ce père qui menace la famille derrière une porte, ou bien encore Carrie et le cinéma de De Palma dans cette manière qu’a Legrand de faire subtilement monter la tension lors de la séquence de la fête d’anniversaire.

Servi par un casting 3 étoiles au jeu d’une rare intensité, Jusqu’à la garde est un thriller familial engagé faisant preuve d’une redoutable efficacité qui confirme tout le talent de Legrand entrevu dans son court métrage Avant que de tout perdre.

Une œuvre indispensable quand on sait qu’une femme meurt sous les coups de son compagnon tous les 3 jours en France.

Mad Will

La bande-annonce

 

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